ENTENDU

Par Marc Prévost :: 22/01/2011 à 12:33 :: Région

Christian Decocq, le leader de l'opposition à Lille, sur France 3 Nord-Pas de Calais ce matin, dans le cadre d'un débat avec René Vandierendonck, le maire de Roubaix : "Mauroy était un authentique guesdiste, il se méfiait des patrons...". Le patron de la Fondation Jean-Jaurès, un think tank socialiste, - un certain Pierre Mauroy - appréciera.

On notera également que la succession du maire de Roubaix n'est pas encore réglée : "Le candidat sera celui désigné par les instances socialistes",...a expliqué l'actuel maire, qui n'a voulu livrer aucun nom. Le débat doit donc faire rage.

LE PS ENTRE DECOMPOSITION ET RESURRECTION

Par Marc Prévost :: 14/01/2011 à 16:23 :: Région

Le spectre d'un 21 avril bis semble faire son chemin chez les grosses têtes socialistes. Ainsi cette réflexion d'un des connaisseurs de son parti les plus patentés, Daniel Percheron, sénateur et président du conseil régional Nord Pas de Calais à Martine Aubry, maire et première secrétaire du PS (rapporté par Le Point à l'occasion de voeux de début d'année, le 6 janvier précise l'hebdo) pour tenter de conjurer le mauvais sort. "Si le PS ne désigne pas son candidat dans les trois mois, il va se décomposer..." Et les deux interlocuteurs de se faire peur en évoquant un nouveau 21 avril (voir billets: Hénin, Le Pen, le lab, et Mélenchon se déballe, du 06/01/2011, c'est un hasard !). Une saynète de genre qui résume assez bien la situation du PS.

Monsieur Percheron ne dit pas quel est le meilleur candidat, ni celui qui aurait ses faveurs, mais, puisque DSK reste "fixé" à Washington et que Martine Aubry et le PS avancent l'échéance de la rentrée pour la désignation finale... Reste François Hollande*.

Un choix qui rejoindrait alors celui de Bernard Derosier, le patron du conseil général du Nord qui, lui, a clairement annoncé ces jours-ci sa préférence en se déclarant pour l'ancien premier secrétaire du PS. Si l'on ajoute la moue indécise d'un Pierre Mauroy (voir billet: Byzantin du 10/01/2010), on se dit que la perplexité reste à l'oeuvre chez les élites socialistes nordistes.

* Le président du conseil régional Nord-Pas de Calais n'a jamais nourri d'allégeance particulière à l'égard de Ségolène Royal, son homologue du Poitou. Doux euphémisme.

UN COME BACK

Par Marc Prévost :: 12/01/2011 à 17:14 :: Région

De choc, il n'y a pas eu comme on pouvait s'y attendre dans une désignation dont les méandres s'apparentent à ceux d'un sénat local. Dès le premier tour, Philippe Vasseur devient donc le premier président de la chambre régionale de commerce et d'industrie nouvelle formule. Le microcosme local songeait à lui depuis bientôt deux ans (voir billet: Région en chambres, du 27/05/2009). Les nouveaux responsables consulaires issus du millésime 2010/2011 devront une grande partie de leurs nouvelles prérogatives - au moins dans l'esprit - à Bruno Bonduelle, ex-président de la CCI Grand Lille et inlassable acteur de la réforme territoriale consulaire (voir billet : La pépinière Borloo, du 24/12/2010). Le banquier et l'industriel. Les deux hommes ont taquiné la muse de la politique. A droite. Ils en connaissent affres, vilénies et petitesses.

Le monde économique et patronal des chambres de commerce n'a rien à envier à l'arène politique. Duels au grand jour d'un côté, affrontements tamisés de l'autre. Cris et chuchotements. L'édition consulaire 2011 n'a pas fait exception à cette règle. A croire que moins il y a de votants, plus les aspects de personne arrivent sur le devant de la scène comme la rubéole chez les nourrissons : sans prévenir. Ainsi, le nouvel homme fort du monde économique affiche-t-il moult casquettes*. Chez les patrons aussi, le cumul devient mal porté ! Gros bosseur et bon débatteur, il reste à Philippe Vasseur à imposer sa marque sur les grands dossiers régionaux et s'affirmer comme l'interlocuteur des autres pouvoirs qu'il a jadis fréquentés. Dans l'autre arène.

* Président du comité Grand Lille, du réseau Alliances, du World Forum Lille, de l'ESJ-Lille, administrateur de Bonduelle, d'Eurotunnel, du groupe Holder et, bien sûr, président du Crédit Mutuel Nord Europe. Inventaire avant élagage ? Il aura fallu plus de dix ans à l'ancien maire de Saint-Pol-sur-Ternoise - Pas-de-Calais, s'il vous plaît - pour se construire un nouveau pedigree.

L'EPINE LE PEN

Par Marc Prévost :: 11/01/2011 à 12:22 :: Région

Marine Le Pen a pris des cours d'économie. Son discours est de plus en plus frappé au coin de l'injustice économique et des dégâts sociaux de la mondialisation et de la crise. Et l'euro au bord de la crise de nerfs lui donne l'occasion de sonner l'hallali. Air connu. Mais la probable future présidente du Front national - on analysera bien sûr les scores de deux adversaires et le nouveau rapport de forces qui émergera de la confrontation avec Bruno Gollnisch - s'est adaptée à son terrain local. C'est encore Hénin-Beaumont qui fournit la clé (voir billet : Hénin, le lab, du 06/01/2011).

L'ancienne cité minière et ses alentours affiche trois avantages pour la fille de J-M Le Pen et lui fournit autant de sujets d'expression : la désindustrialisation, donc le chômage. L'immigration extra-européenne, donc l'islam. Enfin, l'interminable film judiciaire héninois, donc l'opportunité sinon l'argument de la morale publique. Sur le premier message, le déroulé implacable des crises en forme de poupées russes - crise de cycle long depuis 1975, crises financières et boursières, crise de système comme depuis 2008 - est une aubaine. Sur l'islam, le trait est simple et on a vu que la récente sonde sur les prières dans la rue ne restera sûrement pas lettre morte. A nouveau terrain, et à première candidature aux présidentielles, nouveau marketing politique, sensiblement différent de celui du père.

Enfin, le fief socialiste depuis plusieurs générations contient la promesse d'une récupération : ce que certains politologues ont appelé le gaucho-lepénisme, phénomène varié et variable, certes, mais réel. Et qui est aussi un itinéraire de comportement électoral entre le premier et le deuxième tour. Par exemple : on a souvent observé un vote FN au premier tour et un report significatif sur le candidat de gauche ensuite (ainsi sur certains bureaux populaires de Lille, par exemple). L'enjeu est donc de capter les anciens électeurs de gauche au premier tour et de les fixer au second tour. Voilà qui intéresse sûrement les experts socialistes, au premier chef Martine Aubry et les candidats potentiels. Dans le contexte exacerbé de la présidentielle, c'est le pari de Marine Le Pen, promue nouveau porte-drapeau du FN. Qui pourrait songer à vérifier le théorème d'ici quelques semaines.

Comme évoqué sur ce blog (voir billet : Ferrari fonce en justice, du 20/11/2010 ), Pierre Ferrari, le socialiste dissident, a attendu d'être exclu, avant de traîner son ancienne fédération du Pas de Calais en justice pour obtenir gain de cause. Canton à prendre ? De quoi alimenter la décision d'une éventuelle candidature de M LP sur ce canton perdu du socialisme en mars prochain pour les cantonales ? Ce qui donnerait une réelle épaisseur à sa trajectoire présidentielle.

BYZANTIN

Par Marc Prévost :: 10/01/2011 à 20:02 :: Région

Petit echo rigolo dans VDN sur la préférence de Pierre Mauroy aux prochaines présidentielles. L'ancien maire de Lille avait clamé haut et fort son choix en 2007 : c'était Ségolène qui avait les faveurs de l'ex-patron des socialistes. DSK ? " S'il se présente, je le soutiens". Et entre Titine de Fer et Ségo du Poitou ? " Martine, évidemment ! ". "Non sans ajouter : "...si elle se présente". Mais le pape des socialistes, toujours très à cheval sur l'orthodoxie de sa famille politique, ne dit pas si c'est aux primaires, au premier ou au second tour ! ...Byzantin, le pape Pierre !

DSK : LE CHEMIN DE LIEVIN

Par Marc Prévost :: 07/01/2011 à 16:19 :: Région

Gérard Collomb sera à Liévin le vendredi 14 janvier et assistera aux voeux du député-maire du cru Jean-Pierre Kucheida. Le sénateur-maire de Lyon est un des plus solides soutiens de Dominique Strauss-Kahn. On avait connu le liévinois plus fabiusien que çà dans son jeune temps (et surtout percheronien)...et même pro-Royal en 2006 lors des premières primaires du PS qui avaient désigné Ségolène contre...Fabius et DSK. De là à y voir une recomposition locale des alliances et des réseaux politiques des uns et des autres dans l'optique des primaires et considérer l'édile de la cité des canuts en poisson-pilote du messie de Washington...

De toute façon, Gérard Collomb est officiellement invité pour parler de l'aménagement du territoire. Rappelons quelques-uns des principaux soutiens de DSK dans la région : Dominique Baert, député-maire de Wattrelos, Bernard Roman, député de Lille et vice-président du CR, Frédéric Cuvillier député-maire de Boulogne-sur-mer, Michèle San Vicente, sénatrice du Pas-de-Calais, Serge Janquin, député du Pas de Calais. La députée Catherine Génisson, première fédérale du Pas-de-Calais, s'était prononcée pour DSK en 2006. Michel-François Delannoy, le maire de Tourcoing, a mis beaucoup d'eau aubryenne dans son vin deuxième gauche. Il est évident que l'irruption (accouchement aux forceps quand même) de Titine de Fer à la tête du PS a dû bousculer les vocations, les susciter comme les décourager.

Combien d'entre eux emprunteront le chemin de Liévin ?

LE GRAND CHAMBARDEMENT

Par Marc Prévost :: 07/01/2011 à 10:14 :: Région

Ca y est, la grande assiette au beurre socialiste est en train de tourner. Après René Vandierendonck, le maire de Roubaix qui transmettra le flambeau de sa mairie après son élection d'automne au Palais du Luxembourg (voir billet le Théorème de Vandiérendonck, du 9/10/2010), c'est au tour d'Yves Durand, le maire de Lomme qui affirme (ce matin dans VDN) laisser la place - il songe à Roger Vicot - s'il est reélu à l'Assemblée nationale en 2012. Pas si évident que çà : en 1993, il avait courbé l'échine devant une Françoise Hostalier conquérante de la 11 ème circonscription...

Tout dépend, on le voit, de la présidentielle et de ses conséquences sur les législatives quelques semaines plus tard. Gageons que si le successeur d'Arthur Notebart dans cette commune socialiste jusqu'à la moelle s'engage ainsi, c'est qu'il y croit. Si l'on ajoute le renoncement d'un Bernard Derosier, député de la 2 ème, à prolonger son bail au conseil général du Nord (qui devrait échoir au lillois Patrick Kanner en mars prochain), et les interrogations qui pèsent sur les trajectoires des autres grands barons (Michel Delebarre, Daniel Percheron,...voir billet du 22/12/2010: de Saintignon...), il devient patent que ces petits ajustements vont faire un grand chambardement. Voilà qui donne le "la" des élections locales à venir. 2012 ne sera pas 2007, et 2014 ressemblera peu à 2010.

Ajouté aux lois de la biologie et du bousculement des générations, le fait est d'importance. Il faut y voir la volonté de la première secrétaire du PS de renouveler les élites avant le grand assaut de l'année prochaine et d'accréditer dans l'opinion la stratégie du "décumul" des mandats. A fortiori dans son propre fief. Une grille de lecture à appliquer aux autres régions, naturellement (en particulier Languedoc-Roussillon, Bouches-du-Rhône,...) et quelques réserves à formuler quant à la réalité de cette posture : les intercommunalités-cimetières et autres fromages du cru permettent d'apaiser la douleur d'un abandon contraint. Dernière question : à qui, au parti socialiste, engagé dans la course à l'échalote des primaires, ce grand nettoyage de saison profitera-t-il ?

* Décidément, Lomme joue un rôle original dans le destin de la métropole lilloise. Fief de l'ombrageux Notebart, patron de la communauté urbaine jusqu'en 1989, qui n'hésitait pas à river son clou à son puissant voisin Pierre Mauroy, c'est la fusion avec Lille il y a dix ans qui offre à Martine Aubry les clés de la capitale des Flandres. Aujourd'hui, son premier magistrat - faux air avec cet autre lillois fameux qu'était Philippe Noiret - décide une nouvelle fois de jouer les Alexandre le bienheureux en apportant de l'eau au moulin de sa famille.

LE PEN : HENIN, LE LAB

Par Marc Prévost :: 06/01/2011 à 19:47 :: Région

Marine Le Pen se présentera-t-elle aux cantonales dans le Pas de Calais, à Hénin-Beaumont *? Précisément sur le canton d'Hénin-Montigny-en-Gohelle, où les candidats prolifèrent au rythme de la discorde qui secoue ce fief socialiste dont le titulaire est âgé de 75 ans et tentera en mars prochain la passe de quatre.

Sur les Atrides qui rongent le parti socialiste dans ce coin de l'ex-bassin minier, on a beaucoup écrit sans tout dire, tout en ignorant encore beaucoup des coulisses et arrières-cuisines. Et quand un funeste hasard terrasse le maire enfin désigné par le suffrage universel (Daniel Duquenne malade), on se dit qu'il y a des malédictions qui collent à la peau. L'histoire politique héninoise de ces dix dernières années n'est que celle d'une guerre de succession jamais éteinte. Darchicourt, Dalongeville, Duquenne,...un long conflit scandé par les sécessions des uns et des autres. Qui sème le vent...récolte la tempête.

Voilà treize années que Marine Le Pen a jeté son dévolu sur le Nord-Pas de Calais. Même après son come-back en Ile-de-France entre 2004 et 2010 - pour reprendre en main la maison FN, elle aussi travaillée par des forces obscures, au moins depuis le schisme mégrétiste de 1999 - la fille de J-M Le Pen n'a jamais oublié ni négligé ce Nord-Pas de Calais tellement réceptif au discours démago et rodé anti-UMPS (anti establishment, anti-banques, anti-euro (pe), anti-immigration,...) .

En mars 2010, le FN est devenu la deuxième force politique du Pas de Calais au terme d'une campagne pépère pour la gauche et meurtrière pour la droite. Dans les états-majors, les calculettes rendent les mêmes chiffres : Henin Beaumont a voté à plus de 44 % pour le FN et...Montigny en Gohelle, à près de 34 %. Un air de proie à prendre. Talonnant sur Hénin-Beaumont la liste Percheron, le président socialiste sortant et réélu! Voilà qui peut donner des idées. Le trop-plein de candidats servira la candidature FN, compactée et ramassée, forte de la discipline militante et de l'énergie de la revanche. Un face-à-face FN/gauche dangereux pour cette dernière.

Et, pour creuser la différence, une aura hexagonale de toute façon acquise, les medias qui braqueront les feux de l'actualité (air connu, Marine Le Pen laboure depuis huit ans les campagnes électorales entre Lens et Wingles, Hénin-Beaumont et Courrières, faisant sa pelote et prenant date pour son grand soir à elle), et un discours républicanisé. Sa récente et brutale position sur l'islam - les prières dans la rue - la fait presque apparaître comme un archange de la laïcité. Un capital que sa - probable - élection à la barre du FN à la mi-janvier ferait fructifier. Avec, en surplomb, le rêve d'un 21 avril bis.

Mais pourquoi un canton, même au coeur du monde socialiste, même à un jet de pierre du jardin de Martine Aubry, maire de Lille ? Un canton, çà ne fait pas rêver les masses. Pardi ! Ce serait la première fois qu'elle serait élue au suffrage universel direct dans un scrutin majoritaire**. Pour se présenter à la présidentielle, il faut des racines.

* C'est ce qu'évoque Djamel Mermat, chercheur en sciences politiques à Lille 2, dans une interview à Libélille (29/12/2010).

** On peut compter sur l'habileté procédurière de M-L Le Pen pour tenter de concilier son problème de cumul le plus longtemps possible (députée européenne et conseillère régionale). Mais, à tout prendre, quand on prétend à l'Elysée, il vaut mieux une chaise cantonale qu'un fauteuil européen. Après tout, Lionel Jospin en avait fait autant dès 1988 du côté de Toulouse avec le canton de Cintegabelle, son seul mandat quand il se lança dans la compétition présidentielle de 1995.

RETROUVAILLES

Par Marc Prévost :: 05/01/2011 à 19:10 :: Région

La politique est aussi le fruit du hasard. Et les faux amis d'hier sont parfois les vrais adversaires de demain. Au PS du Nord, on étudie la possibilité de "parachuter" Alain Cacheux sur la cinquième circonscription actuellement détenue par l'UMP Sébastien Huyghe, ancien challenger de Martine Aubry aux municipales à Lille en 2008. Rappelons qu'Alain Cacheux, également adjoint à Lille, un temps pressenti pour intégrer la liste sénatoriale du Nord, est député de la troisième circonscription (Mons-La Madeleine, appelée à disparaître suite au redécoupage. Le fief envisagé (Haubourdin-Seclin), est lui aussi touché par le redécoupage, mais appelé à s'agrandir (La Bassée). Ironie de l'histoire : c'est la défaite de Christian Decocq (UMP) aux législatives de 2007 contre Alain Cacheux qui précipite la candidature de Sébastien Huyghe au beffroi lillois, avant de quitter le conseil l'année suivante. Les deux hommes se retrouveraient donc.

LE PAS-DE-CALAIS SOCIALISTE EST COMPLIQUé

Par Marc Prévost :: 04/01/2011 à 20:52 :: Région

Vincent Léna ne souhaite sûrement pas vivre la même destinée que Marie-Noëlle Lienemann. Quoique...l'ancienne prétendante socialiste à la députation à Béthune (2002), marchepied pour la mairie, puis à celle d'Hénin-Beaumont (il y a des gens qui aiment les terrains boueux...), ballotée sur l'échiquier politique du département le plus socialiste de France puis promptement expulsée après avoir épuisé toutes les possibilités* de greffe, devrait retrouver un fauteuil de sénatrice de Paris en septembre...alors.

Décidément, les parachutages sont risqués dans la région, a fortiori dans ce Pas de Calais traditionnel et un peu fermé sur lui-même**. Mais le récent claquage de porte de Danièle Lhomme, figure du paysage politique berckois (quatrième circonscription Auxi-le-Château/Berck) est révélateur de l'affrontement entre deux générations d'élus que tout ou presque sépare. L'énarque Léna (ce n'est pas une coquille) et la prof de physique au lycée du cru.

Le premier a ciselé ses ambitions dans les grands corps puis au cabinet de Claude Bartolone, secrétaire d'Etat à la ville, sa spécialité (il fut sous-préfet à la ville dans le Pas de Calais). La seconde avait bataillé depuis la nuit des temps aux côtés de Claude Wilquin - ancien collaborateur de François Mitterrand, s'il-vous-plaît - pour la mairie de Berck dont elle sera la première adjointe puis maire.

Avec M-N Lienemann, il y a certaines similitudes. Comme cette dernière dans la cité de Buridan, Vincent Léna a déjà essayé de se frayer un chemin à Boulogne-sur-Mer. Comme il le dit lui-même après l'adoubement de Frédéric Cuvillier par le précédent maire, Guy Lengagne: "Je ne me sentais plus utile...". Son ripage un peu plus au sud sur la côte sera mal vécu par une partie des militants locaux. Certes, son étiquette fabiusienne est un atout sur ces terres où le nom de l'ancien PM agit encore comme un philtre. Et puis il y a le maire de Berck, mentor sourcilleux du jeune Léna, Jean-Marie Krajewski, qui a succédé à Bruno Cousein, après un vaudeville à la berckoise, quand Danièle Lhomme a perdu la mairie en 2001. Conflit atomique en pleine baronnie locale***. Un parachuté essuie toujours le feu de ses propres troupes au sol. L'ombrelle de Krajewski et d'autres dignitaires du cru vaut gilet pare-balles.

Vincent Léna déblaie le terrain et songe à sa revanche sur le député-maire UMP, modèle libéral, du Touquet (ce "Rastignac au petit pied"), Daniel Fasquelle, nouvel homme fort de la droite dans le département. Certes, Vincent Léna est déjà un vieux briscard et il a su se ménager les instances fédérales, sésame obligé d'une carrière qu'il veut brillante.

Patron contesté du PS sur ce fief remuant, il lui reste à apprivoiser les querelles et les divisions qui font désormais le quotidien des frères de la côte. Les socialistes sont si puissants là-bas qu'ils peuvent se permettre d'avoir plusieurs sections par canton au gré des rancoeurs et des ambitions ! Le parallèle avec Hénin-Beaumont et Béthune est presque évident. Comme un sombre présage.

* Elle sera quand même vice-présidente (formation professionnelle) au conseil régional en 2004. Membre du courant Hamon, on lui a prêté l'ambition de se présenter à Amiens aux prochaines municipales. Co-auteur d'un original 18 heures chrono (Ed J-C Gawsewitch) avec son vieux complice Paul Quilès : une fiction sur une prochaine cohabitation en 2012. Danièle Lhomme occupera le même rang de VP à l'agriculture, pêche et tourisme, de 1998 à 2010. Puis elle sera reléguée en position non éligible...« J’ai confiance en Martine Aubry mais je pense qu’elle se trouve face à certaines baronnies locales, avec lesquelles elle a dû négocier pour devenir première secrétaire. »

** Exception notable : Jack Lang sur la 6 ème du Pas de Calais en 2002, adoubé par Dominique Dupilet, le premier départemental, consacré par Serge Janquin, le premier fédéral, béni par Daniel Percheron, le premier régional.

*** Un autre conflit - d'une nature différente - a déchiré la militance locale avec la désignation d'Antoine de Roquigny du Fasquel contre Bagdad Ghezal, "candidat de la diversité" désigné par la base, pour les dernières municipales à Etaples (voir billet: la politique est un art difficile, du 17/12/2007). Les instances fédérales avaient contredit ce choix. Du coup droite et gauche ont été renvoyées dos à dos, la seconde perdant la mairie.

BORLOO A TROUVE UN JOB

Par Marc Prévost :: 30/12/2010 à 17:53 :: Région

Borloo locomotive pour la candidature d'Annecy aux J.O d'hiver en 2018 ? L'ex-ministre de l'écologie du gouvernement Fillon est en effet pressenti pour remplacer Edgar Grospiron, démissionnaire, à la tête de l'équipe chargée de défendre les couleurs de la ville savoyarde (contre l'allemande Munich et la sud-coréenne PyeongChang). Des couleurs bien pâles, aux dires des observateurs qui doutent de plus en plus des chances annéciennes.

Presque une mission suicide pour notre J-L B national, pour l'instant tiède sur une telle éventualité, et actuellement en vacances au Maroc. Et qui n'a pas intérêt à alourdir sa barque après son fiasco de fin d'année pour sa nomination à Matignon. De plus, le job ne colle pas vraiment avec le pedigree de l'ancien maire de Valenciennes qui n'avait pas montré un empressement démesuré pour la candidature olympique de Lille, par exemple, pendant les années 90. Préférant accompagner le club de foot de Valenciennes ou attirer la firme japonaise Toyota dans son Hainaut. "Lille a loupé les JO, Valenciennes a décroché Toyota !...", disait-on - sournoisement - dans son entourage sur fond de rivalité entre la capitale des Flandres et celle du Hainaut...

MOTS SADO MASOS

Par Marc Prévost :: 29/12/2010 à 19:04 :: Région

Martine Aubry exprime la totale solidarité du PS avec les deux journalistes otages depuis un an en Afghanistan - Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier - ...", alors qu'ils exerçaient leur métier d'observation et d'analyse avec professionnalisme et responsabilité, au service de l'information des Français". La patronne du PS ajoute même : " Je veux aussi penser à tous les journalistes emprisonnés ou menacés tout simplement parce qu'ils font leur métier." Pour quelqu'un qui n'a jamais porté la profession journalistique dans son coeur...voilà un sacré retour de flamme. Y aurait-il des élections à l'horizon ?

Tout le monde connait l'anecdote d'une Martine Aubry, jeune stagiaire à France-Soir et qui se faisait pincer les fesses à la photocopieuse. Ou le fameux : " Il paraît que je vous fouette..." - en parlant de ses collaborateurs au ministère, il est vrai.

A Nord Eclair, et ce n'est qu'un exemple, les journalistes savent ce qu'il leur reste à faire pour mériter de telles louanges de la part de celle qui leur donne régulièrement la fessée (chacun son tour...). Dernière en date : le vrai-faux droit de réponse difficilement justifiable à propos d'un article relatant la position de la maire de Lille sur le boycott des produits israëliens (dans NE du 23/11/2010 - voir commentaires du billet Bulletin interne, 20/11/2010), et d'une violence rare*.

Ou celui qui mettait en cause un article de NE qu'elle jugeait outrageant sur ses relations avec Pierre Mauroy et des propos présumés tenus par elle, ce qu'elle a démenti catégoriquement - avec menace de poursuites à la clé (NE - 28/03/2006). Entre ces deux périodes, une longue histoire de fureur et de mépris entre elle et la "corporation". Je t'aime, moi non plus...on est carrément dans un registre sado maso.

Quand on écrit le nom de Martine Aubry dans un article, et si l'on veut s'attirer ses bonnes grâces, il faut le faire pieds et poings liés...

* Même le SNJ, majoritaire à la rédaction de NE, s'est ému (communiqué du 30/11/2010) d'un tel précédent assorti d'une telle véhémence, à laquelle s'ajoute une méconnaissance par le journal des règles formelles du droit de réponse. "Quelle mouche a donc piqué la direction de Nord Eclair ?" Jamais l'expression "être à la botte" n'a trouvé meilleure illustration.

CHAMBRES DE COMMERCE : LA PEPINIERE BORLOO

Par Marc Prévost :: 24/12/2010 à 11:37 :: Région

Ca bouge dans les chambres de commerce. Avant le "choc" attendu Philippe Vasseur/Léonce-Michel Deprez pour la présidence de la grande compagnie consulaire régionale, la CCI région Nord-Pas de Calais, qui sera le véritable interlocuteur des pouvoirs publics (voir billets du 27/05/2009 et 06/06/2010: Région en Chambres et Je voudrais le fils !), ce sont les chambres locales qui ont désigné leurs leaders. C'est un entrepreneur numérique qui succède à un prospectif Bruno Bonduelle pour présidence de la CCI Grand Lille.

Il s'agit de Philippe Hourdain, patron du groupe d'imprimerie HPC-Adlis à Templemars, leader européen sur son secteur. Comme beaucoup de patrons de la région, celui-ci a rêvé de politique. Il avoue d'ailleurs que le métier qu'il aurait voulu faire est député-maire. Philippe Hourdain a été proche d'Alain Madelin dans les années 80 et a travaillé avec le lillois et giscardien Jean-Jacques Descamps, secrétaire d'état au tourisme sous Chirac II (1986/1988). On le retrouve sur la liste Borloo pour les régionales de 1992, quand le maire de Valenciennes d'alors avait largement puisé chez les "socio-pros".

Comme Luc Doublet - son ancien colistier borloïste élu conseiller régional la même année - alors président du club Gagnants et en piste actuellement pour la présidence du réseau international des CCI. Son retrait de la compétition pour la succession de Bonduelle (lui aussi sollicité par Borloo pour ces fameuses régionales de 92), ouvrait la voie à Philippe Hourdain. Ce dernier a longtemps été adjoint - aux finances - du maire de Santes, dans la métropole lilloise, Philippe Barret (qui s'était présenté sur la 5 ème circonscription en 1993 sous l'étiquette DVD soutenu par l'UDF - 15,3 % au premier tour, vainqueur pour 140 voix: Bernard Davoine, PS, et future circonscription quelques années plus tard de Martine Aubry, first adjointe de P.Mauroy à Lille).

En poussant un peu le raisonnement, on peut dire que Philippe Vasseur et Deprez junior ont également profité de l'aventure J-LB dans la région puisque le premier et le père du second, Léonce, ancien député-maire du Touquet, l'ont affronté pour le leadership politique à droite pendant les années 90...

CONSEIL REGIONAL : DE SAINTIGNON PRESQUE PRESIDENT EN 2011 ?

Par Marc Prévost :: 22/12/2010 à 15:36 :: Région

C'est ce que l'on peut déduire de l'engagement signé par les candidats socialistes aux sénatoriales avec le PS de Martine Aubry, fervente adversaire du cumul. Si élus, ils promettent de quitter leur exécutif (info Nouvel Obs). Ca fait un paquet de cumulards contraints au décumul* ! Or, dans notre région, les deux têtes de liste socialistes pour les prochaines élections au Palais du Luxembourg sont toutes deux présidentes d'exécutif. Michel Delebarre, maire de Dunkerque et Daniel Percheron, président du conseil régional. Sur les intentions de ce dernier, on a déjà beaucoup glosé (sur ce modeste blog dès le billet du 20/09/2009 : Un pacte de succession).

Son successeur le plus plausible serait alors le nordiste Pierre de Saintignon, actuel vice-président (on se souvient qu'il a réglé la question de la préseance avec son frère ennemi Bernard Roman au conseil régional, voir billet Pactes et promesses, 24/11/2009, ce dernier retrouverait-il alors quelque ambition ?). Une solution appréciable car il aurait alors tout le loisir pour préparer sa réélection en 2014 et l'intéressé voudra verrouiller l'échéance. Perch' aura-t-il encore la capacité d'influer sur sa propre succession et préparer un dauphin de dernière minute ? Certes, rien sur le calendrier d'une telle dévolution. 2011 ? 2012 ?

Problème : si Martine Aubry sacrée présidente de la République (et là, c'est plus aléatoire, certes,...), qui pour lui succéder à la mairie de Lille ? Pas Audrey Linkenheld, actuelle adjointe lilloise au logement, qui sera sénatrice en septembre prochain. Elle pourrait certes démissionner du Sénat pour se couler dans les habits majoraux et faire monter un ou une heureuse élu(e) (tout comme Perch', d'ailleurs !). Peu plausible. PdS, justement, mais il ne pourra pas cumuler avec le fauteuil régional. Alors, le vert Eric Quiquet, déjà en piste pour une circonscription législative (voir billet du 27/02/2010)? Une hypothèse à touiller au plus haut niveau stratégique : fichtre ! la mairie de Titine de fer à un écolo...sait-on jamais ? Les regards se tourneraient alors vers Walid Hanna, adjoint à la politique de la ville et de la coordination des quartiers, bien en cour auprès de Titine de Fer.

A Dunkerque, les choses seront moins compliquées (voir billet : Le père Michel, 11/12/2010). Sur le pacte du début, on rétorquera qu'il n'engage que ceux qui y croient...Coups de canif en vue ?

* Pas idiot en fait. D'ici 2012, les passages de témoin se feront sans (trop) de grincements de dents, et le PS pourra se prévaloir avant la corrida présidentielle d'avoir rajeuni et renouvelé ses élites, à tout le moins de l'organiser, tout en réformant dans sa propre maison le cumul des mandats que l'opinion considère comme une plaie de la vie publique. Dans la région, un qui a déjà anticipé le grand turn-over, c'est le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, qui quittera son hôtel de ville après son entrée au Sénat (voir billet : Le théorème Vandierendonck : 9/10/2010).

DECOCQ VOTE AUBRY

Par Marc Prévost :: 21/12/2010 à 17:00 :: Région

Lu l'annonce de Christian Decocq dans VDN de ce jour. L'ancien challenger de Martine Aubry aux municipales de 2001 aurait l'intention de briguer une nouvelle fois le beffroi lillois dans quatre ans. Une seule explication à une telle constance dans l'effort : la perspective d'affronter quelqu'un d'autre que ...Martine Aubry, ce qui lui ouvrirait quelques chances (? car, dans un tel cas de figure, il y en aura des prétendants et des vocations à droite). Il mise donc sur l'élection de la maire de Lille à la présidence de la République.

LES DEUX MARTINE DE BRUNO

Par Marc Prévost :: 16/12/2010 à 11:43 :: Région

Bruno Bonduelle, futur ex-président de la chambre de commerce Grand Lille, sur Wéo, la télé du groupe Voix du Nord. " J'aime beaucoup ce que fait Martine Aubry à Lille. Beaucoup moins à Paris...". Allusion aux 35 heures et aux propositions du PS sur la retraite à 60 ans ?

AUBRYINCOMPATIBLE

Par Marc Prévost :: 15/12/2010 à 10:32 :: Région

Bernard Frimat n'était pas aubrycompatible. En fait, il ne l'a jamais été, l'ancien prof d'économie à la fac de Lille, sénateur socialiste qui ne digère pas sa mise à la retraite forcée. Son interview sur public Sénat.fr est une pierre de plus à apporter au dossier, et l'on appréciera les amabilités qu'il décoche, à Audrey Linkenheld en particulier, une Aubry girl, adjointe à Lille, propulsée numéro 2 de la liste nordiste ("d'autres candidatures auraient été plus attractives..."). Suprême avanie, il n'aura même pas vécu un mandat complet de sénateur socialiste du Nord puisqu'il a succédé à Dinah Derycke-Caudron, disparue quelques mois après le début de la législature (septembre 2001).

Résumons : ancien adjoint aux finances de Gérard Caudron à Villeneuve d'Ascq, cet autre pestiféré du PS qui s'entend avec la première secrétaire comme un dominicain avec un jésuite, opposant résolu au système Borloo* à Valenciennes, cette terre de mission où il fut envoyé dès les années 90, comme un père blanc s'en va évangéliser des ouailles qui avaient oublié jusqu'au mot de socialisme (Valenciennes a longtemps été RPR et entourée d'une ceinture rouge communiste), noniste pendant le référendum sur le traité constitutionnel européen de mai 2005 (Martine "ouiste" convaincue), delanoïste pendant le congrès de Reims (Titine de Fer n'était même pas aubryste...), et, horresco referens, "royaliste" en novembre 2006 pendant les premières primaires du PS...

Alors, évidemment, avec un tel pedigree...il ne pouvait que passer par dessus-bord de la nef socialiste en partance pour le Palais du Luxembourg.

*Faut-il rappeler l'estime affichée dans laquelle Titine de Fer tient l'ancien ministre de l'écologie du gouvernement Fillon (voir billet : Son meilleur ennemi, du 17/06/2009) ?

UMP NORD : LA BATAILLE CONTINUE

Par Marc Prévost :: 15/12/2010 à 9:59 :: Région

La guéguerre continue entre Marc-Philippe Daubresse et Thierry Lazaro, les duettistes de l'UMP dans le Nord. On sait que l'élection du mois dernier est contestée par le vaincu, le maire de Phalempin qui s'est incliné devant celui de Lambersart pour la présidence fédérale. Désormais, le cas est soumis aux instances internes (avant la justice ?) pour des points de procédure. Thierry Lazaro est prêt à prendre ses distances avec l'UMP s'il n'obtient pas gain de cause.

Le remuant député, élu depuis 1993 sans interruption, irait-il jusqu'à démissionner du parti présidentiel ? Et à se présenter en "candidat libre" en juin 2012 ? Fort de ses scores (autour de 57% en 2002 et 2007), et libéré de son vieil adversaire socialiste, le maire d'Orchies Dominique Bailly, annoncé au Sénat ? Dans ce cas, la fédération nordiste lancerait sur la sixième circonscription le maire de Templeuve, Luc Monnet, déjà conseiller général d'opposition du canton de Cysoing et président de l'intercommunalité.

KIF-KIF SELON CHRISTIAN VANNESTE

Par Marc Prévost :: 13/12/2010 à 17:51 :: Région

Sacré Christian Vanneste. Il en remet une louche, le député UMP de Tourcoing. Selon lui, pour éviter un 21 avril à l'envers, l'UMP doit impérativement se rapprocher du FN (voir billet : L'exorciste de Tourcoing du 20/10/2010). Pour appuyer sa démonstration d'une plate-forme de "valeurs communes" qui justifierait l'aggiornamento, il rappelle qu'Albin Chalandon avait même avancé l'argument de la préférence nationale en 1986 à l'occasion de sa campagne des législatives dans le Nord (à la proportionnelle).

"Je me souviens quand Chalandon a gagné les élections en 86 dans le Nord, il employait le terme de «préférence nationale» et cela semblait tout à fait naturel que celui qui était à la tête du RPR dise que les citoyens français ont plus de droits que les étrangers." (Marianne2.fr/1/10/2010 et Le Point.fr de ce jour). Oui, bon, tout ceci n'est pas faux : Chalandon, le gaulliste historique que l'on présentait comme le futur homme fort de la droite dans le Nord, avait bien développé l'idée. Le FN a ensuite exploité l'expression "préférence nationale", copieusement diabolisée dès le mitan des années quatre-vingt par une certaine gauche bien-pensante. Personnellement, j'y vois même là une sorte d'alliance objective entre le parti de J-M Le Pen, soucieux de conforter ses positions émergentes et de certaines forces de gauche, trop contentes d'une telle aubaine pour affaiblir la droite républicaine. Pas nouveau. La tactique s'est même muée en stratégie.

Mais remettons les faits en place. Chalandon n'a pas gagné les élections législatives cette année-là. C'était plutôt du kif-kif. Certes la gauche avait reflué (et n'avait pas gagné non plus, loin s'en faut). Mais en nombre de voix comme en nombre de sièges, les deux camps se sont retrouvé à égalité presque parfaite. 47,73 % pour la gauche (PS, PC, extrême-gauche), 48,60 % pour la droite (RPR, UDF, liste S. Cattelin et...FN).

Nul doute qu'aujourd'hui, on ne comptabiliserait pas les 11,35 % de la liste FN de Bruno Chauvierre dans le camp de la droite. Et les Verts d'Yves Cochet frôlaient les 3%. Arc-boutés, en ces temps antédiluviens, sur une ligne ni gauche-ni droite, on ne peut stricto sensu les verser dans le camp de la gauche classique.

Alors, il reste patent que la droite a indiscutablement progressé cette année-là - y compris dans le Nord - et que l'assemblée avait basculé. Et que Monsieur Chalandon s'est retrouvé garde des Sceaux. Anecdote : c'est du fauteuil de Cambacérès qu'il fera voter - discrétement - des mesures punissant les écrits révisionnistes (quelques semaines après l'affaire des chambres à gaz "point de détail" de l'histoire, selon J-M Le Pen, et alors que les affaires Faurisson et Roques, universitaires révisionnistes, n'en finissaient pas). Initiative fustigée par la blogosphère ultra, peu ou prou proche du FN, comme scelérates (à l'instar des lois Pleven et Gayssot, qui, elles aussi, encadrent la liberté d'expression).

Pour expliquer sa proposition de rapprochement avec le FN, C. Vanneste se réfère donc aux propos de quelqu'un - A. Chalandon - qui a combattu l'idée d'un tel rapprochement (la diabolisation !). Deuxième anecdote (plus scabreuse, j'en conviens...) : ce fameux argument de la préférence nationale n'empêchera pas Albin Chalandon de s'ériger, à la même époque, l'aimable Pygmalion de Rachida Dati...

LE PERE MICHEL

Par Marc Prévost :: 11/12/2010 à 13:05 :: Région

Ou le grand Michel. L'information est passée presque inaperçue. Mais le grand Dunkerque, la ville dirigée par le socialiste Michel Delebarre, va trouver un commencement de réalité. Le préfet vient de donner son accord pour l'élargissement de la ville de Jean-Bart à ses voisines de Saint-Pol sur-mer et de Fort-Mardyck (Il y a quelques années, l'opération avait avorté faute de quorum). L'ensemble ainsi formé tutoiera bientôt les cent mille habitants. Soit presque la moitié d'une agglomération également sous la coupe socialiste* depuis des lustres. Un seuil symbolique qui ouvrira des perspectives en termes de reconnaissance comme d'accès à certaines mannes financières. On change de braquet. Dunkerque monte ainsi sur le podium régional des plus grandes villes avec Lille et Roubaix.

En filigrane, au delà du renforcement de l'hégémonie souvent décriée par ses adversaires de l'ancien président du conseil régional sur la ville qu'il dirige depuis 1989 - et qu'il a considérablement animée, un peu à l'instar d'un Borloo à Valenciennes pendant les années 90-, c'est bien sa propre succession qui se profile. Michel Delebarre voudra sans doute goûter son nouveau sceptre. A cet égard, son entrée dans le club des sénateurs (voir billet : Les portillons sont ouverts, 23/07/2009) en septembre prochain peut se comprendre comme une fin de règne maîtrisée et en douceur. A moins que les dieux de la politique ne lui ouvrent des portes sénatoriales...présidentielles. Le père Michel succède ainsi - enfin ! - à son aîné et ancien protecteur Pierre Mauroy. On a déjà évoqué une possible dévolution municipale au profit de Wulfran Despicht - son gendre ! - vice-président du conseil régional (voir billet : Le contre-système Delebarre, 16/01/2008).

Là encore, et comme nous l'avons signalé sur ce blog, 2014 sera une borne de référence. A Dunkerque, cette Delebarreville, les probabilités d'alternance n'ont plus guère de chances de prospérer. Emmanuel Dewees (RPR), Franck Dhersin (Borloïste puis RPR puis UMP), Jacqueline Gabant (UMP), autant d'audacieux qui ont cher payé leur défi à l'"Amiral".

Un Dunkerque agrandi de deux importantes communes dirigées par des maires de gauche (Christian Hutin et Roméo Ragazzo) ne laisserait plus guère d'espoirs au camp d'en face, et pour longtemps. Peut-on s'en réjouir ? Quand Delebarre, incité par son mentor Mauroy et son entourage qui ne l'avait jamais complétement adoubé, s'est lancé à l'abordage du beffroi en 1989, il stigmatisait l'usure du système Prouvoyeur, un ancien socialiste de circonstance rectifié CNI (un itinéraire plutôt rare dicté par l'opportunité de devenir...sénateur en 1983), élu depuis...plus de vingt ans et qui avait initié le mouvement - sans fin - d'un Dunkerque XXL. L'histoire repasse les plats.

* Soit le symétrique inverse de la communauté urbaine de Lille, caractérisée par une petite ville-centre de 220 000 habitants au milieu d'une agglomération de plus d'un million d'habitants. Si le Grand Lille ressemble toujours à une grosse poignée de confettis sensibles au moindre vent, Le Grand Dunkerque se fait de plus en plus bunker inviolable. Ce qui n'a pas empêché Michel Delebarre d'avoir appris la science du pouvoir auprès de Pierre Mauroy, ancien patron de la communauté urbaine de Lille ni d'avoir observé les longs démêlés de ce dernier avec un Arthur Notebart par exemple, au sein de la même institution. A Lille, la politique s'inspirait d'une diplomatie secrète permanente, comme en écho aux rapports de forces, à Dunkerque, c'est un système total qui laisse peu de place au débat. D'autant plus que l'emprise Delebarre dépasse le simple cadre politique et empiète largement sur l'espace économique ou consulaire, par exemple, voire médiatique avec la future télé du littoral.