REIMS BIS

Par Marc Prévost :: 20/01/2011 à 11:54 :: Le monde selon moi

C'est ce que le PS doit éviter à tout prix s'il veut rester dans la course de la présidentielle. Les sondages qui se multiplient ces jours-ci au sujet des primaires censées désigner le (a) champion(ne) des socialistes rendent le même son inquiétant. Grosso modo : DSK et Aubry à 50/50, l'une battant l'autre de très peu. Mais la première secrétaire du PS aurait un mal fou à franchir le cap du premier tour donc à se qualifier pour le second. Il n'y a que l'hypothèse DSK contre Royal qui accorde un net avantage au directeur du FMI. Le cas Hollande/DSK également, mais l'ancien patron du PS a peu de chances de se qualifier.

Il y a certes d'autres scénarios possibles mais ce dernier apparaît assez plausible. Et c'est ce que le PS peut espérer de mieux pour désigner un candidat franchement élu et faire oublier le congrès de Reims et ses majorités ric-rac et frelatées. Avant le grand rush.

2012/2017 : UN QUINQUENNAT DE M...

Par Marc Prévost :: 13/01/2011 à 20:20 :: Le monde selon moi

Simple. Si la majorité perd l'Elysée, le Front national de Marine Le Pen lance l'OPA dont elle a toujours rêvée sur cette droite sonnée par l'alternance. L'UMP explose en plusieurs tendances. Copé, d'un côté, les libéraux de l'autre, les centristes... La nouvelle présidente prépare les prochaines échéances de 2017 avec l'espoir d'être investie, après des "accords" locaux pour les municipales et les territoriales de 2014. Recomposition à droite.

Si la gauche perd, deux cas de figure. Le fameux 21 avril 2012 (voir billet du 06/01/2011, Mélenchon se déballe), autant dire qu'une quatrième défaite avec disparition dès le premier tour aurait la même conséquence qu'une explosion atomique sur le PS. Recomposition à gauche : les alliés montrent leurs dents et leurs muscles, les barons locaux se terrent au fond de leurs territoires, le PS est jugé inapte et risque scissions et sécessions. Si le candidat socialiste (peut-il y en avoir un autre à gauche ?) échoue au second tour, ce quatrième échec asséné aura l'effet d'un coup de massue sur ce même PS, qui aura perdu toute crédibilité. Décomposition à gauche. Pour l'UMP comme pour le PS, un quinquennat de m...Voilou.

Tout ça pour dire que l'élection présidentielle de l'année prochaine revêt un enjeu quasi existentiel, une sorte de quitte ou double, pour les deux grandes formations de notre vie politique. Il y aura donc un mort.

MARTINE POLO

Par Marc Prévost :: 13/01/2011 à 14:15 :: Le monde selon moi

Sur les traces de Marco Polo, Martine Aubry s'est rendu en Chine - à Pékin - entre Noël et Nouvel An. Une visite privée absolument pas médiatisée. Qui fait suite au pavillon lillois inauguré lors de l'Exposition de Shanghaï, rivale de Pékin, l'année dernière et qui, au contraire, avait été largement couverte par les medias. Décidément, l'Empire du Milieu, valeur sûre du marketing politique jusqu'à présent, déclenche des réactions parfois insaisissables chez les leaders politiques...surtout chez une personnalité que l'on dit pré-candidate aux primaires de son propre camp.

Il est vrai que l'affaire d'espionnage industriel entre le groupe français Renault et la Chine, qui éclate tout début janvier, mais dont l'enquête remonte à l'été dernier, incite à la discrétion...et à la prudence. On marche sur des oeufs...pourris.

PUELLA MATREM

Par Marc Prévost :: 11/01/2011 à 16:41 :: Le monde selon moi

Anecdote piochée dans le "Portraits crachés" de Denis Jeambar (Flammarion) à propos de Martine Aubry. Non, non, Titine de Fer n'est pas la fille de son père mais bien la fille de sa mère. De Jacques Delors elle a certes plusieurs traits de caractère. Mais sa personnalité procède peut-être encore plus de sa mère, native du pays basque, au tempérament également élaboré. L'ancien patron de l'Express raconte que Madame Delors eut le dernier mot - ma foi assez brutal - quant à la (non) candidature aux présidentielles de 1995 de Jacques Delors. Le lecteur découvrira dans quelles conditions. D'où - peut-être - l'incessant rappel de ses racines basques, invoqué tel un mantra par la patronne des socialistes. Mais qui donc pésera sur la décision de Martine Aubry cette année ?

LES CINQ-CENTS JOURS

Par Marc Prévost :: 10/01/2011 à 14:19 :: Le monde selon moi

J - 500. A ce terme, les Françaises et les Français se seront donné un ou une nouvelle présidente. Aucune prévision possible à ce jour et je ne suis pas devin. Seulement quelques impressions sur l'état des lieux. Une photographie naturellement sujette à retouches. Cinq-cents jours.

- Mélenchon/PC. Etonnant parti communiste. Il y a quarante ans, il zappait l'élection présidentielle et se rangeait dans la roue de François Mitterrand, candidat de l'union de la gauche. L'attelage a fonctionné deux fois : 1965 et 1974. Après une longue série de revers à l'élection suprême, leur étiage passe de 15 % (Marchais) à...moins de 2% (Buffet). Finalement, le PC n'a plus rien à perdre...sauf qu'il est d'abord un parti d'élus ancrés dans leur fief. Peut-on parier qu'il jetteront aux orties leur porte-étendard non issu de leur sérail juste après la bataille (voir billet Mélenchon se déballe, 06/01/2011)? Mais je voudrais bien savoir les cas de conscience du grand parti de l'après-guerre qui confie son avenir à un "malade infantile du communisme !" L'ancien trostkiste Méluche doit sourire encore plus.

- UMP : on a presque fait le ménage à l'UMP. De Villiers éteint, par la maladie et la trahison. Presque un air de tragédie. Un mouvement pour la France désormais rallié aux grands barons locaux. De toute façon, le vicomte de Vendée n'avait pas de dauphin. Les chasseurs sous perfusion ont rejoint les listes UMP aux régionales. Les deux ensemble : encore quelques points pour Sarkozy au premier tour. Comme en 2007, le candidat sortant veut maximiser son premier tour et récupérer les voix centristes au second. Un Bayrou fort semble moins évident qu'en 2007. De toute façon, une grande part des voix bayrouistes s'étaient reportées sur le candidat Sarkozy. Une inconnue (et de taille) Villepin, peut-être le plus cathodique des candidats putatifs. Dupont-Aignan ne fait peur à personne. Son vrai problème, c'est Marine Le Pen.

- Le Pen : le laboratoire héninois et la présidence du FN seront de vrais atouts. Son programme est écrit : (voir billet L'epine Le Pen). L'islamisation selon elle des sociétés occidentales lui fournit une perche inespérée dans un pays qui n'a pas encore digéré sa guerre d'Algérie si ce n'est la perte de son Empire. La réticence de certains medias (Drucker,...) la fait se draper dans l'habit du martyr.

- PS : Le socle du PS est beaucoup moins solide que celui de l'UMP dont l'électorat est traditionnellement plus discipliné (cf les reports Balladur sur Chirac en 1995 ou même Barre sur Chirac en 1988). Martine Aubry doit impérativement trouver la martingale pour éviter l'éparpillement au premier tour qui pourrait être fatal version 21 avril 2002, et trouver l'élan nécessaire pour gagner au second.

Problème: les satanées primaires qui seront le vrai baromètre des capacités d'alternance du PS. Tout se jouera donc à la rentrée. Deux exigences : une forte participation. L'idéal est de voir affluer plusieurs...millions de votants pour donner une crédibilité ET de désigner un(e) champion(nne) qui sera largement élu(e). Disons, au moins 60 % des voix, pour conjurer définitivement le spectre de la division donc de l'hésitation. Et je ne parle pas de cette tunique de Nessus du soupçon qui colle à la peau du PS depuis le congrès de Reims. On promet une haute autorité. On ne pourra pas recompter indéfiniment les voix. Le premier tour, c'est six mois après. A J-200.

LE COUP DE JARNAC

Par Marc Prévost :: 08/01/2011 à 11:10 :: Le monde selon moi

Ségolène Royal a une nouvelle fois montré des réflexes affûtés. "J'ai envie de succéder à François Mitterrand...", a t-elle dit au Monde. Un tel voeu, formulé sur le seuil de la maison natale de son mentor, le président de la République disparu voici quinze ans, revêt une allure incantatoire." Pourquoi d'ailleurs vous cacher que, lors de ma déclaration de candidature aux primaires pour la présidentielle, j'ai pensé à lui". La présidente de Poitou-Charentes sait la force des symboles. Et celui du seul socialiste vainqueur d'une élection présidentielle en est un, et de taille. Et peu importe l'indécence que ses détracteurs ne manqueront pas de stigmatiser. A son rôle d'hôtesse de la mitterrandie pour la commémoration de la mort de l'ancien président, elle ajoute un statut de candidate à sa succession.

Il y a quatre ans, forte de sondages étincelants, l'ancienne ministre de l'environnement marchait sur l'eau et s'était permis de snober le pélerinage de Jarnac (ce Laurent Fabius déguisé en fantôme de Mitterrand, chapeau et écharpe compris ! ...). Mitterrand, c'est le grand soir du 10 mai 81, un espoir réalisé après 23 années dans l'opposition. Après tout, en 2012, l'Elysée sera à droite depuis 17 ans. Message limpide. Et terriblement évocateur dans le futur espace des primaires à gauche sur lequel les ténors du PS auront moins de prise que sur l'univers strictement militant.

On remarquera la timidité des autres caciques du PS qui avaient fait le pélerinage de Jarnac. On n'imagine pas un Arnaud Montebourg, candidat aux primaires, proclamer - et l'avocat n'est pas avare en tonitruance - une hypothétique filiation. Pendant les deux septennats du Roi François, il n'était qu'un jeune écuyer quasi inconnu (élu député de Saône-et-Loire en 1997, il avait, il est vrai plaidé dans l'affaire Carrefour du développement dès 1992, qui avait défrayé la chronique mitterrandienne).

Difficile pour une Martine Aubry, patronne d'un parti travaillé par les forces centrifuges, et peu encline aux postures d'intention, de tenter la préemption de l'îcone. Il y a tout juste un an, elle et le clan socialiste nordiste avaient invoqué les mânes de l'ancien président à ...Lille. Ainsi reléguée au rang d'un notaire-en-chef du parti, la première secrétaire doit laisser l'initiative à sa rivale du congrès de Reims. Un magistère de la parole que l'ancienne conseillère de François Mitterrand à l'Elysée maîtrise mieux que personne. Ségolène Royal a une fois de plus marqué son territoire. Jarnac : une fausse trève. Et un vrai coup.

MILLE BILLETS !

Par Marc Prévost :: 06/01/2011 à 21:07 :: Le monde selon moi

Belle occasion pour présenter ses meilleurs voeux 2011 ! Fichtre ! Depuis début octobre 2007, j'ai donc pondu un millier de billets sur des sujets aussi divers que variés, soit un rythme finalement pas si harassant (il faut bien bosser "normalement " un peu ! et Minette exige des soins attentifs) : trois par semaine, on va dire. Pas tout-à-fait. Ils tournent toujours autour de la politique avec comme pivot Pierre Mauroy d'abord puis, naturellement, Martine Aubry, ce qui, on en conviendra, n'est pas une mauvaise solution pour faire le tour de la planète politique.

Tout en restant le plus objectif possible. Mais l'objectivité n'est qu'une subjectivité maîtrisée, ma bonne dame. Ah si, la séquence ciné vous renseigne où je suis. De temps à autre.

En tout cas, il va y avoir du nouveau d'ici quelques jours sur votre blog préféré...

* Désolé pour les spams intrusifs et vraiment énervants, et qui m'obligent à nettoyer tous les matins parfois à tort et à travers, d'ailleurs (suppressions inopinées de billets et/ou de commentaires...).

MELENCHON SE DEBALLE !

Par Marc Prévost :: 06/01/2011 à 11:32 :: Le monde selon moi

Coup de fil d'un ami.

- Tu as vu Mélenchon ? Ou plutôt écouté sur Europe chez Nicolas Demorand ?

- Oui, il a encore franchi un cap, le Méluche . "Remballez vos grands airs de mépris à l'égard des élus du peuple...". Ceci dit, il est obligé à la radio d'en faire beaucoup par rapport à la télé. Qu'est ce que ça va être pendant la campagne dans un an, tu crois ? Il va arriver sur les plateaux habillé en sans-culotte et danser la carmagnole, la tête de Strauss-Kahn ou Sarkozy au bout d'une pique ?

- Il va péter les plombs. Il les a déjà pétés d'ailleurs. Il est dans une logique de surenchère. Toutes les semaines, il se demande ce qu'il doit dire pour se faire remarquer.

- T'inquiète...il se rangera gentiment dans la roue du meilleur placé à gauche après le premier tour. Que ce soit Aubry, Strauss-Kahn ou Royal. On enverra Cambadélis, ou même Julien Dray, pour le calmer. Entre anciens trotskistes. Ils sauront trouver les mots du genre "tout sauf Sarkozy", alternance, vote utile, pas de 4 ème défaite pour la gauche. Moi, je n'oublie pas qu'il y a les législatives derrière. Et Monsieur Mélenchon, s'il veut surnager dans le paysage après 2012, doit penser à sa base parlementaire. Mélenchon n'est pas Arlette ou Besancenot, ne pas confondre. Ce que les écolos-Verts ne pourront pas faire avec le PS, le Front de gauche le fera. Tu penses ! On vous promet 50 élus dans la prochaine assemblée ! Ne pas oublier non plus que le Front de gauche, c'est beaucoup d'élus communistes, habitués à traiter, parfois férocement, avec le PS, et qui pensent surtout à survivre y compris financièrement. Méluche sera débordé à ce moment. Sa plus-value n'est que médiatique.

- Et s'il dépasse les 10 % ou s'en approche ?

- Si c'est Aubry, le risque, c'est un 21 avril bis...-. Il prendra au premier tour sur Titine de Fer qui aura du mal à compenser au centre, avec les deux "B", Bayrou et Borloo. Un peu comme Chevènement en 2002. Tu imagines : Marine Le Pen à 18/19 % et Sarkozy à 23/24 %. Aubry à 17/18%...Je ne te dis pas les conséquences pour le PS. Si c'est DSK, Mélenchon fera théoriquement un meilleur score qu'avec Aubry. Mais DSK capitalisera au centre et même un peu à droite, y compris chez les électeurs de droite qui ne veulent plus de Sarko qui les a trompés, etc...et qui pourraient être tentés de le sanctionner en votant MLP. Aubry patronne du PS se rangera dans la roue de DSK (Matignon, mon vieux Matignon) et fera taire l'aile gauche.

- Tu es optimiste pour Sarko, non ?

- La droite va se ressouder. C'est inéluctable s'ils veulent préserver leurs chances. Hier, Raffarin, qui connait bien le sujet, pronostiquait un retrait de Morin - aucun intérêt pour le NC d'avoir un candidat à 3,88, allez, 3,89 %, au premier tour, quand on songe aux scores des candidats UDF aux précédentes présidentielles - et de Villepin.

- Ah bon, Villepin ?...

- On aura la réponse après son procès en appel. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne se retirera pas le lendemain du jugement. Et puis, il a un problème de soussous...

- Et Borloo ? Il va fixer les voix du centre comme tu dis ?

- Le candidat anti-Bayrou en fait. Les voix centristes de Borloo sont plus facilement canalisables au second tour, celles de Bayrou moins. Lui, il reviendra à son étiage "normal", entre 6 et 8 %. Pour moi, les deux inconnues, c'est la tactique de Borloo, d'abord. Il vise Matignon si Sarko repasse. Il sera en compétition avec Copé, patron du parti vainqueur. Pas simple pour un Sarko gagnant. Si Borloo pique sa crise, il est capable d'aller voir ailleurs...si DSK y va, que fait Borloo ? Deuxième inconnue, le score de Marine Le Pen au premier tour évidemment qui pésera sur celui de Sarkozy donc déterminera sa dynamique. M'enfin, tout çà reste encore aléatoire...

ARDITI SAIT SON TEXTE

Par Marc Prévost :: 06/01/2011 à 9:49 :: Le monde selon moi

Hier sur le plateau de Guillaume Durand (Face aux Français sur France 2), le comédien Pierre Arditi a exprimé tous ses voeux d'intention de vote à Dominique Strauss-Kahn. Question : "Et Martine Aubry, alors...non ? ". Réponse affirmative de l'intéressé. Mais on sentait bien que le coeur avait supplanté la raison.

Décryptage : fin 2009, une escouade d'artistes "de gôche" - Maxime Le Forestier, Juliette Greco, Michel Piccoli, Bernard Murat et Pierre Arditi - avait adressé une lettre ouverte à la première secrétaire du parti socialiste pour protester énergiquement contre le vote de rejet par le PS à l'assemblée de la loi Hadopi, voulue et préparée par la droite et présentée par Frédéric Mitterrand, le ministre de la culture. Mesure qui vise à protéger les droits des artistes sur leurs oeuvres dans le cadre d'internet et à réprimer le piratage.

35 HEURES ET HEURES SUP' : UNE DOUBLE ADDITION

Par Marc Prévost :: 04/01/2011 à 12:32 :: Le monde selon moi

Décidément, les Français sont devenus incapables de choisir - et de mettre en oeuvre - des solutions cohérentes. A la fin du XVIII ème siècle, et pendant tout le siècle suivant, ils faisaient des révolutions et remettaient à plat pas mal de choses. Début XX ème siècle, on a pu espérer que le monde du travail et le syndicalisme allaient "gérer" cette tentation révolutionnaire et mettre de l'huile dans les rouages de la société, en écartant ces périodes de bruit et de fureur qui alimentent nos manuels d'histoire ( Ah,... le Mallet & Isaac). Bref, en s'emparant du besoin de changement et de la volonté de progrès du peuple français, les corps constitués et leurs interlocuteurs, les corps intermédiaires, allaient nous hisser lentement, sûrement et paisiblement vers le nirvanà.

On ne fait plus la révolution. Mai 68 était tout ce que l'on veut sauf une révolution modèle XIX ème siècle. Et notre société prétendument moderne ne régule rien du tout. Syndicats arc-boutés et mur de Berlin entre eux et le monde politique (la charte d'Amiens, résultat : 8 % de syndiqués en France). C'est l'Etat qui impose dans tous les sens du terme. Au gré des alternances entre les pouvoirs inéluctablement soumis aux mêmes contraintes.

Exemple avec la durée du travail. Les 35 heures (lois Aubry). Des dizaines de milliards d'euros sont nécessaires à son financement et je ne parle pas de l'usine à gaz réglementaire pour les mettre en place. Je ne parle même pas de leur efficacité en termes de création d'emplois. Les dernières études de l'INSEE avancent le chiffre de 150 000. Pour faire avaler la pilule dès les premières discussions du grand-oeuvre jospino-aubryen, on disait entre 400 000 et un demi-million, oubliant que l'arme fatale contre le chômage était, de toute façon, un fusil à un coup et que, en quelques années, économie et société auraient digéré l'avantage. Les soubresauts économiques (crise, aléas de la conjoncture, cycles,...) allaient reprendre leurs droits et remettre les compteurs à zéro. On n'a pas osé mettre le cap sur les 30 heures*...

Dix ans plus tard, on "détricote " le système petit à petit. Et on défiscalise à tour d'exonérations les heures supplémentaires pour donner du contenu au slogan du candidat Sarkozy : travailler plus pour gagner plus. Payer plus d'impôts aussi ! Car, et c'est l'absurdité de la situation, le contribuable paie, au jour d'aujourd'hui, le financement des 35 heures (et ce depuis dix ans) et celui des heures supplémentaires ! Bouclage du budget oblige (et je ne m'étends pas sur le contexte catastrophique des finances publiques et du système financier international).

La proposition du député-maire socialiste d'Evry, Manuel Valls - candidat aux primaires de son parti pour 2012 - et son décadenassage des 35 heures, s'inscrit sur un tel décor. Parions que la gauche au pouvoir dans 18 mois demande encore aux français de mettre la main au portefeuille parce que l'on aura ajouté une troisième couche.

* On lira avec amusement l'info de 20 Minutes Lille de ce jour. Quand la communauté urbaine de Lille dirigée par Titine de Fer déverrouille à son tour - pour l'encadrement - les 35 heures à coup d'ajustement horaire et de récup'. Manuel Valls a donc une certaine influence doublée d'une réelle prescience. Le quart d'heure de la présidente...

UN NOUVEL ABBE PIERRE QUI VOTE AUBRY

Par Marc Prévost :: 31/12/2010 à 11:09 :: Le monde selon moi

La barre du million d'exemplaires probablement franchie d'ici peu pour le "Indignez-vous" de Stéphane Hessel, résistant déporté, ancien ambassadeur de France, co-rédacteur de la déclaration universelle des droits de l'homme, membre du cabinet Mendès,...un monument. C'est un nouvel abbé Pierre qui envoûte la ménagère de 50 ans et le jeune précaire de 25 ans, le cadre inquiet des ratés de son ascenseur social et le partisan d'un état palestinien, révoltés par la loi du plus fort appliquée par Israël, le sort des sans-papiers et des Roms ou les marchés financiers fous. En France, on aime tellement les grandes consciences blanchies sous le harnais de la légende et frappées du sceau de l'histoire. Stéphane Hessel est de cette eau. Et puis, "Indignez-vous", ça rappelle aux plus anciens cette insurrection de la bonté proclamée à la radio par une nuit sibérienne de l'hiver 54.

Avec l'ancienne star d'Emmaüs, Hessel a plus d'un point commun, et quelques différences. La politique d'abord. Lui a milité avec Europe Ecologie et s'est même inscrit sur la liste francilienne aux dernières régionales, Henri Grouès (le vrai nom de l'Abbé Pierre) au MRP d'après-guerre dont il fut un député (mais, à ma connaissance, l'abbé Pierre n'a jamais appelé à voter pour qui que ce soit, et ce n'est pas la seule différence avec S.Hessel). L'Abbé Pierre a fait irruption dans nos chaumières au cours de cet hiver fondateur et sa dramatique crise du logement (qui aboutit à une loi interdisant les expulsions hivernales et une prise de conscience sans précédent sur la pauvreté qui frappait en ce début des Trentes Glorieuses pas géniales pour tout le monde). Hessel surgit au beau milieu d'une crise économique majeure qui menace les principes fondamentaux de nos sociétés. Certes, on peut reprocher à Stéphane Hessel un opportunisme de classique facture. Songe-t-il à une candidature décalée pour 2012 ? Si non, on se l'arrachera comme l'on s'est disputé un Nicolas Hulot et son pacte écologique de 2007. Venez signer mon appel à s'indigner, si vous l'osez ! Et ce sera tout.

Je ne pense pas qu'il soit à ranger exactement sur la même étagère qu'un BHL ou un de ces rentiers de la bonne conscience, ces mutins de Panurge et autres rebellocrates comme les apostrophait Philippe Muray, qui font profession de s'indigner et s'enquièrent ensuite de leur audimat et des tirages de librairie quand ce n'est pas un coït d'alcôve avec la cour d'un pouvoir en place.

Alors, si, son opuscule de quelques pages vendu quelques euros à la sortie des caisses de supermarchés juste avant les Fêtes (Noël, cet instant oecuménique en diable sans jeu de mot : un peu d'indignation au menu, cette année), c'est un formidable coup de marketing bobo de la part de l'éditeur - Indigène éditions - un ancien de la gauche prolétarienne qui a assimilé très vite les ficelles des marchés de masse (air connu). Hessel répète simplement ce que tout un chacun dit et le fascicule apparaît comme pense-bête pour piliers de cafés de commerce ou anti-sèche pour dîners en ville*. Au micro d'Europe 1 et, hier, sur Rue89, son tropisme de gauche l'amène à préférer Martine Aubry : "Personnellement, je préfèrerais Martine Aubry : je la considère comme plus énergiquement de gauche", mais il ne repousse pas un DSK, par exemple. On risque bien de le retrouver dans le comité de soutien de la première secrétaire, alors. Etagère politique.

* Et que dire des horreurs proférées sur Facebook - et retirées depuis - par un Pierre-André Taguieff, directeur de recherches au CNRS, sur S.Hessel ? "Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu'on ait envie de lui écraser la tête." Pour avoir appelé au boycott des produits israëliens suite à l'affaire de Gaza, il est poursuivi par le bureau national de vigilance contre l'antisémitisme. Un fait à rapprocher du pataquès dont Martine Aubry fut l'épicentre il y a quelques semaines quand elle s'obligea à confirmer son opposition à ce même boycott (et qui valut un "droit de réponse" à NE, voir billet: Bulletin interne, et les commentaires , 20/11/2010 ).

CONFUCIUS & CO*

Par Marc Prévost :: 28/12/2010 à 16:40 :: Le monde selon moi

Notre Confucius de Charente-Poitou aime la Chine. A trente ans - même plus- d'intervalle, Jean-Pierre Raffarin vient de commettre un nouvel opus sur l'Empire du milieu (la Chine, pas le microcosme). Ce que la Chine nous a appris - c'est le titre du bouquin (chez Shi jie zhi shi, le livre n'est disponible qu'en Chine - fait ainsi écho à la Vie en Jaune (génial, le titre), sorti vers la fin des années 70 et écrit à plusieurs mains avec d'autres jeunes giscardiens de choc de l'époque : Dominique Bussereau, Marc-Philippe Daubresse (oui, oui, le nôtre !), deux Giscard d'Estaing (Henri et Nicolas), Benoît-Roger Vasselin, Pierre Simonet. Sous-titre : Sept jeunes giscardiens en Chine populaire.

Quelques années auparavant, Alain Peyrefitte venait de signer son "Quand la Chine s'éveillera...le monde tremblera (Fayard). Le succès du baron gaulliste avait inspiré les jeunes pousses de ce qui sera l'UDF. Ce qui n'empêchera pas Jipé, as du marketing chez Jacques Vabre et directeur général chez Bernard Krief de venir dispenser ses précieux conseils au candidat de droite anti-Mauroy - Bruno Chauvierre - pendant la campagne municipale à Lille de 1983 avec cet autre opuscule au titre inoubliable : "Les socialistes perdent le Nord" (préfacé par l'académicien et sénateur du Nord Maurice Schumann, s'il vous plaît). A bon chat, bon rat, comme on dit dans les campagnes chinoises.

* J'ai failli intituler ce modeste billet : Le Poids de la Chine. Je laisse cela à d'autres blogueurs, porté sur la chose de la contrepèterie.

BELGIQUE : DEUX CRISES AU LIEU D'UNE

Par Marc Prévost :: 21/12/2010 à 20:12 :: Le monde selon moi

Le Portugal dégradé ou en passe de l'être une nouvelle fois. Moody's, une agence de notation (oui, je sais...on ne peut pas s'y fier complètement), envisage d'abaisser la note du pays de la révolution des oeillets (ou de C. Ronaldo, au choix). Grèce, Irlande, bientôt le Portugal ? ...Les experts (je sais, je sais...) nous disent que les prochains pays concernés par le sinistre jeu de domino qui bouleverse les équilibres économiques et financiers pourraient être l'Espagne, l'Italie,...et la Belgique. Pour nos voisins et amis, qui n'ont toujours pas résolu leur crise politico-linguistique (certains osent le terme éthnique !), et qui n'ont toujours pas de gouvernement, nul doute qu'une crise financière de grande ampleur signerait le début de l'éclatement de leur royaume.

RE-IN-DUS-TRI-A-LI-SA-TION !

Par Marc Prévost :: 17/12/2010 à 13:17 :: Le monde selon moi

Le cheval de la réindustrialisation a bon dos. Pré-candidate aux primaires de son parti, Martine Aubry sait qu'elle ne peut faire l'économie du thème de l'emploi. Et quand celui-ci se double du thème de la réindustrialisation, l'attelage se transforme en aubaine pour une impétrante de gauche. Une journée entière consacré cette semaine à la nécessaire industrie fer-de-lance de la France : Meccano à Calais, Oxylane à Lille*,...Plusieurs remarques.

- Qui dit réindustrialisation dit relocalisation, à tout le moins arrêt des délocalisations. Problème, la mondialisation malheureuse qui n'offre aucune prise aux gouvernements des "petits" pays dont nous sommes (n'en déplaise à Alain Minc, vieil ami de Titine de Fer, et accoucheur du concept de mondialisation heureuse qu'il théorisera dans un livre du même titre). A l'intérieur du périmètre européen, le défi est tout aussi insurmontable. Personne n'a enjoint l'Irlande de réhausser pour les mettre à niveau ses taux d'imposition sur les sociétés. Dumping fiscal et social règnent toujours en maîtres, de Dublin à Bratislava et de Tallin à Malte. La première secrétaire songe-t-elle à renationaliser à la sauce 81 les grands groupes pour les mettre au pas de la réindustrialisation ? Sûrement pas. Mais peut-on y voir un nouveau visage du protectionnisme, qui n'est plus un gros mot pour des pans entiers de l'opinion ? Le "produisons français" du PC de Georges Marchais exhumé pour la bonne cause, et nettoyé de son prurit xénophobe**, il fallait le faire. Reste à concocter des modalités plausibles à ce protectionnisme qui ne voudra jamais dire son nom.

- Nous sommes bien dans un contexte d'image pour la peut-être candidate aux primaires socialistes. Flash-back. Dans les années quatre-vingt dix, Martine Aubry, coqueluchette du patronat, surfait sur la vague de l'économie-mère de tous nos bonheurs futurs. L'ancienne ministre du travail du second septennat de François Mitterrand, auréolée d'un passage à la direction générale de Péchiney, créait des fondations contre l'exclusion et autres bidules brillants pour montrer que les socialistes n'étaient pas fâchés avec l'entreprise***. Qu'ils maitrisaient le sujet et les embardées du capitalisme pas encore financier ou étiqueté tel. Rien de tout cela aujourd'hui, naturellement.

Désormais, on passe sous le tapis les oeillades de la fille de Jacques Delors - son père lui a inculqué les lois d'airain de l'économie - avec le gratin du CAC 40 et quelques magiciens de la finance qui faisaient s'extasier la presse économique, et jusqu'au moindre syndicat patronal dont les adhérents rêvaient d'une introduction - non "valorisation !" - sur le second marché de ces temps bénis. C'est Bérégovoy à Bercy qui a engagé la modernisation du système financier français. Après tout, pour aider au décollage de son Euralille qui ne trouvait pas le vent de la prospérité, Pierre Mauroy avait bien failli faire convoler sa ville de Lille avec ce filou de Robert Maxwell, lui !

- Comment faire pour aguicher les électeurs qui ont cru au grand soir de l'union de la gauche et glissaient encore un bulletin communiste dans l'urne il n'y pas si longtemps. Pierre Mauroy, encore lui, l'avait remarqué en 2002, annus horribilis pour la gauche des beaux quartiers : "ouvrier n'est pas un gros mot". Ségolène Royal, soeur ennemie de Martine Aubry, laboure les mêmes terres et s'invite mi-janvier à Bully-les-Mines pour des voeux très ouvriers. C'est la cible mélenchonienne qui est dans la ligne de mire, mais aussi ces jeunes ouvriers tentés par une Marine Le Pen. Rue-de-Solférino, le bon mot est ré-industrialisation. Eux entendent emploi, sécurité, made in France. Aujourd'hui, on dit éléments de langage.

* Assez astucieux ces visites, dans le genre subliminal : deux semaines avant les Fêtes, la première secrétaire, qui a pris soin d'équilibrer son itinéraire entre les deux départements, rend hommage à des entreprises connues de...jouets et cadeaux, thème universel s'il en est. Mère Noël !

** Pour les élections locales de la fin des années 70 et début des années 80, le PC exploitait sans nuances le thème du produisons français, terriblement équivoque en ces temps où la question de l'immigration surgissait brutalement dans le débat avant de s'y installer.

*** Qui sait que la première secrétaire du parti socialiste a eu comme témoin de son premier mariage - années 70 - une grande figure du patronat à la française (CNPF) : François Ceyrac ?

BORLOO DE VALOIS

Par Marc Prévost :: 16/12/2010 à 19:53 :: Le monde selon moi

Rama Yade, hier. Fadela Amara bientôt ? Autour de Jean-Louis Borloo, les vocations radicales fleurissent comme colchiques de printemps dans les près (sans oublier Yves Jégo, lui aussi viré revanchard d'un précédent gouvernement Fillon). C'est que le parti radical a de nombreux atouts.

Formation du centre de la vie politique française, il a toujours su tirer son épingle du jeu politique même quand les grands séismes électoraux qui aboutissaient à rebattre les cartes bousculait la donne. 2002 : formation de l'UMP. Les valoisiens négocient adroitement leur adossement au parti majoritaire. Une vista manoeuvrière qui lui vaut de compter sur plus de vingt députés à l'assemblée et 6 sénateurs. Rien d'un groupuscule de circonstance, plus qu'un club, au moins une force d'appoint, sinon une force réelle. Rançon d'une telle position : une allégeance impeccable au parti dominant qui lui évite la noyade financière.

- Une carte de visite radicale vous pose un élu. Evoluer sous la bannière du plus ancien parti de France dont certains dépositaires restent des noms respectés dans le siècle n'est pas maladroit. Bigre : Gambetta, Combes, Clemenceau, Caillaux, Herriot, Jean Moulin, Mendès-France,...c'est presque le Panthéon ! le radicalisme se hissera même au rang de philosophie politique, dûment éclairée par Alain ou Léon Bourgeois. L'autre courant du centre, la démocratie chrétienne, n'a pas encore la même colonne vertébrale si elle arbore de beaux esprits (Ozanam, Sangnier, Mounier). Le MRP s'est évanoui avec la IV ème République et le MoDem reste un ectoplasme partisan au service d'un seul nom.

- Borloo aurait-il trouvé le havre dont il souhaiterait, dit-on, faire un tremplin que certains croient élyséen ? Lui qui a souvent butiné, tantôt de loin, parfois de près, quelques belles plantes de notre paysage politique : Génération Ecologie, parti socialiste, parti social-démocrate, centre démocrates et sociaux, Force démocrate, UDF, UMP enfin les valoisiens. André Rossinot lui fait la courte échelle. En endossant l'image du recours - toujours très payante politiquement en France -, l'ancien ministre de l'écologie doit d'abord confectionner des habits neufs à ce parti écartelé sur l'autel de la V ème République.

En 1971, incapable de trouver sa place dans le jeu impitoyable d'un clivage gauche-droite cinglant comme une sentence sans appel, la famille radicale se divise à tous les vents. Jean-Louis Borloo n'est pas Jean-Jacques Servan-Schreiber, son prédécesseur à la tête des valoisiens, immédiatement honni par la meute gaulliste de l'époque et publiquement dégradé comme un vulgaire félon de mauvais roman. Ni Robert Fabre qui mettra plusieurs années à comprendre que ses électeurs ne voteraient jamais pour des noms signataires de l'union de la gauche avec les communistes. Borloo, qui a appris les rudiments de la politique avec cet autre madré qu'était Edgar Faure, sait tout cela. Certes, son dîner républicain de lundi soir n'est pas un programme de Belleville, ni ses prises de parole un élan à la Clemenceau. Depuis dix ans, il a su se faire respecter à défaut de se faire accepter par les partis dominants : après tout, c'est un Chirac président qui lui offre son premier portefeuille. Et surtout, il a un pedigree. Nordiste de surcroît*.

- Quand son ami Bernard Tapie - les deux compères ne se sont jamais éloignés - affirme qu'il mettra tout en oeuvre pour aider à recoller les deux versants du camp radical, lui trainant depuis longtemps sur celui de gauche, son pote Jean Louis sur celui de droite, on se prend à croire le vieux bonimenteur désormais renfloué. Juchés sur leur roc laïc, les radicaux des deux rives espèrent une résurrection et se prennent à rêver d'une nouvelle Pâque.

* Tout le monde semble avoir oublié les maisons à 100 000 euros du ministre de la cohésion sociale d'alors (fin 2005). Maisons dont on cherche encore le moindre début de construction (moins d'un millier d'unités).

MARTINGALE VOLE !

Par Marc Prévost :: 16/12/2010 à 18:20 :: Le monde selon moi

C'est la nouvelle hypothèse qui court, que dis-je, qui vole sur le net. Du côté de certaines chapelles centristes, on ne balaie pas une éventualité qui rebattrait quelques cartes stratégiques en ces temps de pré-campagne. Borloo premier ministre de DSK président. Il paraît même qu'ils se sont rencontrés, il y a peu...alors évidemment, les commentaires s'enflamment, et la rumeur bruit comme un essaim d'abeilles postales pour apporter la bonne nouvelle. Encore faut-il que DSK soit président ! Et pour çà, il faut qu'il se présente, et pour se présenter, il lui faut gagner les primaires à gauche. Mais en théorie, l'idée est plausible.

Outre qu'elle ne fonctionne à plein que si le candidat de la droite est Sarkozy, car si Fillon réussit à placer sa candidature (peu probable) le ticket DSK-Borloo aura moins de prise sur l'électorat de droite lassé de Sarkozy et tenté par une alternance quelle qu'elle soit. Un tel tandem aurait l'avantage de fixer un maximum de voix centristes (moi, je me base toujours sur les 16 % de Bayrou au premier tour de 2007) voire des voix habituellement de droite mais déçues par le bling bling et la fiscalité (par exemple). Ce dès le premier tour, et de lancer un élan pour le mano a mano du second tour. Restons sur l'option DSK vainqueur de Sarkozy, alors, comme nous le proposent sondeurs et experts. En arithmétique électorale cela s'appelle une équation centre gauche + centre droit.

Le seul vrai problème - et il est de taille - c'est de convaincre le PS d'une telle entente - pas sûr que les éléphants, Aubry, Fabius, et surtout Hamon - en acceptent l'augure. Qui ne pourrait trouver un commencement de réalité qu'au prix d'une scission du PS, disons vers la fin de 2011. La gauche du PS reléguée autour de 15 % tous candidats confondus (Mélenchon, extrême-gauche, EE-Les Verts) verrait ses électeurs libérés pour le second tour.

Autre avantage : ainsi pris dans l'étau, Sarkozy pourrait même disparaître si Marine Le Pen fait flèche de tout bois. Plus de problème pour le second tour. Autre inconnue : l'itinéraire de François Bayrou qui ne voudra pas rester inerte avant le premier tour*...

En ce qui concerne Borloo, on rappellera gentiment que, maire de Valenciennes et en rupture de ban UDF modèle Bayrou, il avait entrepris Jospin quelques semaines avant le premier tour de 2002 pour lui offrir ses services en cas de victoire !

* On aura une idée du gouvernement DSK-Borloo en tout cas...Bayrou au Quai d'Orsay, Aubry à Bercy, Hollande à la justice, Fabius à la culture, Cécile Duflot à l'écologie (oui, je sais, elle a dit que ce n'était pas automatique un écolo à l'écologie, comme les antibiotiques... à la santé, alors), Corinne Lepage aux Transports, Marielle de Sarnez à l'économie numérique, ...allez...paroles...paroles.

NI TOUT BLANC, NI TOUT NOIR

Par Marc Prévost :: 13/12/2010 à 20:00 :: Le monde selon moi

Tacle de Titine de Fer à l'encontre de Marine Le Pen et ses propos sur la prétendue occupation du territoire par les musulmans en prière. « Je ne suis pas sûre qu'elle ait compris qu'elle s'adressait aux petits-enfants de ceux qui ont libéré Marseille, en particulier ceux des Algériens qui sont morts pour donner leur vie à notre pays", a ajouté la maire de Lille. "Je suis très choquée, quand on sait qu'elle appartient à un parti qui n'a pas eu, pendant cette période dont elle parle, l'attitude républicaine et de défense de la France." "Donner des leçons aux petits-enfants de ceux qui ont libéré Marseille par ceux qui appartiennent à un parti qui a collaboré, c'est scandaleux. C'est une fois encore la volonté de diviser"». Bien, Madame Aubry.

Sauf que le Front national n'existait pas sous l'Occupation (le porte-parole du PS, B.Hamon parle de famille politique). Il est né en 1972, surtout dans le sillage des nostalgiques de l'Algérie Française et sur le terreau de l'anti-gaullisme - électorat Tixier-Vignancour de 1965- et de l'anti-communisme, deux partis/mouvements qui sont l'alpha et l'omega de la première partie de la V ème République. Et je sais bien que bon nombre de "collaborateurs" de 40/44, ou de post-vichystes ont alimenté ses cohortes, jusqu'à une époque récente. De plus, et c'est un grand paradoxe de notre XX ème siècle, et l'histoire commande de rappeler ce qui ne fera pas plaisir à notre égocentrisme chauvin et national, qu'un nombre non négligeable de militants et sympathisants d'extrême-droite de l'entre-deux guerres entreront très tôt dans la Résistance* et y joueront un rôle. Il y aura même des antisémites modèle anti-dreyfusard pour se joindre à la lutte contre l'occupant nazi ! Décidément, rien n'est tout blanc ou tout noir. Ni tout rose.

* On se référera aux travaux de l'historien israélien Simon Epstein, qui veut démontrer qu'un des marqueurs les plus opérants sur les engagements individuels de cette période est le pacifisme - et nombre de socialistes l'étaient - dans une époque frappée par la tragédie (Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance - Albin Michel).

INEXCUSABLE

Par Marc Prévost :: 12/12/2010 à 12:39 :: Le monde selon moi

On aura tout vu. Mais la culture de l'excuse pour les policiers alors, là...Brice Hortefeux, premier flic de France, en stigmatisant et en qualifiant de disproportionné le jugement du tribunal de Bobigny qui prononce des peines de prison ferme pour des policiers qui ont maquillé un P.V pour faire accuser un innocent passible de ce fait de la pérpète, c'est un sommet de l'absurde. Ben oui, et c'est grave de faire çà (rappelons que le Parquet a fait appel). Un innocent en prison, c'est le retour à la société zéro, a fortiori si la police est à l'origine d'une telle injustice. Et l'on parle de retisser le lien entre les citoyens et leur police. De donner l'exemple. Que risquerait un citoyen ordinaire qui commettrait le même genre de méfait ? Qui pour l'excuser ?

J'ajoute que je sais la situation "spéciale" du tribunal de Bobigny qui prononce à la pelle des remises en liberté pour des faits de délinquance parfois graves et abuse de cette fameuse culture de l'excuse qui, peu à peu, vide de son contenu le principe de l'exemplarité des peines. Et là aussi il y a à dire...Tout comme je sais la configuration originale d'une corporation très syndicalisée - véritable résurgence d'ancien régime d'ailleurs* - avec laquelle tout ministre doit nécessairement composer, surtout avant une campagne électorale.

Mais le ministre de l'intérieur a peut-être mis le doigt dans un engrenage douloureux. On ne le voyait pas comme un dangereux anarchiste ! On ne peut réclamer la sévérité pour le commun des mortels et ne pas en accepter pour sa corporation les mêmes conséquences, a fortiori pour des dépositaires de l'autorité publique. L'écrasante majorité des policiers remplit bien ses missions, souvent délicates, et c'est une fierté pour notre pays. Raison de plus pour leur rendre hommage et ne pas risquer de flétrir leur honneur en tentant de défendre l'indéfendable. Outre le non-respect du principe de séparation des pouvoirs contenu dans l'article 64 de la Constitution ("le PR est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire" - Le souvenir de Montesquieu dans son tombeau tourne plus vite que ma lessiveuse, ces temps-ci) et la montée d'un cran du combat délétère et décidément sans merci entre police et justice, il s'agit bien d'une question de fiabilité. Donc de confiance. La justice est déjà bien malade, à quand un Outreau de la police ?

* Tout comme les...magistrats. Ce sont presque deux catégories socio-professionnelles privilégiées - au sens historique - qui s'affrontent.

AUBRY : LE GRAND SAUT DANS L'INCONNU

Par Marc Prévost :: 30/11/2010 à 16:55 :: Le monde selon moi

Martine Aubry a un problème. La première secrétaire du PS doit désormais frapper un grand coup si elle veut rester dans la course. Et sa déclaration de candidature éventuelle pour la compétition à la désignation comporte un préalable qui ressemble à un piège. La maire de Lille doit désormais songer à abandonner la tête du PS. Faute de quoi, elle restera cantonnée au coeur d'une formation toujours mal en point et qui patine encore à retrouver sa place dans le débat des idées et des projets.

- Pour retrouver un peu d'oxygène. En prenant de la hauteur, elle se hisse au même niveau que ses deux compétiteurs, l'une déclarée, Ségolène Royal, l'autre supposé, Dominique Strauss-Kahn. Sans parler des challengers (Valls, Montebourg, qui sont tous deux des produits du PS dont ils n'ignorent rien des réflexes et des vicissitudes...), et surtout François Hollande.

- Et s'échapper de l'emprise des jeux partisans. Le PS n'est plus un tremplin, il est un frein. Longtemps, le premier secrétaire du parti socialiste pouvait légitimement prétendre à l'investiture naturelle de son camp. On songe à François Mitterrand*. Depuis une quinzaine d'années, les patrons du PS ne sont pas les candidats à la présidentielle, ni même les numéros un de leur camp. Jospin s'était imposé en 1995 contre Henri Emmanuelli. Sept ans plus tard, le même, premier ministre depuis cinq ans, et candidat contre Chirac président sortant, avait François Hollande aux manettes de la Rue-de-Solférino. En 2007, Royal fut investie contre l'avis des caciques socialistes et du premier d'entre eux, ce même François Hollande. En délicatesse avec ses militants et surtout sa démocratie interne, travaillé par les égoïsmes, écartelé par les luttes de clans, le PS ne désigne plus. Il écarte, il étouffe, il enterre. Le parti n'est plus capable de choisir un candidat crédible et les primaires accentuent cette incapacité. Il est flagrant d'observer que trois des favoris (DSK, Hollande, Royal) n'appartiennent pas - ou peu - à l'appareil partisan. En tout cas, font mine de s'en tenir à distance.

- Mais la maire de Lille, si elle décide de quitter le navire socialiste pour se présenter aux suffrages des primaires, prend un risque énorme. Elle, dont la légitimité est si fragile - le congrès de Reims et ses voix fantômes ! -, et surtout, qui ne repose que sur cette dimension partisane, pourrait disparaître dans les oubliettes une fois le grand saut accompli. Pour le parti socialiste, c'est une plongée dans l'obscurité. Qui pour la remplacer, avec tous les risques que cela comporte...? Quel impact sur les primaires dont on ne sait ni rien, ni quand, ni comment ? Pour Martine Aubry, c'est un saut dans l'inconnu.

* Qui avait eu la sagesse stratégique - ou la rouerie - de se faire octroyer le parti par les grands féodaux de l'époque (Epinay - 1971).

PRIMAIRES : ON PREND SON TICKET

Par Marc Prévost :: 30/11/2010 à 11:37 :: Le monde selon moi

Martine Aubry doit être vexée. Dans son annonce de candidature, Ségolène Royal désigne Dominique Strauss-Kahn comme son meilleur Premier ministre. Et la maire de Lille, alors ? Outre l'argument du "ticket", décidément de plus en plus utilisé*, la présidente de région Poitou-Charentes a oublié la première secrétaire. Tout simplement reléguée au rang de majordome du parti, la Titine de Fer ! Il faut naturellement y voir la volonté d'écarter la première secrétaire du jeu de la désignation et de lui indiquer le chemin de la porte, à tout le moins de sérieusement lui savonner la planche des primaires si elle se décidait à plonger dans la fournaise. Fini, ce pacte qui a tant fait jaser. DSK le candidat hors sol, Royal la candidate hors parti. Pour ces deux-là, l'ennemi commun c'est le parti socialiste, incarné par Martine Aubry. Royal n'a pas oublié son chemin des Dames pendant la campagne de 2007. DSK n'a jamais prisé les arcanes de la Rue-de-Solférino et la gauche du PS le snobe depuis longtemps. Mais les termes du "ticket" sont-ils figés ? D'ici janvier 2012, peut-on s'attendre à voir émerger de nouveaux noms dans le dispositif, voire une simple inversion du ticket, du genre DSK, président et Royal, PM, ou autre ? On attend la réaction de Martine Aubry**.

Ces primaires socialistes ressemblent de plus en plus à une course poursuite : celui qui démarre - et prend son ticket - prend un avantage sur ses adversaires toujours susceptibles de le rattraper et de faire la peau à l'audacieux. Bref, on en sait pas plus.

* Certes, le PM est nommé et non pas élu, comme l'est le ticket américain entre le PR et le vice-président. Mais peut-on y voir l'affirmation d'une sorte de vice-président "à la française", à tout le moins pendant la campagne électorale, avant que les institutions, et surtout leur pratique, ne reprennent leurs droits ? Pas de quoi clarifier les rapports entre le PR et le PM.

**"Martine pense que le candidat" à la présidentielle "doit se déclarer le plus tard possible pour subir le moins d'attaques possible de la droite. Moi, je pense que l'on ne rentre pas dans une bataille à reculons", a expliqué Ségolène Royal. Comme si la désormais candidate aux primaires dirigeait le PS...