Finalement, rien n'aurait changé au sein de la galaxie Mulliez. J'ai commencé à bosser à une époque où l'on présentait le groupe (pardon, l'association familiale...) comme un Fort Knox super blindé et rigoureusement étanche à toute tentative d'information ou d'explication. Les journalistes étaient -poliment mais fermement- reconduits à la frontière d'un pays qu'ils n'auraient jamais dû essayer de pénétrer, quasiment qualifiés d'intrus ou de clandestins. Je dois avoir reçu moi-même trois ou quatre lettres recommandées de l'état-major parce que j'avais osé m'immiscer dans le fort complexe echeveau des intérêts patrimoniaux de la famille, révéler les contentieux sur la participation maison, ou dévoiler un projet d'implantation d'hyper. Et l'on ne compte plus les pressions amicales exercées sur la presse locale dès que l'on touche au "groupe" ("Non, non, l'association, on te dit..."), ainsi quand on a voulu expliquer dans quelles conditions techniques une implantation s'était effectuée. Tout juste avait-on le droit d'écrire que Auchan c'était les meilleurs, Gérard le plus beau et les salariés partageaient le savoir, le pouvoir et je ne sais plus quoi...la mémoire, non ? Du coup on écrivait rien et pas grand-chose ne filtrait sur le groupe ( non, non, comment dit-on déjà ? ). Ils contrôlaient la situation et c'est ce qu'ils voulaient.
Le retrait de la vente du livre de Bertrand Gobin* est plus qu'une anecdote : on comprend que le naturel est revenu au galop car même si le livre (plus de 20 000 exemplaires) s'est vendu pendant deux ans, c'est un signal lancé à tout ceux qui voudraient éclairer la pénombre du système et de l'empire, mutatis mutandis, cela rappelle le bras de fer Clearstream/Denis Robert. Les tribulations de mon confrère montrent qu'il est décidément difficile de se convertir soi-même. Il y a une douzaine d'années, on a pu espérer qu"ils" avaient reçu la grâce de la transparence en reprenant Docks de France (Attac, Mammouth,...), une entreprise cotée, ce qui exigeait de livrer au public (horresco referens ! ) quelques chiffres somme toute anodins. Certains avaient peur d'un contrôle ISF mais l'accueillante Belgique et son absence d'impôt sur la fortune les attendait les bras ouverts depuis longtemps déjà. Le service com' et les boites d'attaché(e)s de presse prolifèrent autour des enseignes, mais c'est pour la Bonne Parole, pas question de sortir des clous. Bernique ! Le rideau de fer retombe brutalement quand le besoin s'en fait sentir. Reste la formidable et indiscutable épopée d'un groupe ("tu le fais exprès ?") créateur de richesses et d'emplois.
* Le Secret des Mulliez, édité à compte d'auteur tant les pressions furent menaçantes vis à vis du monde de l'édition. Il s'agit au départ d'un contentieux privé entre l'auteur et son associé sur un livre qui dérangeait le système Mulliez par ailleurs. Qui a profité de l'aubaine d'un procès pour harceler l'auteur contraint par la même décision de fermer son site.
Ce que disent de vous vos adversaires est toujours très éloquent. L'avis de Patrick Devedjian, patron de l'UMP, sur l'éventuel succès de Martine Aubry au PS vaut son pesant de conjectures. On peut raisonner ainsi : s'il avoue la redouter autant pour stimuler sa candidature dans le camp socialiste, c'est qu' à l'UMP on en a pas vraiment peur et que la maire de Lille est la meilleure adversaire d'un Sarko - ou un autre- qui rempilerait dans quatre ans. A l'UMP on mise sur l'image encore fânée de la dame des 35 heures pour lui faire la peau lentement et sûrement d'ici 2012, elle candidate déclarée pour l'Elysée ou premier secrétaire du parti socialiste. On souhaite donc sa victoire rémoise en novembre prochain.
A moins que Devedjian ne fasse cavalier seul et ne coupe l'herbe sous le pied d'un Sarko qui l'a disgrâcié cette année (voir le fiston Sarkozy imposé dans son département des Hauts-de-Seine). Sincère sur les chances d'une Aubry figure de proue de la gauche, il en profite pour jeter une pierre dans le jardin présidentiel et en même temps alerter son camp. Louange calculée ou hommage imprudent ?
A droite, on distingue généralement deux lignées au sens littéraire des situations. Celle du vicomte -Chateaubriand, ce grand paon national comme disait Julien Gracq- qui inspire la démocratie chrétienne et la plupart des libéraux, sinon des pans entiers du légitimisme, empreinte de romantisme ("Levez-vous vite, Orages désirés !") et de foi spirituelle mise au service du monde dans une sorte de synthèse entre l'ancien et le nouveau, l'aristocratie et la démocratie, car "L'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes ». Dieu et la République. Nos morts et le monde qui vient. La Révolution, pourquoi pas ? Une monarchie constitutionnelle, oui, mais la Terreur, non !
Et celle du consul -Stendahl, dont les personnages sont comme des "bêtes de proie qui vont à la chasse avec les armes de la civilisation" remarquait Paul Bourget- qui influence les bonapartistes, du Consulat et du Second Empire aux gaullistes, faite de religion de l'action et de culte de la réussite, de machiavélisme tempéré de morale pas forcément laïque, d'élans et postures de droite contrariées par des convictions de gauche, d'un hédonisme assumé jusque dans la conquête et l'exercice du pouvoir, même si les beylistes insistent justement chez lui sur la recherche éperdue du bonheur par l'art et l'amour, mais nous parlons des personnages pas de l'auteur. René pour les uns, Fabrice Del Dongo pour les autres. Le premier, face aux mystères des passions et aux hasards insaisissables qui détournent et pétrissent les âmes, se fait une raison et embarque pour l'Amérique. On croit reconnaître un François Bayrou. Le second, comme de Gaulle, comme Clémenceau, se retire du monde après avoir tenté de le changer sans essayer de rassembler les morceaux épars de son idéal fracassé. A droite, ce sont des tempéraments qui prennent le pas sur les idées et qui font les destins.
Et à gauche ?
Il existerait deux lignées. Celle du prophète, tout d'abord. De ces grands guides qui ont montré le chemin de l'esprit sans emprunter le sentier qui mène au Capitole. Qui ont exercé un pouvoir spirituel sans franchir le gué du pouvoir temporel. Qui ont étreint le coeur des foules sans se saisir du sceptre pour les gouverner. Qui, enfin, ont écrit leur grimoire sans éprouver ensuite leurs idées au grand laminoir des réalités. Jules Guesde appartient à cette lignée. Jaurès aussi. Et leur antagonisme partisan contemporain, crucial pour la gauche, n'altère pas la démonstration. Pas plus que leurs mandats de représentants somme toute secondaires à l'aune du temps et à l'épreuve des faits. Que retient-on de Guesde ? L'acclimatation théorique du marxisme en France. De Jaurès ? L'horizon d'une autre voie pour un socialisme perçu comme désormais possible. Aucun des deux n'entra dans l'Histoire de son pays le front ceint de leurs idées restées programmes et cantonnées dans l'imaginaire du politique. Ils appartiennent certes au Panthéon de leur camp. Idem pour les communistes, longtemps favoris, jamais gagnants, arc-boutés comme leur frère ennemi socialiste sur le socle d'un parti fort comme le roc, et qui s'inscrivent dans une lignée prophètique, façonnés par un Sartre ou un Aragon par exemple, et dont les incantations émotionnelles voire mystiques ont entêté des générations de militants et d'élus. Dans une moindre mesure, un Jospin, un Fabius, une Aubry, engendrés par leur famille politique, qui ont conduit les affaires de l'Etat sous la tutelle de leur parti, vérifiant sans cesse leurs actes avec les Tables de la Loi, affichent cet ADN.
La lignée du berger est tout autre. Ses descendants ont su -ou pu- passer à la postérité avec les armes et les bagages de leur expérience du réel. Blum est le premier d'entre eux. A la différence de ses deux prédécesseurs, issu d'une bourgeoisie littéraire, il n'a jamais investi l'espace partisan pour ouvrir sa propre voie. Et il est devenu ce qu'il était. Le prêtre de ses ouailles, qui les entraîne et les guide, les éduque et les rassemble, en même temps que tuteur de la SFIO, bien obligée de s'adosser au premier rôle du Front Populaire. Mitterrand, lui aussi grandi en dehors des jeux d'appareil, n'est pas un produit partisan. Formaté par lui-même, macéré dans son milieu d'origine fleurant bon la province bourgeoise des producteurs de cognac des années vingt, vivant ses engagements successifs comme une enfilade d'aventures, il a conçu un appareil pour le servir dès que Eole, le dieu du hasard, lui en fournit l'opportunité. On peut rattacher les rameaux Rocard et Ségolène Royal à cette généalogie.
Avec Mendès, les choses se compliquent. Pas vraiment de gauche au sens de la famille, radical, pièce rapportée, comme une bouture de serre que l'on admire et jalouse en marge de la pépinière. Vraiment pas un doctrinaire, réaliste chaque jour et cultivant parfois à l'excès l'art du possible, voilà son idée forte. Camus ? Va pour l'auteur de La Peste. Ce pragmatisme de Mendès qui est sa marque de fabrique est aussi son évangile. Lisez les jeunes ambitieux socialistes actuels. La moitié se réclament du maître en morale politique, comme d'un anti-cynique, le meilleur antidote aux mauvaises pensées prélude aux mauvaises actions. A la fois prédicateur et pasteur. La chaire du mandarin et le bâton du pélerin. Il est à la confluence de deux fleuves, de ces deux influences qui dessinent les destinées à gauche.
A quelle lignée, le prophète ou le berger, se rattachera le prochain numéro un du parti socialiste ?
Le microcosme retient son souffle...Après les bonnes feuilles du livre de Martine Aubry joliment intitulé "Et si on se retrouvait...", aux Editions de l'Aube et largement diffusées dans la presse nationale et régionale, et celui d'Elise Ovart-Baratte, chez Calmann-Lévy, secrétaire de la section socialiste du Vieux-Lille, sur le phénomène ciné Bienvenue chez les Cht'is dans lequel l'auteure égratigne au passage la subvention accordée par le conseil régional à la promotion du film, on attend l'opus de Dorothée Da Silva ancienne adjointe de Martine Aubry, débarquée sans ménagement en avril dernier après un petit psychodrame qui signifie bien les moeurs politiques. Question : les médias locaux et nationaux y accorderont-ils autant d'importance* ?
* "Le Petit Théâtre..." n'en a pas eu autant...Mais je ne me plains pas.
Entre l'aristo énarque et le prof du technique, le courant n'est jamais passé. Question de style évidemment, mais leurs trajectoires respectives les a toujours séparés ou plutôt ne les a jamais rassemblés. Fabius ministre du Budget ne cessait de tacler Mauroy Premier Ministre, souvenons-nous du psychodrame de 83 : sortir ou pas du serpent monétaire européen. Fabius poulain de Mitterrand prenait un malin plaisir à contourner Matignon/Mauroy. On se souvient comment Fabius a imposé le sauvetage de l'imprimerie de la Chapelle Darblay, sise dans son fief normand, en ouvrant toute grande la pompe à finances publiques, ou comment il a lancé la force publique contre les grévistes, au grand dam de Pierre Mauroy qui en avait bien assez avec la colère des sidérurgistes et des mineurs. Lolo a succédé à Pierrot rue Varennes et ne s'est pas privé de critiquer l'action de son prédécesseur.
Puis Fabius a disputé le trône des socialistes contre Mauroy, en particulier lors du congrès de Rennes dont l'échec pèse toujours au PS. Un échec que Mauroy attribue à Fabius. Qui mordit la poussière à deux reprises avant de conquérir ce qui devait faciliter, pense-t-il, la succession de son père en politique. Un an plus tard après la débâcle des législatives de 1993, c'est Rocard, avec l'appui des mauroyistes qui s'empare du parti socialiste et en chasse Fabius. Mauroy a souvent fait cause commune avec Jospin que Fabius déteste, une haine inextinguible qui trouva un sommet au congrès de Rennes en 1990. Fabius et Mauroy. Ou l'impossible amitié de deux grands fauves faits pour se déchirer. Il n'est donc pas étonnant que Pierre Mauroy fustige le rapprochement entre les fabiusiens et celle qu'il a choisie pour lui succéder dans la métropole lilloise. Le "non" au référendum sur le TCE de 2005, pierre d'achoppement entre les ouistes et les nonistes et qui ronge le PS, n'explique pas tout.
Le petit Théâtre de Pierre Mauroy/Martine Aubry ne s'est pas vraiment arrêté pendant l'été, congrès du PS oblige. L'année theâtrale qui s'ouvre s'annonce donc sous les meilleures auspices. Revue de troupe.
Titine de Fer. Tout l'été, elle a poussé ses pions et préparé l'université d'été de la Rochelle en prévision du congrès de Reims. La lutte est sans pitié, elle s'achèvera en novembre, sans merci. Question : quel que soit le vainqueur de l'empoignade, dans quel état se retrouvera le PS ? Le parti de Jaurès attend son Obama, aura-t-il un Mac Cain de gauche ? On en reparlera.
Pierre Mauroy. Sa récente jérémiade sur l'improbable axe Fabius-Aubry montre qu'il a retrouvé toute sa verve après sa douloureuse mise en examen pour emploi fictif présumé juste au début de l'été. Il entend peser de tout son poids dans ce qui est son dernier combat. Et pouvoir dire qu'il a remis "son" parti sur les bons rails, ceux de la victoire en 2012.
Guy Delcourt. Le député-maire de Lens a pris la machine à remonter le temps. En dénonçant l'OPA de la fédé du Nord sur le Pas de Calais pour faire serrer les rangs derrière la candidature de Martine Aubry rue de Solférino, il retrouve les accents qui faisaient se dresser les chefs du Pas de Calais contre l'hégémonie des caciques nordistes sur toute la région. "Guérilla urbaine et rurale", les termes sont choisis pour choquer et raviver des plaies mal pansées. A l'époque, les blasphémateurs s'appelaient Pierre Mauroy et Michel Delebarre. Guy Delcourt, en bon jospiniste patenté, défend la candidature de Bertrand Delanoë. Et porte le fer dans la candidature Aubry tout en rejoignant le front critique animé par le nordiste Pierre Mauroy et sa collègue Marie-Noëlle Lienemann, proche de Benoît Hamon. Etonnante ruse de l'histoire !
Daniel Percheron, patron du conseil régional, homme du Pas de Calais, et Serge Janquin, celui de la fédé du Pas de Calais, font les frais de cet assaut. Stigmatisés comme traîtres à la cause du département puisque ralliés à Aubry-du-Nord, ils restent discrets. Perch' s'est pris un missile pendant l'été avec la publication d'un livre dénonçant son soutien financier à la promo du film de Dany Boon sur les Cht'is. Une charge signée par une militante socialiste lilloise ! A l'évidence, le conglomérat aubryste régional n'est pas encore bien soudé et réserve des surprises.
Marc Daubresse. Fidèle à ses habitudes, et en boudant la fête républicaine du 14 juillet, le député-maire de Lambersart est allé méditer au soleil méditerranéen (deux mois !) ses cuisants échecs de 2008 et y bronzer la mélancolie qui l'a envahi. "Il est atteint" confie un membre de son entourage. Quelles perspectives pour lui dans les années qui viennent ? Un long tunnel dans l'opposition à la communauté urbaine, des portefeuilles ministériels qui, dit-il, se sont envolés et il sait qu'il a passé son tour pour longtemps, un strapontin à l'UMP où il s'ennuie, une mairie où il a pu mesurer les limites de l'amitié et d'un management improbable. Il devrait accepter la belle sinécure à la tête de Voies Navigables de France.
Sébastien Huyghe. Il a multiplié les coups de canifs dans la gestion Aubry tant à la mairie de Lille qu'à la communauté urbaine. Pas sûr que Titine de Fer y trouve l'occasion de rouiller. Mais Séb' maintient le contact avec l'opinion et doit d'ores et déjà s'inquiéter pour sa circonscription qu'il a conservé d'une courte tête l'année dernière.
- "Tu n'as pas tout dit dans ton bouquin, écrit plutôt, hein, trouillard de Marco !".
Avec son grand sourire irradiant et torride qui fait paraître le réchauffement climatique pour une aimable plaisanterie, une autre amie m'apostrophe de cette phrase sans ambiguïté.
- Non, je n'ai pas tout dit de ce que j'ai vu, ni ce que pas mal de gens savent d'ailleurs, au sein d'un milieu, d'une coterie, d'un microcosme. Pas simple. Il y a une sorte de menace feutrée qui rôde, les pressions, les anathèmes, les mensonges pour égarer...Mais le pire c'est...
- C'est... dis, dis,...vite...
- Certains hommes politiques, ou patrons, mentent -plus souvent par omission en fait - sans s'en rendre compte. Cela est devenu machinal chez eux. Certains m'ont envoyé lettres et mails pour me faire -gentiment, et je loue leur courtoisie- comprendre que certains qualificatifs ou raisonnements relevaient de la pure interprétation personnelle. Certains sont très subtils. Ils vendraient du sable à un Bédouin en plein désert. Or certains faits ou jugements les concernant sont avérés par leurs propres déclarations ! D'autres le sont par plusieurs témoignages dignes de foi dont l'objectivité ne peut être mise en doute. Mais voilà, leur entourage leur bourre le mou et ils n'ont plus de bon sens. Le premier mandat, les premiers sourires enfarinés des collaborateurs et des courtisans, les portières qui claquent, l'ivresse de l'autorité, le rite du parapheur dont l'épaisseur jauge l'importance du grand homme...Le diable est à l'oeuvre ! Ce n'est pas de la mauvaise foi en fait, c'est bien de l'aveuglement sur soi-même. L'un m'a même reproché d'avoir écrit quelque chose alors que je ne l'avais pas écrit...Preuve qu'on a du mal l'informer. Je me demande si le suffrage universel direct n'a pas le même effet que le LSD ! Sans compter qu'une telle ivresse conduit à ne plus distinguer les bornes légales qu'il ne faut pas franchir. Du coup, il n'est pas simple de bosser sur des personnages qui ont une telle idée d'eux-mêmes.
- Mais tu t'es sacrément retenu non ?
- Et comment ! En plus, je n'aime pas blesser les gens pour le plaisir. Comme une forme d'autocensure. Mais leur ego c'est autre chose. Encore une fois, le suffrage des concitoyens - et ce qui suit, les photographes, les interviews, les colifichets qui vont avec l'exercice du pouvoir- c'est plus fort que le crack. Je comprends que certains amours-propres aient été égratignés. Comme une descente de speed.
- Donne-moi des exemples de ce que tu n'as pas dit.
- Hmmm...je ne citerai pas de nom. Mais il y a une quinzaine d'années, peut-être plus, la vice-présidente d'une importante collectivité territoriale du Nord-Pas de Calais avait demandé - oralement et discrètement- la rénovation à grands frais d'un logement de fonction miraculeusement attribué à elle qui travaillait à l'Education nationale. Logement qui se situait à deux pas du bureau d'un autre grand élu de la région. Une garconnière, en fait, comment dit-on pour une femme ? enfin comme tu veux ! Quand on lui a demandé d'exprimer sa demande par écrit, pschitttt ! plus personne. Refroidie, la libido de madame.
- On est dans le domaine de la vie privée, non ?
- Mais l'argent du contribuable est concerné. Maintenant on peut dire que monsieur et madame ont le droit d'être récompensés pour avoir entretenu le patrimoine !
Conversation avec une amie avant son départ en vacances.
- Toi qui a l'expérience, je trouve que les hommes (et femmes!) politiques sont de plus en plus agressifs vis à vis des medias...Sarko en premier, mais aussi les régionaux de chez nous.
- Ils le sont vis à vis de ceux qui ne sont pas assez soumis à leurs souhaits, leurs désideratas. Qui s'écartent trop de leur com', bref ceux qui ajoutent un peu trop de commentaires aux faits, les faits qu'ils ont eux-mêmes choisis de mettre en avant mais en orientant les commentaires éventuels ou en les décourageant.
- Commentaires.. ?
- Ben oui, quand un journaliste apporte un éclairage particulier à certains faits, quand il en rajoute à ceux qui justifient l'info de base, ou quand il "colore" l'info d'un style pas forcément cireur de pompes. La PQR n'a pas l'habitude, c'est plutôt une démarche d'hebdo. Moi, je ne peux pas m'empêcher de commenter, sans forcément imposer mon opinion personnelle, sinon j'utilise le "je" et c'est un billet d'humeur alors. Le risque, c'est de formater l'opinion du lecteur avec ce commentaire. Mais je ne le prends pas pour un imbécile, il est assez grand pour se faire son opinion. Un patron ou un élu a toujours tendance à considérer son lecteur ou son électeur comme un majeur incapable à qui l'on donne du prédigeré à digérer. Vive le commentaire !
- Exemples ?
- Ben, les mises en examen cette année de Pierre Mauroy et Bernard Masset (son ancien directeur de cabinet) dans l'affaire d'emploi fictif présumé de Lyne Cohen-Solal. Tout le monde est présumé innocent, OK. Mais rien n'empêchait d'opérer quelques retours en arrière et de mettre certains faits en perspective, je pense au système socialiste organisé et à ses nombreux dérapages, bref de commenter. La PQR a été assez fadasse là-dessus - est-ce parce que l'un d'entre eux est un ancien responsable de Nord-Matin, solidarité de corps, amitiés persos ? - et sur un site régional on a même vu certaines infos disparaître en quelques jours...On peut reprocher un manque d'exercice du droit de suite pour certaines infos. Paresse? Trouille ? Affinités ? Les trois en même temps, souvent. Et l'affaire Mauroy/Masset/LC-S n'est pas la seule.
Tu te souviens quand Daubresse s'est fait allumer par Le Canard (en 2006) pour sa baraque à frites de luxe à Lambersart ? Tu sais bien qu'il y a eu une certaine, comment dire ?, retenue de VDN et NE qui n'ont pas, mais vraiment pas exercé de droit de suite. A VDN, il y a eu un débat là-dessus : "affaire Gaymard" ou pas? Maintenant, il se ferait incendier, je pense, ses relations se sont dégradées avec les medias, mais ce n'est plus d'actualité.
- Comment se fait-ce ?
- Les journalistes ont souvent la trouille. De la diff', des injures publiques, que sais-je et j'en sais quelque chose...La vieille fascination-répulsion pour le pouvoir et son aura particulière fait le reste, un élu -on ne peut mieux dire, cet emprunt biblique- c'est un père, un grand frère (ou une grande soeur...). Et puis dans l'histoire LC-S, c'est la personne d'Eric Darques qui fait barrage si l'on peut dire, c'est lui qui a dénoncé les faits. C'est lui intuitu personae qui sert de repoussoir, d'épouvantail presque parfait. Entre droite et droite extrême, haut en couleurs, personnalité de western, lui-même non exempt de reproches. Quand je dis affinités trop particulières, c'est valable dans l'autre sens, inimitiés trop macérées. D'ailleurs en face, ils ont bien compris comment se servir de cet atout et le transformer en plus méchant que nature. Pour désamorcer une éventuelle curée et se poser en victimes. Bel exemple de détournement.
- Mais pour l'affaire de l'ORCEP et un certain système socialiste, ils ont bien fait leur boulot, non ?
- Oui. On en a même parlé au JT de 20 heures. La PQR a fait son boulot. Il y avait une certaine compétition entre VDN et NE qui avait "sorti" l'info, VDN avait mis plusieurs enquêteurs et en a fait un feuilleton judiciaire, d'ailleurs les socialistes français avaient une image déplorable à l'époque. De plus, à VDN, certains n'aimaient pas Delebarre (y compris pour des raisons politiques) et on a même espéré qu'il plonge avec Josèphe et les autres. Du côté des écolos (à droite aussi...), on a pas été avare d'infos sinon de "fuites". Pour stigmatiser les clans socialistes du Nord et du Pas de Calais car politiquement l'écolo Blandin venait de leur faire la nique (et avec leur assentiment) à la présidence du conseil régional. Ils lui menaient la vie très dure au jour le jour, elle a failli jeter l'éponge un an ou deux après son élection, on se rendait coup pour coup. Tout ce chaudron d'intérêts de boutiquiers, d'alliances contre-nature entre des gens de bords différents, et de détestations de personnes a fait qu'un véritable feuilleton a suivi et que les clans politiques n'ont plus maitrisé grand-chose. J'imagine que c'était un beau sujet -des dizaines de personnes impliquées ! - et que cela faisait vendre...Avec Mauroy, c'est différent.
- Trop intouchable, le vieux Mauroy ?
- C'est un peu ça. Je connais des journalistes qui ont des relations quasi oedipiennes avec lui, ou plutôt qui ont peur de les avoir ! Je suis sûr que tout a été mis en oeuvre pour éviter un nouveau déballage qui aurait pu jusqu'à éclabousser les équipes socialistes actuelles à Lille et LMCU. Il a été terrorisé par l'affaire Urba quelques années auparavant, lui patron du PS. Il a dû se barder de protections et de protèges-mines. Urba + ORCEP et les autres, ça fait beaucoup. Mais la justice l'a rattrapé -in extremis- pour un présumé emploi fictif à la communauté urbaine de Lille. Il est intéressant de noter que cet emploi en question a été formalisé début 1992 juste avant que les affaires ORCEP and co n'éclatent. Et peu avant l'irruption de madame Blandin dans le paysage. Pure hypothèse : le contrat visé de LC-S a duré jusqu'en septembre ou octobre, pas plus, ceci explique-t-il cela ? A-t-on voulu ne pas "en rajouter" ? A trois mois près, "ils" auraient fait plus attention ?
- Tu prépares un autre bouquin ?
- Ne le dis à personne, surtout...
Devinette. De qui est cette phrase ? Où peut-on la lire ? "La liberté de débat au sein du Parti a pour corollaire le respect des décisions lorsqu'elles sont prises. La cacophonie actuelle a pour seul résultat de nous rendre inaudibles. Les idées qui ne sont pas portées collectivement n’ont pas plus de force qu’un feu de paille. Lorsque nous avons adopté une ligne, le Parti socialiste doit parler d'une seule voix. Sans cela, il n'y a pas de parti."
C'est en toutes lettres dans la contribution de Martine Aubry en vue du prochain congrès du PS à Reims*. Contribution signée par un certain Jack Lang qui, comme chacun sait, s'est désolidarisé ensuite de son parti en votant pour la réforme des institutions voulue par Nicolas Sarkozy. Mais que ne ferait-on pas pour Titine de Fer !
* Relevé par Marc Vasseur dont je recommande le blog : marc.vasseur.over-blog.com. On me rétorquera que c'est d'abord l'affaire des socialistes du Pas de Calais, et ils ne se privent pas de fustiger leur encore collègue, mais quelqu'un a-t-il entendu publiquement Martine Aubry sur le cas Lang ?
On parle de Marc-Philippe Daubresse pour succéder à François Bordry à la tête de Voies Navigables de France. Beau lot de consolation pour le député-maire de Lambersart qui a fait son deuil de deux prestigieuses vice-présidences politiques cette année, la première de la communauté urbaine de Lille, où il a été froidement exécuté par Martine Aubry, et l'autre de l'Assemblée nationale, où on lui a préféré une femme (Catherine Vautrin) officiellement pour affirmer la parité (logique...). Joli pantouflage*en perspective pour ce spécialiste des transports qui aurait bien voulu être ministre des Transports dans le gouvernement Fillon et mettre ainsi en oeuvre les nombreux rapports qu'il a pondus comme parlementaire depuis une quinzaine d'années. Pas grave, puisqu'il aura le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, qu'il connaît depuis trente ans, comme tutelle. Auquel il faudra ajouter Jean-Louis Borloo, tutelle du précédent, ministre du développement durable dans le même gouvernement Fillon, et que Daubresse appelle "son ami et maître"**. Pour l'anecdote, il retrouvera Bruno Bonduelle, le président de la CCI Grand Lille, qui siège au conseil d'administration comme représentant des chambres de commerce. Dans mon bouquin, je conseillais à Daubresse de se recaser dans une grande entreprise ou établissement publics. C'est (presque) fait.
* Doit-on y voir un éloignement de la politique ? Pas forcément : le siège de VNF est à Béthune et la liaison Seine-Nord est à peine sur...les rails. Mais le cumul des responsabilités politiques et techniques peut faire tiquer.
** Devant les caméras de télévision...en privé, il en est tout autrement.
Il suit les traces de Bernard Kouchner, cet autre mal-aimé du parti socialiste qui a franchi le rubicon du reniement des siens -au sens de la famille pas du parti de militants- pour un beau maroquin dans le gouvernement Fillon. Voilà six ans que Jack Lang se languit de n'être plus aux manettes d'un grand ministère, le seul destin qui lui sied. A Lens, en 2006, après sa tiède prestation pendant le concours de beauté -dans tous les sens du terme- pour la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, il avait compris que son avenir n'était plus dans le parti de Mitterrand si fortement rectifié par Hollande.
Ah, le souvenir de ces marches royales, à l'assaut de la roche de Solutré, quand il flanquait le grand homme, promu en Moïse de gauche, et qu'il susurrait à l'oreille du monarque quelques idées quant à la formation d'un gouvernement, et d'abord sa propre place à la table du conseil des ministres, cette Cène moderne pour courtisans et professionnels du pouvoir octroyé. Lui qui n'a jamais été un apparatchik féru d'intrigues et formaté par la manoeuvre et la messe basse fut un magnifique affidé passé maître dans l'art de briller seul et de contourner son propre parti.
Ô tempora, ô mores ! Le député du Pas de Calais* sait que la future formation socialiste qui sortira de l'actuel jeu d'ombres à l'oeuvre depuis plusieurs mois n'aura rien à lui offrir, aucune de ces antichambres convoitées en cas d'alternance car elles sont un atout de poids avant l'écriture d'un gouvernement. Il va sur ses 70 printemps. Il veut terminer sa carrière avec flamboyance, fusse-t-elle celle du double jeu et du reniement de sa propre histoire. Il espère que sa voix providentielle qui a fait basculer le scrutin de la réforme de la constitution, servira à forcer un nouveau destin. Pour le congrès de Reims, les socialistes se passeront de lui et de toute façon il n'avait qu'un rôle de figurant à y jouer.
Paradoxalement, sa défection annoncée depuis longtemps et subtilement rythmée par de petits pas comptés et pensés (comité Balladur entre autres) enfonce encore un peu plus un PS désarçonné qui perd une de ses vedettes électorales. Jeté sur les tréteaux d'une campagne, tenant plateau permanent sur toutes les chaînes, Jack Lang était une merveilleuse vitrine, inaltérable et visible par toutes les catégories de Français. Un peu l'équivalent de Simone Veil pour la droite pendant les années 80. La liste des renégats s'allonge. Et avec elle celle des motifs de discorde avant un congrès décisif pour l'avenir du PS. De quoi inquiéter les actuels hiérarques et les futurs hiérarques du PS qui se demandent déjà qui sera le prochain.
En creux, c'est l'absence de contenu du projet socialiste qu'il faut lire. Jack Lang, qui n'a jamais usé du logiciel de la Rue-de-Solférino, sait mieux que personne la viduité idéologique de son presque ex-parti, lui qui a si longtemps vanté les programmes socialistes pourvu qu'il passait à la télé et endossait les oripeaux du héros. Si le parti avait de solides idées pour donner corps à de non moins solides convictions, Jack Lang n'aurait peut-être pas osé, son ripage sur la droite serait apparu comme un sommet de trahison et lui comme un Judas à abattre. "Le parti n'a plus d'idées..." se lamentent les transfuges déçus, de Besson ,transfuge avéré, à Lang, transfuge potentiel, ils fouaillent là où ça fait mal. On se contentera de se débarrasser de lui**. Et ils prolifèrent les militants comme lui qui ne se retrouvent plus dans un PS à la dérive. A gauche, plus qu'à droite, la politique est une question d'idées et d'engagements. Même si les idées ne sont pas toutes à droite, le pouvoir, lui, y est. A titre personnel, c'est tout ce qui l'intéresse.
Le ripage d'opportunité vers l'autre rive un peu plus prononcé de l'ancien ministre de Mitterrand et Jospin éventre encore un peu plus un PS mortifié et toujours en quête d'une rédemption. Jack the Ripper.
* Je guette les réactions de ses "amis" régionaux. Mauroy (qui l'a employé comme ministre), Aubry (il a signé sa contribution...), Percheron (qui l'a fait vice-président du conseil régional), Dupilet (qui lui a légué sa circonscription du Pas de Calais que l'on peut désormais considérer comme quasi vacante pour les prochaines législatives),...
**Mais l'excluera-t-on en bonne et due forme si Sarko lui confie un hochet de luxe ? Cela fait si mauvais effet avec des relents de PCF stalinien des années 70...Les militants sont plutôt pour, l'opinion le vivrait mal. Dilemme avant le congrès de Reims : donner sa livre de chair aux militants et endosser l'image d'un parti coupeur de têtes devant l'opinion. Ou décevoir encore un peu plus ses troupes pour préserver une unité de facade.
La candidature d'Arnaud Montebourg, au delà de l'animosité qui l'oppose à Jean-Marc Ayrault, à la présidence du groupe socialiste de l'Assemblée nationale avait pour objectif de compter les "reconstructeurs" au sein du PS, ce conglomérat assez hétéroclite qui rassemble strauss-kahniens, fabiusiens, partisans de Martine Aubry, anti-ségolènistes et tenants d'un parti pacifié. Mais le piètre résultat du député de Saône-et-Loire, l'un des chefs de file des reconstructeurs, montre que l'alliage n'a pas encore pris. Le patron sortant, Jean-Marc Ayrault, l'a nettement emporté (120 voix contre 57), consolidant même son score et s'adjugeant nombre de voix présumées acquises à son challenger. Du côté des reconstructeurs, en quête de légitimité et de crédit auprès des militants, on accuse le coup. Doit-on y voir un mauvais augure avant le congrès de Reims en novembre prochain ?
Comment ?! La citadelle de Lille, construite par Vauban, n'est pas classée par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité !!! C'est un scandale...C'était bien la peine de faire capoter le projet d'extension du stade de Grimonprez-Jooris et de se perdre dans tous les sens du terme en procédures juridiques pour protéger le site, non ? Sérieusement, le label de l'UNESCO pouvait booster encore un peu plus la dimension internationale de la métropole lilloise et grossir les flots de touristes de la culture et autres qui se pressent désormais dans la capitale des Flandres. Sans compter les facilités pour obtenir des aides nécessaires afin de redonner à cette citadelle que l'on dit reine l'éclat qui fut le sien. C'est que la citadelle lilloise appartient à un autre réseau de villes que celui distingué hier. C'est Arras, désormais parée du précieux label, qui a misé sur le bon réseau. Il faut donc attendre la prochaine tournée de l'UNESCO.
On s'adore au parti socialiste. On le savait depuis au moins le congrès d'Epinay en 1971. La fin du mitterrandisme (au sens partisan du terme) a ouvert la boîte de Pandore des egos hypertrophiés et des ambitions personnelles démesurées. Même les fédés départementales sont touchées par la maladie. Ainsi dans le Nord. Il est frappant de constater que deux noms de grands barons socialistes* qui manquent à l'appel de la contribution de Martine Aubry sont ceux de Bernard Roman et Michel Delebarre. Pour le moment ? On verra. Mais ce sont bien les deux anciens héritiers putatifs de Pierre Mauroy sur la métropole, aux destins contrariés par les aléas de la politique et de la tactique électorale, qui se font prier et refusent leur appui à celle qui les a supplantés, pour des raisons différentes certes. Delebarre est parti un jour de 1989 se faire élire à Dunkerque sous l'amicale pression des clans socialistes (Pas de Calais, fédé du Nord, rivalités de personne) qu'il effrayait. Roman est resté dans son coin en 1995 et a même baisé la babouche de Martine Aubry pendant neuf ans avant de prendre ses cliques et ses claques direction le conseil régional. Tous deux pouvaient prétendre à d'importantes responsabilités sur la métropole lilloise, donc au sein du PS, voire au plus hauts sommets de l'Etat. Restait à répartir les territoires entre les deux...Aujourd'hui, ils se retrouvent en tournant le dos à cette Martine Aubry que l'on dit une nouvelle fois promise au firmament.
* Auquel il faut ajouter Marc Dolez et Marie-Noëlle Lienemann qui ont chacun déposé une contribution. Mais on voit mal Roman ou Delebarre s'y associer, tant les pierres d'achoppement sont nombreuses : affrontement fratricide entre Dolez et Roman pour le contrôle de la fédé du Nord en 2003, référendum sur le TCE en 2005, "royalisme" affiché des uns à la présidentielle, "anticentrisme" convaincu des autres.
C'est un vieil homme malade sorti d'un livre de Balzac. La condamnation en appel de Bernard Soinne, le mandataire judiciaire et syndic-liquidateur lillois qui aimait trop l'argent est un concentré de civilisation digne d'un film de Chabrol (voir le billet : Du côté de chez Soinne). La France est décidèment un pays de notables. Dans une interview à 20 minutes Lille, il se plaint. "Je suis brisé". Liquidé le liquidateur, pour un peu, on l'entendrait sangloter. Pendant les audiences de première instance et d'appel, il développa de bonnes arguties comme savent le faire les professionnels du droit. On aurait aimé qu'il les utilise exclusivement au service du bien public. Dans le milieu interlope des affairistes de l'immobilier et des entreprises en faillite, il était une plaque tournante, une vigie, un deus ex machina, un de ces croupiers de casino qui sollicite le sort et la main invisible du hasard et qui connaît comme sa poche le rythme de sa roulette et les moindres recoins de son tapis vert. Il a voulu s'octroyer un immeuble très en dessous de sa valeur réelle, détournant ses irréprochables qualités et compétences techniques à son seul profit. Flair ou manigance ?
Voilà de quoi faire réfléchir le législateur qui serait bien inspiré de resserrer un peu l'éventail des projections patrimoniales des titulaires de ce type de charges en leur interdisant par exemple certains placements ou investissements personnels qui, par leur proximité avec leurs domaines d'intervention risquent de les faire basculer dans une consanguinité tentante. Bref, il faut des limites ! Après tout, il s'agit de charge publique. Il va peut-être se pourvoir en cassation. Il sera toujours présumé innocent. Un beau cas d'école que celui de ce mandarin réprouvé et que les étudiants des facs de droit ont déjà commencé à commenter.
Est-ce une vieille rancune jamais jetée à la rivière ? Ou un opportun lumbago ou autre mauvaise grippe estivale ? Mais Bernard Roman n'était pas aux côtés de Martine Aubry, hier à Paris pour le dépôt de la contribution de la maire de Lille en vue du congrès socialiste de Reims à l'automne*. Une large brochette de barons régionaux (et nationaux) assistaient au lancement du premier étage de la fusée Aubry. On lisait même une ébauche de synthèse entre les fabiusiens, les hollandais, les ex-royalistes et les aubrystes.
Mais on se souvient que le député socialiste de la première circonscription du Nord avait déjà "séché" - il s'était fait porter pâle - le fameux déjeuner des éléphants dans un grand restaurant lillois. C'était en 2002, juste après la parution du pamphlet d'un journaliste parisien (Philippe Alexandre) qui assassinait l'ancienne ministre des 35 heures. Pour consoler Madame Aubry et surtout pour racommoder un PS pas vraiment en ordre de bataille avant la déculottée du 21 avril suivant, on avait vu l'état-major socialiste sacrifier à grandes bouchées à la gastronomie flamande. Martine Aubry y trouvera quelque réconfort, mais pas les voix nécessaires pour lui éviter une cuisante défaite aux législatives de juin. Ni le PS les ressources suffisantes pour faire franchir le cap du premier tour présidentiel à un Lionel Jospin plus emprunté que jamais. Entre Roman, dauphin évincé, et Aubry, régente imposée, cela a longtemps tenu de la guerre froide avant que le premier ne trouve refuge au conseil régional et tire un trait sur l'Hôtel de Ville de Lille.
On sait Bernard Roman proche du courant strauss-kahnien, lui qui a débuté à l'extrême-gauche quand il était étudiant. Mais en l'occurrence, il est difficile de démêler la logique des courants de celle des griefs personnels. Après tout, si la logique socialiste du Nord avait été respectée, c'est à dire si Bernard Roman avait normalement succédé à Pierre Mauroy, c'est lui qui présenterait peut-être sa contribution cette semaine...
*Les choses peuvent changer d'ici novembre. D'ailleurs Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, est bien tiède sur le problème : l'autre dauphin zigouillé de/par Mauroy ! Mais il conviendra de distinguer la contribution "fédérale" de la contribution Aubry, distinction d'autant plus malaisée qu'il s'agira de la même...Les aubrystes diront la contribution Aubry, les autres la contribution de notre fédération. Ce soir les militants du Nord et du Pas de Calais se retrouvent à Liévin -un symbole d'union entre les deux fédérations! - pour acter le texte.
Martine Aubry et Daniel Percheron. Voilà les deux personnalités qui vont compter, selon Bruno Bonduelle, le couteau suisse de notre région, tant il fourmille d'idées pour sortir le Nord-Pas de Calais de la mouise. Un tandem uni dans la course à la rénovation du parti socialiste et à la candidature pour la présidentielle de 2012, ça on en est presque certain. Mais pour l'aménagement du territoire régional et la résolution des grands enjeux et épineux dossiers (transports, santé, emploi,...) , c'est une autre paire de manches. "Une région pour la métropole, une métropole pour la région" martèle le patron de la chambre de commerce Grand Lille. Daniel Percheron, président du conseil régional, homme du Pas de Calais et Martine Aubry, patronne du futur Grand Lille, jusqu'à Lens et Béthune, qu'il appelle de ses voeux.
Il rêve de voir les grands féodaux de notre province se donner la main et mélanger leurs fiefs comme lui commence à rassembler et rationaliser les compagnies consulaires du Nord et du Pas de Calais. Plus de 600 communes dans le Nord et près de mille dans le Pas de Calais, voilà la trame sur laquelle se meuvent les pouvoirs locaux et les institutions départementales, communautaires et régionale. Sans parler des enjeux politiques et idéologiques. Sans oublier la technocratie parisienne et son indécrottable centralisme. Le chemin sera long. Perch' et Aubry. Et qui pour manoeuvrer un tel tandem ? Bruno Bonduelle ?
Lisez l'interview de Frédéric Lambin, le patron de Lille Grand-Palais, membre de la majorité municipale lilloise et étoile montante de la galaxie de la gauche plurielle version Martine Aubry, dans Nord Eclair de ce jour (21 juin). Un sommet de réglements de comptes et de petites phrases assassines...De quoi éclairer comme il convient certaines coulisses de notre scène politique. Normal, c'est aujourd'hui l'été. On en redemande.
C'est celle que Titine de Fer a dû arracher du livre* de Bertrand Delanoë qu'il est venu présenter jeudi dernier à Lille au milieu d'une impressionnante noria de journalistes. L'un d'entre eux questionna le maire de Paris sur ces quelques lignes aussi éloignées de la maire de Lille qu'un franciscain d'un dominicain. Selon le paragraphe en question, Delanoë est un farouche adversaire des aménagements municipaux communautaires, qui accordent droits et/ou dérogations à telle ou telle communauté. Visée : la décision de la Ville de Lille de permettre aux femmes musulmanes de se rendre dans les piscines municipales à des horaires réservés. " Demandez-lui vous-même ! " botta-t-il en touche.
* De l'Audace -Robert Laffont.
Inéluctable. La mise en examen de Pierre Mauroy était inéluctable. Déjà entendu l'an dernier pendant plusieurs heures comme témoin assisté dans l'interminable (les faits remontent à seize ans !) dossier de l'emploi fictif présumé de son ex-collaboratrice Lyne Cohen-Solal, l'ancien maire de Lille et ex-patron de la communauté urbaine de Lille métropole répond maintenant devant la justice de détournement de fonds publics. Et l'on s'attend à d'autres mises en cause dans les prochains jours. Il aura fallu un contribuable pointilleux et à la posture carnassière*, pour avoir raison du premier Ministre de François Mitterrand de 1981, toujours présumé innocent, rappelons-le.
Car l'orage grondait depuis que la cour d'appel d'Amiens avait ouvert une nouvelle information judiciaire il y a un an. On se doutait que la justice ne voulait pas clore la procédure et persistait à examiner le dossier. Un dossier dont les tenants et aboutissants remontent aux fameuses lois de décentralisation dites, ironie de l'histoire, "Mauroy-Defferre", et qui ont fourni aux collectivités locales de nouveaux moyens et leur a conféré de nouvelles compétences. Sans les astreindre aux nécessaires obligations et contrôles qui auraient permis de conserver un maximum de légalité pour éviter ce type de dérapages. Pierre Mauroy doit mesurer aujourd'hui les carences de la grande réforme qu'il a initiée en son temps. Il y a bien les chambres régionales des comptes, crées à la même époque par lui-même, mais elles ne se préoccupent que des aspects financiers et budgétaires.
L'affaire LC-S rappelle par certains côtés celle de l'ORCEP, cette association satellite du conseil régional Nord-Pas de Calais (années 80 et 90, et elle n'était pas la seule) qui a longtemps fonctionné en vase clos et qui avait vu quelques dizaines de prévenus de la galaxie socialiste se succèder à la barre du tribunal correctionnel de Lille, quelques-uns pour emploi arrangé et avantages fabriqués. Pierre Mauroy avait été appelé à témoigner**. Question : comment va réagir Martine Aubry nouvelle présidente de Lille métropole, l'institution victime si les faits sont avérés ?
D'une manière générale, beaucoup d'affaires procèdent de cet excès de libertés consenties par la loi aux collectivités territoriales ou prises par les mêmes sous couvert de décentralisation ou d'autonomie locale.
L'autre accusée du cas LC-S, c'est le cumul des mandats. Qui, par le passé, faisait parfois ressembler la vocation politique à une bouffonnerie. Moins maintenant, avec le vent de l'opinion et quelques lois restrictives, mais le mal est fait au moins jusqu'à l'instauration du mandat unique. Non content d'empiler mandats et fauteuils comme on joue au Monopoly, certains élus, et Pierre Mauroy n'échappe pas à la règle, lui qui a toujours défendu une certaine idée du cumul des mandats, se sont constitué des gardes rapprochées, des équipes de ces collaborateurs chargés de les assister dans leurs itinéraires de grands féodaux. Et dont le raisonnement est parfaitement calqué sur celui qu'ils servent : une personne, plusieurs mandats, donc un collaborateur, plusieurs sources de rémunération. Le flou ou l'impéritie des contrôles a fait le reste. La force de l'habitude a normalisé les choses. Ce sur quoi les adversaires politiques fermaient les yeux, le plus souvent par complicité objective, et ce sur quoi la justice passait trop souvent l'éponge par manque de normes claires, un citoyen en colère l'a fait. Au risque de réveiller nos démons populistes.
*Et lui-même non exempt de reproches puisqu'il fut contraint à l'inéligibilité pour refus de dépôt de ses comptes de campagne. On suivra avec curiosité ses interventions sur ce blog : billet "La revanche de Lyne".
** Interrogé par le procureur, Pierre Mauroy, à l'époque maire de Lille, avait stigmatisé l'application trop stricte de la loi par la justice sans considérer les cas individuels. Mauroy critiqua également plus tard les avis de la chambre régionale des comptes qui recensait les anomalies de gestion de la communauté urbaine de Lille qu'il présidait. Mais la justice est aveugle...La preuve !