L'EPINE LE PEN

Par Marc Prévost :: 11/01/2011 à 12:22 :: Région

Marine Le Pen a pris des cours d'économie. Son discours est de plus en plus frappé au coin de l'injustice économique et des dégâts sociaux de la mondialisation et de la crise. Et l'euro au bord de la crise de nerfs lui donne l'occasion de sonner l'hallali. Air connu. Mais la probable future présidente du Front national - on analysera bien sûr les scores de deux adversaires et le nouveau rapport de forces qui émergera de la confrontation avec Bruno Gollnisch - s'est adaptée à son terrain local. C'est encore Hénin-Beaumont qui fournit la clé (voir billet : Hénin, le lab, du 06/01/2011).

L'ancienne cité minière et ses alentours affiche trois avantages pour la fille de J-M Le Pen et lui fournit autant de sujets d'expression : la désindustrialisation, donc le chômage. L'immigration extra-européenne, donc l'islam. Enfin, l'interminable film judiciaire héninois, donc l'opportunité sinon l'argument de la morale publique. Sur le premier message, le déroulé implacable des crises en forme de poupées russes - crise de cycle long depuis 1975, crises financières et boursières, crise de système comme depuis 2008 - est une aubaine. Sur l'islam, le trait est simple et on a vu que la récente sonde sur les prières dans la rue ne restera sûrement pas lettre morte. A nouveau terrain, et à première candidature aux présidentielles, nouveau marketing politique, sensiblement différent de celui du père.

Enfin, le fief socialiste depuis plusieurs générations contient la promesse d'une récupération : ce que certains politologues ont appelé le gaucho-lepénisme, phénomène varié et variable, certes, mais réel. Et qui est aussi un itinéraire de comportement électoral entre le premier et le deuxième tour. Par exemple : on a souvent observé un vote FN au premier tour et un report significatif sur le candidat de gauche ensuite (ainsi sur certains bureaux populaires de Lille, par exemple). L'enjeu est donc de capter les anciens électeurs de gauche au premier tour et de les fixer au second tour. Voilà qui intéresse sûrement les experts socialistes, au premier chef Martine Aubry et les candidats potentiels. Dans le contexte exacerbé de la présidentielle, c'est le pari de Marine Le Pen, promue nouveau porte-drapeau du FN. Qui pourrait songer à vérifier le théorème d'ici quelques semaines.

Comme évoqué sur ce blog (voir billet : Ferrari fonce en justice, du 20/11/2010 ), Pierre Ferrari, le socialiste dissident, a attendu d'être exclu, avant de traîner son ancienne fédération du Pas de Calais en justice pour obtenir gain de cause. Canton à prendre ? De quoi alimenter la décision d'une éventuelle candidature de M LP sur ce canton perdu du socialisme en mars prochain pour les cantonales ? Ce qui donnerait une réelle épaisseur à sa trajectoire présidentielle.