LE COUP DE JARNAC

Par Marc Prévost :: 08/01/2011 à 11:10 :: Le monde selon moi

Ségolène Royal a une nouvelle fois montré des réflexes affûtés. "J'ai envie de succéder à François Mitterrand...", a t-elle dit au Monde. Un tel voeu, formulé sur le seuil de la maison natale de son mentor, le président de la République disparu voici quinze ans, revêt une allure incantatoire." Pourquoi d'ailleurs vous cacher que, lors de ma déclaration de candidature aux primaires pour la présidentielle, j'ai pensé à lui". La présidente de Poitou-Charentes sait la force des symboles. Et celui du seul socialiste vainqueur d'une élection présidentielle en est un, et de taille. Et peu importe l'indécence que ses détracteurs ne manqueront pas de stigmatiser. A son rôle d'hôtesse de la mitterrandie pour la commémoration de la mort de l'ancien président, elle ajoute un statut de candidate à sa succession.

Il y a quatre ans, forte de sondages étincelants, l'ancienne ministre de l'environnement marchait sur l'eau et s'était permis de snober le pélerinage de Jarnac (ce Laurent Fabius déguisé en fantôme de Mitterrand, chapeau et écharpe compris ! ...). Mitterrand, c'est le grand soir du 10 mai 81, un espoir réalisé après 23 années dans l'opposition. Après tout, en 2012, l'Elysée sera à droite depuis 17 ans. Message limpide. Et terriblement évocateur dans le futur espace des primaires à gauche sur lequel les ténors du PS auront moins de prise que sur l'univers strictement militant.

On remarquera la timidité des autres caciques du PS qui avaient fait le pélerinage de Jarnac. On n'imagine pas un Arnaud Montebourg, candidat aux primaires, proclamer - et l'avocat n'est pas avare en tonitruance - une hypothétique filiation. Pendant les deux septennats du Roi François, il n'était qu'un jeune écuyer quasi inconnu (élu député de Saône-et-Loire en 1997, il avait, il est vrai plaidé dans l'affaire Carrefour du développement dès 1992, qui avait défrayé la chronique mitterrandienne).

Difficile pour une Martine Aubry, patronne d'un parti travaillé par les forces centrifuges, et peu encline aux postures d'intention, de tenter la préemption de l'îcone. Il y a tout juste un an, elle et le clan socialiste nordiste avaient invoqué les mânes de l'ancien président à ...Lille. Ainsi reléguée au rang d'un notaire-en-chef du parti, la première secrétaire doit laisser l'initiative à sa rivale du congrès de Reims. Un magistère de la parole que l'ancienne conseillère de François Mitterrand à l'Elysée maîtrise mieux que personne. Ségolène Royal a une fois de plus marqué son territoire. Jarnac : une fausse trève. Et un vrai coup.

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