LE PEN : HENIN, LE LAB

Par Marc Prévost :: 06/01/2011 à 19:47 :: Région

Marine Le Pen se présentera-t-elle aux cantonales dans le Pas de Calais, à Hénin-Beaumont *? Précisément sur le canton d'Hénin-Montigny-en-Gohelle, où les candidats prolifèrent au rythme de la discorde qui secoue ce fief socialiste dont le titulaire est âgé de 75 ans et tentera en mars prochain la passe de quatre.

Sur les Atrides qui rongent le parti socialiste dans ce coin de l'ex-bassin minier, on a beaucoup écrit sans tout dire, tout en ignorant encore beaucoup des coulisses et arrières-cuisines. Et quand un funeste hasard terrasse le maire enfin désigné par le suffrage universel (Daniel Duquenne malade), on se dit qu'il y a des malédictions qui collent à la peau. L'histoire politique héninoise de ces dix dernières années n'est que celle d'une guerre de succession jamais éteinte. Darchicourt, Dalongeville, Duquenne,...un long conflit scandé par les sécessions des uns et des autres. Qui sème le vent...récolte la tempête.

Voilà treize années que Marine Le Pen a jeté son dévolu sur le Nord-Pas de Calais. Même après son come-back en Ile-de-France entre 2004 et 2010 - pour reprendre en main la maison FN, elle aussi travaillée par des forces obscures, au moins depuis le schisme mégrétiste de 1999 - la fille de J-M Le Pen n'a jamais oublié ni négligé ce Nord-Pas de Calais tellement réceptif au discours démago et rodé anti-UMPS (anti establishment, anti-banques, anti-euro (pe), anti-immigration,...) .

En mars 2010, le FN est devenu la deuxième force politique du Pas de Calais au terme d'une campagne pépère pour la gauche et meurtrière pour la droite. Dans les états-majors, les calculettes rendent les mêmes chiffres : Henin Beaumont a voté à plus de 44 % pour le FN et...Montigny en Gohelle, à près de 34 %. Un air de proie à prendre. Talonnant sur Hénin-Beaumont la liste Percheron, le président socialiste sortant et réélu! Voilà qui peut donner des idées. Le trop-plein de candidats servira la candidature FN, compactée et ramassée, forte de la discipline militante et de l'énergie de la revanche. Un face-à-face FN/gauche dangereux pour cette dernière.

Et, pour creuser la différence, une aura hexagonale de toute façon acquise, les medias qui braqueront les feux de l'actualité (air connu, Marine Le Pen laboure depuis huit ans les campagnes électorales entre Lens et Wingles, Hénin-Beaumont et Courrières, faisant sa pelote et prenant date pour son grand soir à elle), et un discours républicanisé. Sa récente et brutale position sur l'islam - les prières dans la rue - la fait presque apparaître comme un archange de la laïcité. Un capital que sa - probable - élection à la barre du FN à la mi-janvier ferait fructifier. Avec, en surplomb, le rêve d'un 21 avril bis.

Mais pourquoi un canton, même au coeur du monde socialiste, même à un jet de pierre du jardin de Martine Aubry, maire de Lille ? Un canton, çà ne fait pas rêver les masses. Pardi ! Ce serait la première fois qu'elle serait élue au suffrage universel direct dans un scrutin majoritaire**. Pour se présenter à la présidentielle, il faut des racines.

* C'est ce qu'évoque Djamel Mermat, chercheur en sciences politiques à Lille 2, dans une interview à Libélille (29/12/2010).

** On peut compter sur l'habileté procédurière de M-L Le Pen pour tenter de concilier son problème de cumul le plus longtemps possible (députée européenne et conseillère régionale). Mais, à tout prendre, quand on prétend à l'Elysée, il vaut mieux une chaise cantonale qu'un fauteuil européen. Après tout, Lionel Jospin en avait fait autant dès 1988 du côté de Toulouse avec le canton de Cintegabelle, son seul mandat quand il se lança dans la compétition présidentielle de 1995.