LE PAS-DE-CALAIS SOCIALISTE EST COMPLIQUé

Par Marc Prévost :: 04/01/2011 à 20:52 :: Région

Vincent Léna ne souhaite sûrement pas vivre la même destinée que Marie-Noëlle Lienemann. Quoique...l'ancienne prétendante socialiste à la députation à Béthune (2002), marchepied pour la mairie, puis à celle d'Hénin-Beaumont (il y a des gens qui aiment les terrains boueux...), ballotée sur l'échiquier politique du département le plus socialiste de France puis promptement expulsée après avoir épuisé toutes les possibilités* de greffe, devrait retrouver un fauteuil de sénatrice de Paris en septembre...alors.

Décidément, les parachutages sont risqués dans la région, a fortiori dans ce Pas de Calais traditionnel et un peu fermé sur lui-même**. Mais le récent claquage de porte de Danièle Lhomme, figure du paysage politique berckois (quatrième circonscription Auxi-le-Château/Berck) est révélateur de l'affrontement entre deux générations d'élus que tout ou presque sépare. L'énarque Léna (ce n'est pas une coquille) et la prof de physique au lycée du cru.

Le premier a ciselé ses ambitions dans les grands corps puis au cabinet de Claude Bartolone, secrétaire d'Etat à la ville, sa spécialité (il fut sous-préfet à la ville dans le Pas de Calais). La seconde avait bataillé depuis la nuit des temps aux côtés de Claude Wilquin - ancien collaborateur de François Mitterrand, s'il-vous-plaît - pour la mairie de Berck dont elle sera la première adjointe puis maire.

Avec M-N Lienemann, il y a certaines similitudes. Comme cette dernière dans la cité de Buridan, Vincent Léna a déjà essayé de se frayer un chemin à Boulogne-sur-Mer. Comme il le dit lui-même après l'adoubement de Frédéric Cuvillier par le précédent maire, Guy Lengagne: "Je ne me sentais plus utile...". Son ripage un peu plus au sud sur la côte sera mal vécu par une partie des militants locaux. Certes, son étiquette fabiusienne est un atout sur ces terres où le nom de l'ancien PM agit encore comme un philtre. Et puis il y a le maire de Berck, mentor sourcilleux du jeune Léna, Jean-Marie Krajewski, qui a succédé à Bruno Cousein, après un vaudeville à la berckoise, quand Danièle Lhomme a perdu la mairie en 2001. Conflit atomique en pleine baronnie locale***. Un parachuté essuie toujours le feu de ses propres troupes au sol. L'ombrelle de Krajewski et d'autres dignitaires du cru vaut gilet pare-balles.

Vincent Léna déblaie le terrain et songe à sa revanche sur le député-maire UMP, modèle libéral, du Touquet (ce "Rastignac au petit pied"), Daniel Fasquelle, nouvel homme fort de la droite dans le département. Certes, Vincent Léna est déjà un vieux briscard et il a su se ménager les instances fédérales, sésame obligé d'une carrière qu'il veut brillante.

Patron contesté du PS sur ce fief remuant, il lui reste à apprivoiser les querelles et les divisions qui font désormais le quotidien des frères de la côte. Les socialistes sont si puissants là-bas qu'ils peuvent se permettre d'avoir plusieurs sections par canton au gré des rancoeurs et des ambitions ! Le parallèle avec Hénin-Beaumont et Béthune est presque évident. Comme un sombre présage.

* Elle sera quand même vice-présidente (formation professionnelle) au conseil régional en 2004. Membre du courant Hamon, on lui a prêté l'ambition de se présenter à Amiens aux prochaines municipales. Co-auteur d'un original 18 heures chrono (Ed J-C Gawsewitch) avec son vieux complice Paul Quilès : une fiction sur une prochaine cohabitation en 2012. Danièle Lhomme occupera le même rang de VP à l'agriculture, pêche et tourisme, de 1998 à 2010. Puis elle sera reléguée en position non éligible...« J’ai confiance en Martine Aubry mais je pense qu’elle se trouve face à certaines baronnies locales, avec lesquelles elle a dû négocier pour devenir première secrétaire. »

** Exception notable : Jack Lang sur la 6 ème du Pas de Calais en 2002, adoubé par Dominique Dupilet, le premier départemental, consacré par Serge Janquin, le premier fédéral, béni par Daniel Percheron, le premier régional.

*** Un autre conflit - d'une nature différente - a déchiré la militance locale avec la désignation d'Antoine de Roquigny du Fasquel contre Bagdad Ghezal, "candidat de la diversité" désigné par la base, pour les dernières municipales à Etaples (voir billet: la politique est un art difficile, du 17/12/2007). Les instances fédérales avaient contredit ce choix. Du coup droite et gauche ont été renvoyées dos à dos, la seconde perdant la mairie.

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