35 HEURES ET HEURES SUP' : UNE DOUBLE ADDITION

Par Marc Prévost :: 04/01/2011 à 12:32 :: Le monde selon moi

Décidément, les Français sont devenus incapables de choisir - et de mettre en oeuvre - des solutions cohérentes. A la fin du XVIII ème siècle, et pendant tout le siècle suivant, ils faisaient des révolutions et remettaient à plat pas mal de choses. Début XX ème siècle, on a pu espérer que le monde du travail et le syndicalisme allaient "gérer" cette tentation révolutionnaire et mettre de l'huile dans les rouages de la société, en écartant ces périodes de bruit et de fureur qui alimentent nos manuels d'histoire ( Ah,... le Mallet & Isaac). Bref, en s'emparant du besoin de changement et de la volonté de progrès du peuple français, les corps constitués et leurs interlocuteurs, les corps intermédiaires, allaient nous hisser lentement, sûrement et paisiblement vers le nirvanà.

On ne fait plus la révolution. Mai 68 était tout ce que l'on veut sauf une révolution modèle XIX ème siècle. Et notre société prétendument moderne ne régule rien du tout. Syndicats arc-boutés et mur de Berlin entre eux et le monde politique (la charte d'Amiens, résultat : 8 % de syndiqués en France). C'est l'Etat qui impose dans tous les sens du terme. Au gré des alternances entre les pouvoirs inéluctablement soumis aux mêmes contraintes.

Exemple avec la durée du travail. Les 35 heures (lois Aubry). Des dizaines de milliards d'euros sont nécessaires à son financement et je ne parle pas de l'usine à gaz réglementaire pour les mettre en place. Je ne parle même pas de leur efficacité en termes de création d'emplois. Les dernières études de l'INSEE avancent le chiffre de 150 000. Pour faire avaler la pilule dès les premières discussions du grand-oeuvre jospino-aubryen, on disait entre 400 000 et un demi-million, oubliant que l'arme fatale contre le chômage était, de toute façon, un fusil à un coup et que, en quelques années, économie et société auraient digéré l'avantage. Les soubresauts économiques (crise, aléas de la conjoncture, cycles,...) allaient reprendre leurs droits et remettre les compteurs à zéro. On n'a pas osé mettre le cap sur les 30 heures*...

Dix ans plus tard, on "détricote " le système petit à petit. Et on défiscalise à tour d'exonérations les heures supplémentaires pour donner du contenu au slogan du candidat Sarkozy : travailler plus pour gagner plus. Payer plus d'impôts aussi ! Car, et c'est l'absurdité de la situation, le contribuable paie, au jour d'aujourd'hui, le financement des 35 heures (et ce depuis dix ans) et celui des heures supplémentaires ! Bouclage du budget oblige (et je ne m'étends pas sur le contexte catastrophique des finances publiques et du système financier international).

La proposition du député-maire socialiste d'Evry, Manuel Valls - candidat aux primaires de son parti pour 2012 - et son décadenassage des 35 heures, s'inscrit sur un tel décor. Parions que la gauche au pouvoir dans 18 mois demande encore aux français de mettre la main au portefeuille parce que l'on aura ajouté une troisième couche.

* On lira avec amusement l'info de 20 Minutes Lille de ce jour. Quand la communauté urbaine de Lille dirigée par Titine de Fer déverrouille à son tour - pour l'encadrement - les 35 heures à coup d'ajustement horaire et de récup'. Manuel Valls a donc une certaine influence doublée d'une réelle prescience. Le quart d'heure de la présidente...