RE-IN-DUS-TRI-A-LI-SA-TION !

Par Marc Prévost :: 17/12/2010 à 13:17 :: Le monde selon moi

Le cheval de la réindustrialisation a bon dos. Pré-candidate aux primaires de son parti, Martine Aubry sait qu'elle ne peut faire l'économie du thème de l'emploi. Et quand celui-ci se double du thème de la réindustrialisation, l'attelage se transforme en aubaine pour une impétrante de gauche. Une journée entière consacré cette semaine à la nécessaire industrie fer-de-lance de la France : Meccano à Calais, Oxylane à Lille*,...Plusieurs remarques.

- Qui dit réindustrialisation dit relocalisation, à tout le moins arrêt des délocalisations. Problème, la mondialisation malheureuse qui n'offre aucune prise aux gouvernements des "petits" pays dont nous sommes (n'en déplaise à Alain Minc, vieil ami de Titine de Fer, et accoucheur du concept de mondialisation heureuse qu'il théorisera dans un livre du même titre). A l'intérieur du périmètre européen, le défi est tout aussi insurmontable. Personne n'a enjoint l'Irlande de réhausser pour les mettre à niveau ses taux d'imposition sur les sociétés. Dumping fiscal et social règnent toujours en maîtres, de Dublin à Bratislava et de Tallin à Malte. La première secrétaire songe-t-elle à renationaliser à la sauce 81 les grands groupes pour les mettre au pas de la réindustrialisation ? Sûrement pas. Mais peut-on y voir un nouveau visage du protectionnisme, qui n'est plus un gros mot pour des pans entiers de l'opinion ? Le "produisons français" du PC de Georges Marchais exhumé pour la bonne cause, et nettoyé de son prurit xénophobe**, il fallait le faire. Reste à concocter des modalités plausibles à ce protectionnisme qui ne voudra jamais dire son nom.

- Nous sommes bien dans un contexte d'image pour la peut-être candidate aux primaires socialistes. Flash-back. Dans les années quatre-vingt dix, Martine Aubry, coqueluchette du patronat, surfait sur la vague de l'économie-mère de tous nos bonheurs futurs. L'ancienne ministre du travail du second septennat de François Mitterrand, auréolée d'un passage à la direction générale de Péchiney, créait des fondations contre l'exclusion et autres bidules brillants pour montrer que les socialistes n'étaient pas fâchés avec l'entreprise***. Qu'ils maitrisaient le sujet et les embardées du capitalisme pas encore financier ou étiqueté tel. Rien de tout cela aujourd'hui, naturellement.

Désormais, on passe sous le tapis les oeillades de la fille de Jacques Delors - son père lui a inculqué les lois d'airain de l'économie - avec le gratin du CAC 40 et quelques magiciens de la finance qui faisaient s'extasier la presse économique, et jusqu'au moindre syndicat patronal dont les adhérents rêvaient d'une introduction - non "valorisation !" - sur le second marché de ces temps bénis. C'est Bérégovoy à Bercy qui a engagé la modernisation du système financier français. Après tout, pour aider au décollage de son Euralille qui ne trouvait pas le vent de la prospérité, Pierre Mauroy avait bien failli faire convoler sa ville de Lille avec ce filou de Robert Maxwell, lui !

- Comment faire pour aguicher les électeurs qui ont cru au grand soir de l'union de la gauche et glissaient encore un bulletin communiste dans l'urne il n'y pas si longtemps. Pierre Mauroy, encore lui, l'avait remarqué en 2002, annus horribilis pour la gauche des beaux quartiers : "ouvrier n'est pas un gros mot". Ségolène Royal, soeur ennemie de Martine Aubry, laboure les mêmes terres et s'invite mi-janvier à Bully-les-Mines pour des voeux très ouvriers. C'est la cible mélenchonienne qui est dans la ligne de mire, mais aussi ces jeunes ouvriers tentés par une Marine Le Pen. Rue-de-Solférino, le bon mot est ré-industrialisation. Eux entendent emploi, sécurité, made in France. Aujourd'hui, on dit éléments de langage.

* Assez astucieux ces visites, dans le genre subliminal : deux semaines avant les Fêtes, la première secrétaire, qui a pris soin d'équilibrer son itinéraire entre les deux départements, rend hommage à des entreprises connues de...jouets et cadeaux, thème universel s'il en est. Mère Noël !

** Pour les élections locales de la fin des années 70 et début des années 80, le PC exploitait sans nuances le thème du produisons français, terriblement équivoque en ces temps où la question de l'immigration surgissait brutalement dans le débat avant de s'y installer.

*** Qui sait que la première secrétaire du parti socialiste a eu comme témoin de son premier mariage - années 70 - une grande figure du patronat à la française (CNPF) : François Ceyrac ?

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Nom ou pseudo :


Email (facultatif) :


Site Web (facultatif) :


Commentaire :