BORLOO DE VALOIS

Par Marc Prévost :: 16/12/2010 à 19:53 :: Le monde selon moi

Rama Yade, hier. Fadela Amara bientôt ? Autour de Jean-Louis Borloo, les vocations radicales fleurissent comme colchiques de printemps dans les près (sans oublier Yves Jégo, lui aussi viré revanchard d'un précédent gouvernement Fillon). C'est que le parti radical a de nombreux atouts.

Formation du centre de la vie politique française, il a toujours su tirer son épingle du jeu politique même quand les grands séismes électoraux qui aboutissaient à rebattre les cartes bousculait la donne. 2002 : formation de l'UMP. Les valoisiens négocient adroitement leur adossement au parti majoritaire. Une vista manoeuvrière qui lui vaut de compter sur plus de vingt députés à l'assemblée et 6 sénateurs. Rien d'un groupuscule de circonstance, plus qu'un club, au moins une force d'appoint, sinon une force réelle. Rançon d'une telle position : une allégeance impeccable au parti dominant qui lui évite la noyade financière.

- Une carte de visite radicale vous pose un élu. Evoluer sous la bannière du plus ancien parti de France dont certains dépositaires restent des noms respectés dans le siècle n'est pas maladroit. Bigre : Gambetta, Combes, Clemenceau, Caillaux, Herriot, Jean Moulin, Mendès-France,...c'est presque le Panthéon ! le radicalisme se hissera même au rang de philosophie politique, dûment éclairée par Alain ou Léon Bourgeois. L'autre courant du centre, la démocratie chrétienne, n'a pas encore la même colonne vertébrale si elle arbore de beaux esprits (Ozanam, Sangnier, Mounier). Le MRP s'est évanoui avec la IV ème République et le MoDem reste un ectoplasme partisan au service d'un seul nom.

- Borloo aurait-il trouvé le havre dont il souhaiterait, dit-on, faire un tremplin que certains croient élyséen ? Lui qui a souvent butiné, tantôt de loin, parfois de près, quelques belles plantes de notre paysage politique : Génération Ecologie, parti socialiste, parti social-démocrate, centre démocrates et sociaux, Force démocrate, UDF, UMP enfin les valoisiens. André Rossinot lui fait la courte échelle. En endossant l'image du recours - toujours très payante politiquement en France -, l'ancien ministre de l'écologie doit d'abord confectionner des habits neufs à ce parti écartelé sur l'autel de la V ème République.

En 1971, incapable de trouver sa place dans le jeu impitoyable d'un clivage gauche-droite cinglant comme une sentence sans appel, la famille radicale se divise à tous les vents. Jean-Louis Borloo n'est pas Jean-Jacques Servan-Schreiber, son prédécesseur à la tête des valoisiens, immédiatement honni par la meute gaulliste de l'époque et publiquement dégradé comme un vulgaire félon de mauvais roman. Ni Robert Fabre qui mettra plusieurs années à comprendre que ses électeurs ne voteraient jamais pour des noms signataires de l'union de la gauche avec les communistes. Borloo, qui a appris les rudiments de la politique avec cet autre madré qu'était Edgar Faure, sait tout cela. Certes, son dîner républicain de lundi soir n'est pas un programme de Belleville, ni ses prises de parole un élan à la Clemenceau. Depuis dix ans, il a su se faire respecter à défaut de se faire accepter par les partis dominants : après tout, c'est un Chirac président qui lui offre son premier portefeuille. Et surtout, il a un pedigree. Nordiste de surcroît*.

- Quand son ami Bernard Tapie - les deux compères ne se sont jamais éloignés - affirme qu'il mettra tout en oeuvre pour aider à recoller les deux versants du camp radical, lui trainant depuis longtemps sur celui de gauche, son pote Jean Louis sur celui de droite, on se prend à croire le vieux bonimenteur désormais renfloué. Juchés sur leur roc laïc, les radicaux des deux rives espèrent une résurrection et se prennent à rêver d'une nouvelle Pâque.

* Tout le monde semble avoir oublié les maisons à 100 000 euros du ministre de la cohésion sociale d'alors (fin 2005). Maisons dont on cherche encore le moindre début de construction (moins d'un millier d'unités).