KIF-KIF SELON CHRISTIAN VANNESTE

Par Marc Prévost :: 13/12/2010 à 17:51 :: Région

Sacré Christian Vanneste. Il en remet une louche, le député UMP de Tourcoing. Selon lui, pour éviter un 21 avril à l'envers, l'UMP doit impérativement se rapprocher du FN (voir billet : L'exorciste de Tourcoing du 20/10/2010). Pour appuyer sa démonstration d'une plate-forme de "valeurs communes" qui justifierait l'aggiornamento, il rappelle qu'Albin Chalandon avait même avancé l'argument de la préférence nationale en 1986 à l'occasion de sa campagne des législatives dans le Nord (à la proportionnelle).

"Je me souviens quand Chalandon a gagné les élections en 86 dans le Nord, il employait le terme de «préférence nationale» et cela semblait tout à fait naturel que celui qui était à la tête du RPR dise que les citoyens français ont plus de droits que les étrangers." (Marianne2.fr/1/10/2010 et Le Point.fr de ce jour). Oui, bon, tout ceci n'est pas faux : Chalandon, le gaulliste historique que l'on présentait comme le futur homme fort de la droite dans le Nord, avait bien développé l'idée. Le FN a ensuite exploité l'expression "préférence nationale", copieusement diabolisée dès le mitan des années quatre-vingt par une certaine gauche bien-pensante. Personnellement, j'y vois même là une sorte d'alliance objective entre le parti de J-M Le Pen, soucieux de conforter ses positions émergentes et de certaines forces de gauche, trop contentes d'une telle aubaine pour affaiblir la droite républicaine. Pas nouveau. La tactique s'est même muée en stratégie.

Mais remettons les faits en place. Chalandon n'a pas gagné les élections législatives cette année-là. C'était plutôt du kif-kif. Certes la gauche avait reflué (et n'avait pas gagné non plus, loin s'en faut). Mais en nombre de voix comme en nombre de sièges, les deux camps se sont retrouvé à égalité presque parfaite. 47,73 % pour la gauche (PS, PC, extrême-gauche), 48,60 % pour la droite (RPR, UDF, liste S. Cattelin et...FN).

Nul doute qu'aujourd'hui, on ne comptabiliserait pas les 11,35 % de la liste FN de Bruno Chauvierre dans le camp de la droite. Et les Verts d'Yves Cochet frôlaient les 3%. Arc-boutés, en ces temps antédiluviens, sur une ligne ni gauche-ni droite, on ne peut stricto sensu les verser dans le camp de la gauche classique.

Alors, il reste patent que la droite a indiscutablement progressé cette année-là - y compris dans le Nord - et que l'assemblée avait basculé. Et que Monsieur Chalandon s'est retrouvé garde des Sceaux. Anecdote : c'est du fauteuil de Cambacérès qu'il fera voter - discrétement - des mesures punissant les écrits révisionnistes (quelques semaines après l'affaire des chambres à gaz "point de détail" de l'histoire, selon J-M Le Pen, et alors que les affaires Faurisson et Roques, universitaires révisionnistes, n'en finissaient pas). Initiative fustigée par la blogosphère ultra, peu ou prou proche du FN, comme scelérates (à l'instar des lois Pleven et Gayssot, qui, elles aussi, encadrent la liberté d'expression).

Pour expliquer sa proposition de rapprochement avec le FN, C. Vanneste se réfère donc aux propos de quelqu'un - A. Chalandon - qui a combattu l'idée d'un tel rapprochement (la diabolisation !). Deuxième anecdote (plus scabreuse, j'en conviens...) : ce fameux argument de la préférence nationale n'empêchera pas Albin Chalandon de s'ériger, à la même époque, l'aimable Pygmalion de Rachida Dati...

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