LE PERE MICHEL

Par Marc Prévost :: 11/12/2010 à 13:05 :: Région

Ou le grand Michel. L'information est passée presque inaperçue. Mais le grand Dunkerque, la ville dirigée par le socialiste Michel Delebarre, va trouver un commencement de réalité. Le préfet vient de donner son accord pour l'élargissement de la ville de Jean-Bart à ses voisines de Saint-Pol sur-mer et de Fort-Mardyck (Il y a quelques années, l'opération avait avorté faute de quorum). L'ensemble ainsi formé tutoiera bientôt les cent mille habitants. Soit presque la moitié d'une agglomération également sous la coupe socialiste* depuis des lustres. Un seuil symbolique qui ouvrira des perspectives en termes de reconnaissance comme d'accès à certaines mannes financières. On change de braquet. Dunkerque monte ainsi sur le podium régional des plus grandes villes avec Lille et Roubaix.

En filigrane, au delà du renforcement de l'hégémonie souvent décriée par ses adversaires de l'ancien président du conseil régional sur la ville qu'il dirige depuis 1989 - et qu'il a considérablement animée, un peu à l'instar d'un Borloo à Valenciennes pendant les années 90-, c'est bien sa propre succession qui se profile. Michel Delebarre voudra sans doute goûter son nouveau sceptre. A cet égard, son entrée dans le club des sénateurs (voir billet : Les portillons sont ouverts, 23/07/2009) en septembre prochain peut se comprendre comme une fin de règne maîtrisée et en douceur. A moins que les dieux de la politique ne lui ouvrent des portes sénatoriales...présidentielles. Le père Michel succède ainsi - enfin ! - à son aîné et ancien protecteur Pierre Mauroy. On a déjà évoqué une possible dévolution municipale au profit de Wulfran Despicht - son gendre ! - vice-président du conseil régional (voir billet : Le contre-système Delebarre, 16/01/2008).

Là encore, et comme nous l'avons signalé sur ce blog, 2014 sera une borne de référence. A Dunkerque, cette Delebarreville, les probabilités d'alternance n'ont plus guère de chances de prospérer. Emmanuel Dewees (RPR), Franck Dhersin (Borloïste puis RPR puis UMP), Jacqueline Gabant (UMP), autant d'audacieux qui ont cher payé leur défi à l'"Amiral".

Un Dunkerque agrandi de deux importantes communes dirigées par des maires de gauche (Christian Hutin et Roméo Ragazzo) ne laisserait plus guère d'espoirs au camp d'en face, et pour longtemps. Peut-on s'en réjouir ? Quand Delebarre, incité par son mentor Mauroy et son entourage qui ne l'avait jamais complétement adoubé, s'est lancé à l'abordage du beffroi en 1989, il stigmatisait l'usure du système Prouvoyeur, un ancien socialiste de circonstance rectifié CNI (un itinéraire plutôt rare dicté par l'opportunité de devenir...sénateur en 1983), élu depuis...plus de vingt ans et qui avait initié le mouvement - sans fin - d'un Dunkerque XXL. L'histoire repasse les plats.

* Soit le symétrique inverse de la communauté urbaine de Lille, caractérisée par une petite ville-centre de 220 000 habitants au milieu d'une agglomération de plus d'un million d'habitants. Si le Grand Lille ressemble toujours à une grosse poignée de confettis sensibles au moindre vent, Le Grand Dunkerque se fait de plus en plus bunker inviolable. Ce qui n'a pas empêché Michel Delebarre d'avoir appris la science du pouvoir auprès de Pierre Mauroy, ancien patron de la communauté urbaine de Lille ni d'avoir observé les longs démêlés de ce dernier avec un Arthur Notebart par exemple, au sein de la même institution. A Lille, la politique s'inspirait d'une diplomatie secrète permanente, comme en écho aux rapports de forces, à Dunkerque, c'est un système total qui laisse peu de place au débat. D'autant plus que l'emprise Delebarre dépasse le simple cadre politique et empiète largement sur l'espace économique ou consulaire, par exemple, voire médiatique avec la future télé du littoral.

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