AUBRY : LE GRAND SAUT DANS L'INCONNU

Par Marc Prévost :: 30/11/2010 à 16:55 :: Le monde selon moi

Martine Aubry a un problème. La première secrétaire du PS doit désormais frapper un grand coup si elle veut rester dans la course. Et sa déclaration de candidature éventuelle pour la compétition à la désignation comporte un préalable qui ressemble à un piège. La maire de Lille doit désormais songer à abandonner la tête du PS. Faute de quoi, elle restera cantonnée au coeur d'une formation toujours mal en point et qui patine encore à retrouver sa place dans le débat des idées et des projets.

- Pour retrouver un peu d'oxygène. En prenant de la hauteur, elle se hisse au même niveau que ses deux compétiteurs, l'une déclarée, Ségolène Royal, l'autre supposé, Dominique Strauss-Kahn. Sans parler des challengers (Valls, Montebourg, qui sont tous deux des produits du PS dont ils n'ignorent rien des réflexes et des vicissitudes...), et surtout François Hollande.

- Et s'échapper de l'emprise des jeux partisans. Le PS n'est plus un tremplin, il est un frein. Longtemps, le premier secrétaire du parti socialiste pouvait légitimement prétendre à l'investiture naturelle de son camp. On songe à François Mitterrand*. Depuis une quinzaine d'années, les patrons du PS ne sont pas les candidats à la présidentielle, ni même les numéros un de leur camp. Jospin s'était imposé en 1995 contre Henri Emmanuelli. Sept ans plus tard, le même, premier ministre depuis cinq ans, et candidat contre Chirac président sortant, avait François Hollande aux manettes de la Rue-de-Solférino. En 2007, Royal fut investie contre l'avis des caciques socialistes et du premier d'entre eux, ce même François Hollande. En délicatesse avec ses militants et surtout sa démocratie interne, travaillé par les égoïsmes, écartelé par les luttes de clans, le PS ne désigne plus. Il écarte, il étouffe, il enterre. Le parti n'est plus capable de choisir un candidat crédible et les primaires accentuent cette incapacité. Il est flagrant d'observer que trois des favoris (DSK, Hollande, Royal) n'appartiennent pas - ou peu - à l'appareil partisan. En tout cas, font mine de s'en tenir à distance.

- Mais la maire de Lille, si elle décide de quitter le navire socialiste pour se présenter aux suffrages des primaires, prend un risque énorme. Elle, dont la légitimité est si fragile - le congrès de Reims et ses voix fantômes ! -, et surtout, qui ne repose que sur cette dimension partisane, pourrait disparaître dans les oubliettes une fois le grand saut accompli. Pour le parti socialiste, c'est une plongée dans l'obscurité. Qui pour la remplacer, avec tous les risques que cela comporte...? Quel impact sur les primaires dont on ne sait ni rien, ni quand, ni comment ? Pour Martine Aubry, c'est un saut dans l'inconnu.

* Qui avait eu la sagesse stratégique - ou la rouerie - de se faire octroyer le parti par les grands féodaux de l'époque (Epinay - 1971).

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