Je ne suis pas complétement d'accord avec certains commentaires (mes collègues Marc Vasseur et Le Chafouin). Oui, Vincent Peillon est un impoli garnement qui joue les vierges effarouchées pour justifier sa volte-face d'hier soir pendant l'émission A Vous de juger. Alors que le matin même chez Guillaume Durand, il confirmait sa participation. Oui, ce qu'il a fait est détestable et ne mérite que des cendres sur sa tête.
Mais politiquement, pour le PS, ce n'est pas forcément un échec. Presque un investissement. Résumons. Un PS qui retrouve un peu d'espace, voire un peu d'espoir (après le congrès de Reims, c'est un miracle). Une Martine Aubry quasi revigorée et qui emmène ses troupes aux régionales qu'elle espère victorieuses (mais qu'appelle-t-on victoire, quand on détient 20 régions métropolitaines sur 22 ?). La séquence résurrection est donc en cours, sans qu'on puisse admettre qu'il s'agit d'une initiative organisée ou préméditée. Le scrutin de la mi-mars aura -peut-être - un avant-goût pascal. Alors, on donne dans le symbole et le stimuli pour convoquer l'électeur aux urnes.
- Jospin. Erigé en Mr Conscience du PS, comme a pu l'être un Badinter ou comme l'était il y a encore peu un Mauroy. Tiens, c'est drôle le premier épisode du docu qui lui était consacré passait juste après l'émission maudite. Hasard du calendrier, peut-être. Mais belle occasion de réveiller le souvenir et entretenir la flamme des belles heures socialistes et la nostalgie de la gauche gouvernante. Et un bouquin pour signer la démarche d'exhumation.
- Aubry. La première secrétaire du PS, qui doit désormais gérer un statut nouveau de meilleure opposante à Sarkozy, déterre la vieille hache du vote des immigrés aux scrutins locaux. Une manoeuvre électoraliste - de bonne guerre - vieille comme Mathusalem, ou plutôt comme Mitterrand et SOS Racisme, surgi au début du premier septennat de la gauche au pouvoir (1981-1988) pour attiser la réaction de l'ultra-droite et diviser la droite républicaine, tout en cristallisant le vote de gauche sur un thème qui lui est sensible. Mitterrand disait de l'extrême-droite : "la vraie droite, c'est eux". Il savait de quoi il parlait.
- Peillon. Dans le rôle du bouffon de la reine. Peu lui chaud à titre personnel - pour le moment, il a jeté à la rivière ses rêves de prendre la tête du PS et a rompu avec Royal* -, mais il montre que la gauche n'est plus inerte et qu'elle est redevenue combative, bref d'attirer l'attention, non pas sur lui mais sur le leadership socialiste. Peu importe la forme. Et Martine Aubry, forcément dans la confidence de la fausse sortie de Peillon hier soir et qu'en plus elle soutient (tout en fustigeant la télé publique, donc le pouvoir en place), cherchera à s'imposer d'autant mieux comme recours sur la question de la candidature pour 2012 et sur la pertinence de son potentiel vis à vis de l'électorat de gauche, bien au delà des cercles militants. Dans quelques jours, on délaissera la "bouffonnade" d'hier soir et on écoutera d'autant plus la première secrétaire. Qui sera plus difficile à contester en cas de "victoire" aux régionales. Le risque : que cette tactique ne profite pas d'abord au PS, mais également voire plus aux autres partis de gauche.
* Anecdote : lui qui a tant reproché il y a quelques mois à Ségolène Royal de s'inviter/s'imposer à une convention de son courant, pose un lapin à France Télévisions. Qui, soit dit en passant, est la vraie perdante de l'émission ratée d'hier soir.