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Marc PrévostChronique impertinente de la vie politique dans le Nord Pas-de-Calais

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ESPRITS DE FAMILLES

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 17:09 :: Général

A droite, on distingue généralement deux lignées au sens littéraire des situations. Celle du vicomte -Chateaubriand, ce grand paon national comme disait Julien Gracq- qui inspire la démocratie chrétienne et la plupart des libéraux, sinon une bonne partie du légitimisme, empreinte de romantisme ("Levez-vous vite, Orages désirés !") et de foi spirituelle mise au service du monde dans une sorte de synthèse entre l'ancien et le nouveau, l'aristocratie et la démocratie, car "L'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes ». Dieu et la République. Nos morts et le monde qui vient. La Révolution, pourquoi pas ? Une monarchie constitutionnelle, oui, mais la Terreur, non !

Et celle du consul -Stendahl, dont les personnages sont comme des "bêtes de proie qui vont à la chasse avec les armes de la civilisation" remarquait Paul Bourget- qui influence les bonapartistes, du Consulat et du Second Empire aux gaullistes, faite de religion de l'action et de culte de la réussite, de machiavélisme tempéré de morale pas forcément laïque, d'élans et postures de droite contrariées par des convictions de gauche, d'un hédonisme assumé jusque dans la conquête et l'exercice du pouvoir, même si les beylistes insistent justement chez lui sur la recherche éperdue du bonheur par l'art et l'amour, mais nous parlons des personnages pas de l'auteur. René pour les uns, Fabrice Del Dongo pour les autres. Le premier, face aux mystères des passions et aux hasards insaisissables qui détournent et pétrissent les âmes, se fait une raison et embarque pour l'Amérique. On croit reconnaître un François Bayrou. Le second, comme de Gaulle, comme Clémenceau, se retire du monde après avoir tenté de le changer sans essayer de rassembler les morceaux épars de son idéal fracassé. A droite, ce sont des tempéraments qui prennent le pas sur les idées et qui font les destins.

Et à gauche ?

Il existerait deux lignées. Celle du prophète, tout d'abord. De ces grands guides qui ont montré le chemin de l'esprit sans emprunter le sentier qui mène au Capitole. Qui ont exercé un pouvoir spirituel sans franchir le gué du pouvoir temporel. Qui ont étreint le coeur des foules sans se saisir du sceptre pour les gouverner. Qui, enfin, ont écrit leur grimoire sans éprouver ensuite leurs idées au grand laminoir des réalités. Jules Guesde appartient à cette lignée. Jaurès aussi. Et leur antagonisme partisan contemporain, crucial pour la gauche, n'altère pas la démonstration. Pas plus que leurs mandats de représentants somme toute secondaires à l'aune du temps et à l'épreuve des faits. Que retient-on de Guesde ? L'acclimatation théorique du marxisme en France. De Jaurès ? L'horizon d'une autre voie pour un socialisme perçu comme désormais possible. Aucun des deux n'entra dans l'Histoire de son pays le front ceint de ses idées restées programmes et cantonnées dans l'imaginaire du politique. Guesde sera bien un ministre de temps de guerre, éloigné autant que faire se peut de la sérénité propice aux grandes marées. Et je ne sais pas si Jaurès eût accepté d'entrer dans un gouvernement de guerre. Ils appartiennent certes au Panthéon de leur camp. Idem pour les communistes, longtemps favoris, jamais gagnants, arc-boutés comme leur frère ennemi socialiste sur le socle d'un parti fort comme le roc, et qui s'inscrivent dans une lignée prophètique, façonnés par un Sartre ou un Aragon par exemple, ces garde-chiourme dont les incantations émotionnelles voire mystiques ont entêté des générations de militants et d'élus. Dans une moindre mesure, un Jospin, un Fabius, une Aubry, engendrés par leur famille politique, qui ont conduit les affaires de l'Etat sous la tutelle de leur parti, vérifiant sans cesse leurs actes avec les Tables de la Loi, affichent cet ADN.

La lignée du berger est tout autre. Ses descendants ont su -ou pu- passer à la postérité avec les armes et les bagages de leur expérience du réel. Blum est le premier d'entre eux. A la différence de ses deux prédécesseurs, issu d'une bourgeoisie littéraire, il n'a jamais investi l'espace partisan pour ouvrir sa propre voie. A Tours, il est devenu ce qu'il était. Le prêtre de ses ouailles, qui les entraîne et les guide, les éduque et les rassemble, en même temps que tuteur de la SFIO, bien obligée de s'adosser au futur premier rôle du Front Populaire. Mitterrand, lui aussi grandi en dehors des jeux d'appareil, n'est pas un produit partisan. Formaté par lui-même, macéré dans son milieu d'origine fleurant bon la province bourgeoise des producteurs de cognac des années vingt, vivant ses engagements successifs comme une enfilade d'aventures, il a conçu à Epinay un appareil pour le servir dès que Eole, le dieu du hasard, lui en fournit l'opportunité. Tous deux se sont servi le mieux possible du parti qui pouvait le mieux les servir. On peut rattacher les rameaux Rocard et Ségolène Royal à cette généalogie.

Avec Mendès, les choses se compliquent. Pas vraiment de gauche au sens de la famille, radical, pièce rapportée, comme une bouture d'orchidée de serre que l'on admire et jalouse en marge de la pépinière. Vraiment pas un doctrinaire, réaliste chaque jour et cultivant parfois à l'excès l'art du possible, voilà son idée forte. Camus ? Va pour l'auteur de La Peste. Oserions-nous Sophocle, comme un mariage entre Antigone et Créon ? Ce pragmatisme de Mendès qui est sa marque de fabrique est aussi son évangile. Lisez les jeunes ambitieux socialistes actuels. La moitié se réclament du maître en morale politique, comme d'un anti-cynique, le meilleur antidote aux mauvaises pensées prélude aux mauvaises actions. A la fois prédicateur et pasteur. La chaire du mandarin et le bâton du pélerin. Il est à la confluence de deux fleuves, de ces deux influences qui dessinent les destinées à gauche.

A quelle lignée, le prophète ou le berger, se rattachera le prochain numéro un du parti socialiste ?

Commentaires

Le 04/09/2008 à 22:31, par vudeloin
Celui ou celle qui sortira vainqueur de la désignation devra se nourrir aux sources de Mendes et cultiver l'art du possible, s'il veut avoir une chance de convaincre le corps électoral. Cultiver l'art du possible n'interdit pas de faire aussi rêver, mais pour cela il faut une certaine dose de talent dont peu sont pourvus à ce jour.
Le 05/09/2008 à 8:40, par Marc Prévost
La tête dans les étoiles et les pieds dans la glaise, c'est le privilège des grands !

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