Entre l'aristo énarque et le prof du technique, le courant n'est jamais passé. Question de style évidemment, mais leurs trajectoires respectives les a toujours séparés ou plutôt ne les a jamais rassemblés. Fabius ministre du Budget ne cessait de tacler Mauroy Premier Ministre, souvenons-nous du psychodrame de 83 : sortir ou pas du serpent monétaire européen. Fabius poulain de Mitterrand prenait un malin plaisir à contourner Matignon/Mauroy. On se souvient comment Fabius a imposé le sauvetage de l'imprimerie de la Chapelle Darblay, sise dans son fief normand, en ouvrant toute grande la pompe à finances publiques, ou comment il a lancé la force publique contre les grévistes, au grand dam de Pierre Mauroy qui en avait bien assez avec la colère des sidérurgistes et des mineurs. Lolo a succédé à Pierrot rue Varennes et ne s'est pas privé de critiquer l'action de son prédécesseur.
Puis Fabius a disputé le trône des socialistes contre Mauroy, en particulier lors du congrès de Rennes dont l'échec pèse toujours au PS. Un échec que Mauroy attribue à Fabius. Qui mordit la poussière à deux reprises avant de conquérir ce qui devait faciliter, pense-t-il, la succession de son père en politique. Un an plus tard après la débâcle des législatives de 1993, c'est Rocard, avec l'appui des mauroyistes qui s'empare du parti socialiste et en chasse Fabius. Mauroy a souvent fait cause commune avec Jospin que Fabius déteste, une haine inextinguible qui trouva un sommet au congrès de Rennes en 1990. Fabius et Mauroy. Ou l'impossible amitié de deux grands fauves faits pour se déchirer. Il n'est donc pas étonnant que Pierre Mauroy fustige le rapprochement entre les fabiusiens et celle qu'il a choisie pour lui succéder dans la métropole lilloise. Le "non" au référendum sur le TCE de 2005, pierre d'achoppement entre les ouistes et les nonistes et qui ronge le PS, n'explique pas tout.