Conversation avec une amie avant son départ en vacances.
- Toi qui a l'expérience, je trouve que les hommes (et femmes!) politiques sont de plus en plus agressifs vis à vis des medias...Sarko en premier, mais aussi les régionaux de chez nous.
- Ils le sont vis à vis de ceux qui ne sont pas assez soumis à leurs souhaits, leurs désideratas. Qui s'écartent trop de leur com', bref ceux qui ajoutent un peu trop de commentaires aux faits, les faits qu'ils ont eux-mêmes choisis de mettre en avant mais en orientant les commentaires éventuels ou en les décourageant.
- Commentaires.. ?
- Ben oui, quand un journaliste apporte un éclairage particulier à certains faits, quand il en rajoute à ceux qui justifient l'info de base, ou quand il "colore" l'info d'un style pas forcément cireur de pompes. La PQR n'a pas l'habitude, c'est plutôt une démarche d'hebdo. Moi, je ne peux pas m'empêcher de commenter, sans forcément imposer mon opinion personnelle, sinon j'utilise le "je" et c'est un billet d'humeur alors. Le risque, c'est de formater l'opinion du lecteur avec ce commentaire. Mais je ne le prends pas pour un imbécile, il est assez grand pour se faire son opinion. Un patron ou un élu a toujours tendance à considérer son lecteur ou son électeur comme un majeur incapable à qui l'on donne du prédigeré à digérer. Vive le commentaire !
- Exemples ?
- Ben, les mises en examen cette année de Pierre Mauroy et Bernard Masset (son ancien directeur de cabinet) dans l'affaire d'emploi fictif présumé de Lyne Cohen-Solal. Tout le monde est présumé innocent, OK. Mais rien n'empêchait d'opérer quelques retours en arrière et de mettre certains faits en perspective, je pense au système socialiste organisé et à ses nombreux dérapages, bref de commenter. La PQR a été assez fadasse là-dessus - est-ce parce que l'un d'entre eux est un ancien responsable de Nord-Matin, solidarité de corps, amitiés persos ? - et sur un site régional on a même vu certaines infos disparaître en quelques jours...On peut reprocher un manque d'exercice du droit de suite pour certaines infos. Paresse? Trouille ? Affinités ? Les trois en même temps, souvent. Et l'affaire Mauroy/Masset/LC-S n'est pas la seule.
Tu te souviens quand Daubresse s'est fait allumer par Le Canard (en 2006) pour sa baraque à frites de luxe à Lambersart ? Tu sais bien qu'il y a eu une certaine, comment dire ?, retenue de VDN et NE qui n'ont pas, mais vraiment pas exercé de droit de suite. A VDN, il y a eu un débat là-dessus : "affaire Gaymard" ou pas? Maintenant, il se ferait incendier, je pense, ses relations se sont dégradées avec les medias, mais ce n'est plus d'actualité.
- Comment se fait-ce ?
- Les journalistes ont souvent la trouille. De la diff', des injures publiques, que sais-je et j'en sais quelque chose...La vieille fascination-répulsion pour le pouvoir et son aura particulière fait le reste, un élu -on ne peut mieux dire, cet emprunt biblique- c'est un père, un grand frère (ou une grande soeur...). Et puis dans l'histoire LC-S, c'est la personne d'Eric Darques qui fait barrage si l'on peut dire, c'est lui qui a dénoncé les faits. C'est lui intuitu personae qui sert de repoussoir, d'épouvantail presque parfait. Entre droite et droite extrême, haut en couleurs, personnalité de western, lui-même non exempt de reproches. Quand je dis affinités trop particulières, c'est valable dans l'autre sens, inimitiés trop macérées. D'ailleurs en face, ils ont bien compris comment se servir de cet atout et le transformer en plus méchant que nature. Pour désamorcer une éventuelle curée et se poser en victimes. Bel exemple de détournement.
- Mais pour l'affaire de l'ORCEP et un certain système socialiste, ils ont bien fait leur boulot, non ?
- Oui. On en a même parlé au JT de 20 heures. La PQR a fait son boulot. Il y avait une certaine compétition entre VDN et NE qui avait "sorti" l'info, VDN avait mis plusieurs enquêteurs et en a fait un feuilleton judiciaire, d'ailleurs les socialistes français avaient une image déplorable à l'époque. De plus, à VDN, certains n'aimaient pas Delebarre (y compris pour des raisons politiques) et on a même espéré qu'il plonge avec Josèphe et les autres. Du côté des écolos (à droite aussi...), on a pas été avare d'infos sinon de "fuites". Pour stigmatiser les clans socialistes du Nord et du Pas de Calais car politiquement l'écolo Blandin venait de leur faire la nique (et avec leur assentiment) à la présidence du conseil régional. Ils lui menaient la vie très dure au jour le jour, elle a failli jeter l'éponge un an ou deux après son élection, on se rendait coup pour coup. Tout ce chaudron d'intérêts de boutiquiers, d'alliances contre-nature entre des gens de bords différents, et de détestations de personnes a fait qu'un véritable feuilleton a suivi et que les clans politiques n'ont plus maitrisé grand-chose. J'imagine que c'était un beau sujet -des dizaines de personnes impliquées ! - et que cela faisait vendre...Avec Mauroy, c'est différent.
- Trop intouchable, le vieux Mauroy ?
- C'est un peu ça. Je connais des journalistes qui ont des relations quasi oedipiennes avec lui, ou plutôt qui ont peur de les avoir ! Je suis sûr que tout a été mis en oeuvre pour éviter un nouveau déballage qui aurait pu jusqu'à éclabousser les équipes socialistes actuelles à Lille et LMCU. Il a été terrorisé par l'affaire Urba quelques années auparavant, lui patron du PS. Il a dû se barder de protections et de protèges-mines. Urba + ORCEP et les autres, ça fait beaucoup. Mais la justice l'a rattrapé -in extremis- pour un présumé emploi fictif à la communauté urbaine de Lille. Il est intéressant de noter que cet emploi en question a été formalisé début 1992 juste avant que les affaires ORCEP and co n'éclatent. Et peu avant l'irruption de madame Blandin dans le paysage. Pure hypothèse : le contrat visé de LC-S a duré jusqu'en septembre ou octobre, pas plus, ceci explique-t-il cela ? A-t-on voulu ne pas "en rajouter" ? A trois mois près, "ils" auraient fait plus attention ?
- Tu prépares un autre bouquin ?
- Ne le dis à personne, surtout...