Est-ce une vieille rancune jamais jetée à la rivière ? Ou un opportun lumbago ou autre mauvaise grippe estivale ? Mais Bernard Roman n'était pas aux côtés de Martine Aubry, hier à Paris pour le dépôt de la contribution de la maire de Lille en vue du congrès socialiste de Reims à l'automne*. Une large brochette de barons régionaux (et nationaux) assistaient au lancement du premier étage de la fusée Aubry. On lisait même une ébauche de synthèse entre les fabiusiens, les hollandais, les ex-royalistes et les aubrystes.
Mais on se souvient que le député socialiste de la première circonscription du Nord avait déjà "séché" - il s'était fait porter pâle - le fameux déjeuner des éléphants dans un grand restaurant lillois. C'était en 2002, juste après la parution du pamphlet d'un journaliste parisien (Philippe Alexandre) qui assassinait l'ancienne ministre des 35 heures. Pour consoler Madame Aubry et surtout pour racommoder un PS pas vraiment en ordre de bataille avant la déculottée du 21 avril suivant, on avait vu l'état-major socialiste sacrifier à grandes bouchées à la gastronomie flamande. Martine Aubry y trouvera quelque réconfort, mais pas les voix nécessaires pour lui éviter une cuisante défaite aux législatives de juin. Ni le PS les ressources suffisantes pour faire franchir le cap du premier tour présidentiel à un Lionel Jospin plus emprunté que jamais. Entre Roman, dauphin évincé, et Aubry, régente imposée, cela a longtemps tenu de la guerre froide avant que le premier ne trouve refuge au conseil régional et tire un trait sur l'Hôtel de Ville de Lille.
On sait Bernard Roman proche du courant strauss-kahnien, lui qui a débuté à l'extrême-gauche quand il était étudiant. Mais en l'occurrence, il est difficile de démêler la logique des courants de celle des griefs personnels. Après tout, si la logique socialiste du Nord avait été respectée, c'est à dire si Bernard Roman avait normalement succédé à Pierre Mauroy, c'est lui qui présenterait peut-être sa contribution cette semaine...
*Les choses peuvent changer d'ici novembre. D'ailleurs Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, est bien tiède sur le problème : l'autre dauphin zigouillé de/par Mauroy ! Mais il conviendra de distinguer la contribution "fédérale" de la contribution Aubry, distinction d'autant plus malaisée qu'il s'agira de la même...Les aubrystes diront la contribution Aubry, les autres la contribution de notre fédération. Ce soir les militants du Nord et du Pas de Calais se retrouvent à Liévin -un symbole d'union entre les deux fédérations! - pour acter le texte.