DANY BOON SE FAIT UN FILM

Par Marc Prévost :: 03/07/2009 à 16:26 :: Région

Que l'enfant du pays se mette à hurler avec les loups mérite commentaire. Dany Boon, la gloire locale qui a réussi avec ses 20 millions d'entrées pour son film Bienvenue chez les Ch'tis, et qui a reçu le voyant soutien du conseil régional du Nord-Pas de Calais pour une dimension de sa promotion, appelle au sursaut des électeurs d'Hénin-Beaumont qui vont devoir choisir leur avenir dimanche. Et s'essaie à l'appel républicain en appelant à faire barrage au FN de Steeve Briois et Marine Le Pen, en lice dans un second tour plus qu'incertain.

Cette dernière a alors beau jeu de dénoncer le millionnaire qui vit à Los Angeles et que l'on sollicite pour l'occasion. Trop facile. Mais sûrement efficace du côté des courées et au pied des terrils. Peut-être une fausse bonne idée. On se demande si ce n'est pas donner un bâton pour se faire frapper. Voilà bien un rôle que l'on voudrait ne pas le voir endosser. Mais il n'est pas le seul de la confrèrie des saltimbanques à vouloir se faire remarquer dans l'arène politique.

En tout cas, ce n'est pas la première fois que Dany Boon essaie de mettre les pieds dans le plat de la politique ou plutôt des élections. Il y a quelques années, à l'occasion de cantonales à Lille, il avait apporté son soutien à la candidate socialiste.

CHUCHOTEMENTS DE PALAIS

Par Marc Prévost :: 03/07/2009 à 15:19 :: Région

Comme le dit l'ami Didier Specq dans NE de ce jour, le Landerneau judiciaire lillois joue à se faire peur quand on évoque la succession du Procureur de la République Philippe Lemaire promu à Riom juste après le passage de témoin Place Vendôme entre Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie. Eric de Montgolfier, Alain Lallement, des magistrats remuants (le premier a été en poste à Valenciennes, le second à Lille), autant d'hypothèses qui font pschiiit au regard de leurs antécédents et du contexte actuel de la justice.

L'allègre chroniqueur évoque deux nominations plus plausibles. Brigitte Angibaud, actuel procureure à Angers et Marie-Suzanne Le Quéau, qui exerce à Evreux après Auxerre. La première, étiquetée centre droit, a été tête de liste aux municipales à Château-Gontier en 2008 avec un UMP comme colistier et s'était présentée aux législatives de 2007 avec un bon score. De là à imaginer en faire une tête de proue apte à combler le vide métropolitain à droite.... La seconde a travaillé sur le dossier des disparues de l'Yonne et s'est fait remarquer sa franchise quant à certaines anomalies de procédure.

Mais que le microcosme judiciaro-politique lillois résonne ainsi en dit long sur la sensibilité de certains dossiers en cours sur le bureau de certains magistrats. A gauche comme à droite.

COUP DE SIFFLET

Par Marc Prévost :: 01/07/2009 à 17:23 :: Région

Lu dans NE de ce jour. Dans la bouche de Dominique Plancke, élu vert au conseil régional et conseiller communautaire de LMCU : "Les danseuses du président commencent à nous coûter cher..." . Le président c'est celui du conseil régional, le socialiste Daniel Percheron, fana de foot et qui ouvre toutes grandes les caisses de l'établissement pour nourrir le système foot régional comme il l'avait fait pour participer à la promotion de "Bienvenue chez les Ch'tis".

Allusion aux centaines de milliers d'euros affectés aux clubs de foot de la région qui rejoignent ou évoluent parmi l'élite nationale : Valenciennes, Lens, Boulogne et Lille : en contrepartie on affiche le logo de la région sur le maillot. Même Calais va profiter de cette manne. Sans compter les (très grosses) enveloppes affectées à la construction ou la rénovation de stades, tel celui de la métropole. Même Bollaert à Lens pourrait être aidé onze ans après sa rénovation pour la coupe du Monde 98.

Je me souviens d'une position de Daniel Percheron, qui venait d'accéder à la présidence du CR, il y a presque dix ans, taclant -vertement, pourrait-on dire- le foot business et s'insurgeant particulièrement contre les filières d'importation de jeunes joueurs africains dans les clubs français. Aujourd'hui, on impose quasiment au contribuable de les encourager. En tout cas la saillie du conseiller régional écolo montre que la campagne des régionales est entamée. A gauche.

Je sais : tout cela est subjectif. Je suis allé hier au meeting d'athlétisme au stadium de Villeneuve d'Ascq, celui du Lagardère athlé tour, et je n'ai fait qu'applaudir au spectacle. Un spectacle que je n'ai jamais manqué depuis la première édition à la fin des années 70. Culture et sport coûtent cher. Non-culture et non-sport coûtent encore plus cher ne cessait de me répéter Ivan Renar, sénateur communiste et président de l'Orchestre national de Lille. D'accord avec lui, mais parle-t-on de la même chose ?

LE GRAND FRERE SECURITAIRE

Par Marc Prévost :: 01/07/2009 à 12:24 :: Région

Pas content Eric Quiquet, l'élu Vert en charge des transports à Lille métropole communauté urbaine, quand on lui colle l'étiquette d'un fan de vidéosurveillance, cet horrible épouvantail sécuritaire que l'on croyait réservé à la droite. Le dernier dossier de La Brique, le mensuel non conformiste consacré au versant sombre de la politique des transports dans la communauté urbaine a eu les honneurs du Canard Enchaîné la semaine dernière qui a repris quelques éléments en cause.

L'ancien leader de la liste verte aux municipales -qui a fusionné avec la liste socialiste emmenée par Martine Aubry- a donc demandé un droit de réponse à l'autre vilain petit canard et au journaliste Jean-Luc Porquet (qui a fait ses classes à Lille au Clampin libéré il y a plus de trente ans ! ). Il précise qu" en tant qu"élu vert, je suis aussi attaché aux libertés individuelles qu'au développement des transports collectifs". Ou encore : "je n'ai jamais été un fan de vidéosurveillance. Celle-ci a été décidée par les élus de LMCU en 1998 et effective depuis 2002. Je suis vice-président en charge des transports depuis avril 2001, je n'avais pas les moyens de revenir sur cette décision. Dans ma prise de fonction en avril 2001, j'ai eu à gérer de gros problêmes de sécurité sur le métro..." Retour au réel. La CNIL a épinglé en mars dernier le système de vidéosurveillance de LMCU qui projette d' enregistrer les conversations à bord des véhicules, métro, bus tramway ! Et : "J'ai toujours considéré que ce sont avant tout des usagers nombreux qui sécurisent un réseau de transport public. Voire. Enfin : " Je pense que l'enjeu porte davantage sur les usages et les outils de contrôle démocratique que l'on se donne que la technologie elle-même". Et le nucléaire alors ?

On dirait du Martine Aubry dans le texte quand elle répond aux journaux qui la titillent un peu trop.

Mais le syndrome "Big Brother" ou "1984", du titre du roman d'anticipation de George Orwell, est à l'oeuvre. 1984-2009 : ou l'exemple d'un itinéraire presque sécuritaire.

HENIN-BEAUMONT : VU DE PARIS

Par Marc Prévost :: 01/07/2009 à 10:01 :: Région

Lisez l'enquête de Mediapart parue ce matin sur le "système dans le système" ou la dérive héninoise au coeur de l'appareil socialiste fédéral et qui aboutit à la situation catastrophique que l'on vit aujourd'hui sur ce bout d'ex-bassin minier. On avait déjà vécu la même chose avec Béthune et Jacques Mellick, ou avec le dossier de l'ORCEP - presque vingt ans déjà - pour ne citer que ces exemples - voir aussi les billets de Marc Vasseur sur son blog, cf le lien ci dessous à gauche. En tout cas, c'est une fois de plus la presse de Paris qui éclaire ces choses-là...à savoir la dégénérescence d'un microcosme partisan, au delà des événements de justice qui sont l'écume de ces choses et dont la relation procède nécessairement des institutions policière et judiciaire. Je me souviens des papiers de Daniel Carton dans Le Monde dans le courant des années quatre-vingt dix.

Cet enfant du Pas de Calais, ex-journaliste de la Voix du Nord (il s'était fâché tout rouge avec...cf "Bien entendu c'est off"), avait commencé une dissection à vif de l'appareil socialiste de ce département. Ou ceux de Renaud Dély dans Libé sur le système Mellick. Je me suis modestement appuyé sur leurs travaux pour développer certains aspects de ce clientèlisme politique. Clientèlisme partagé dans toute la classe politique, mais dans la région le prisme est forcément plus fort du côté gauche...Mais pourquoi est-ce toujours -à tout le moins le plus souvent - la presse parisienne qui plonge aussi fort la plume dans la plaie ?

REDECOUPAGE : DEUXIEME TRANCHE

Par Marc Prévost :: 30/06/2009 à 10:49 :: Région

Une curiosité dans le projet de redécoupage des circonscriptions dans le Pas de Calais. La troisième, la plus grande de l'Hexagone, méritait bien d'être réaménagée voire supprimée. On choisit l'équarissement pour ce fief qui fut celui de Philippe Vasseur, l'ancien ministre giscardo-chiraquien, et qui est celui du socialiste Jean-Claude Leroy. Elle s'étire des confins sud et est de Boulogne-sur-Mer jusqu'aux faubourgs nord d'Arras. Mais pour exploser, "façon puzzle", ce territoire immense on agrandit, via attributions de cantons et redistributions de terres, les circonscriptions voisines. Au risque de retomber dans le même travers : des fiefs étirés , impossibles à maîtriser et à parcourir pour un honnête représentant de ses administrés.

LE MAITRE-NAGEUR DU PS

Par Marc Prévost :: 29/06/2009 à 16:45 :: Région

C'est quand même fou, Hénin-Beaumont ! Et c'est l'UMP qui pourrait sauver la mise de la gauche dimanche prochain. En essayant de canaliser les 4,3 % au premier tour de leur candidat (qui a déjà fait bien mieux lors d'élections précédentes : 12 % sur la circonscription en 2007 par exemple) sur la tête de liste de gauche, fort probablement le dissident socialiste Daniel Duquenne renforcé de Pierre Ferrari (PS, MoDem, PC) et des voix de P. Darchicourt et de la verte Régine Calzia. Et dans le bloc des abstentionnistes - autour de 40%- il doit bien y avoir encore quelques électeurs de droite à gratter et à mobiliser pour le second tour...Faut-il que le système PS soit mal en point pour se voir proposer un tel sauvetage de la noyade par le maître-nageur Xavier Bertrand, patron de l'UMP. Et comble de l'humiliation, c'est le député UMP, Frédéric Lefebvre, infatigable sniper anti-socialiste, qui en fait l'annonce.

L'APRES HENIN-BEAUMONT EST COMMENCé

Par Marc Prévost :: 29/06/2009 à 10:19 :: Région

Au bord de la grande bascule, Hénin-Beaumont ? Le tandem Briois/Le Pen à près de 40 % pour le premier tour et une avance considérable sur ses suivants, l'officiel Pierre Ferrari crédité de 17 % et soutenu in extremis par l'appareil après moultes péripéties, et l'alliance républicaine de Daniel Duquenne, ex-socialiste du cru, et qui dépasse les 20%. Observations.

- Une triangulaire serait fatale aux candidats de gauche et projeterait le FN à la tête de la ville. Les prochains jours vont être chauds entre les deux candidats frères ennemis, Duquenne et Ferrari qui vont jouer une partie de poker-menteur sur le mode fusion ou désistement.

- En cas de désistement d'un des candidats de gauche, c'est le cas de figure Duquenne/FN qui paraît le plus probable. Mais le sondage de la semaine dernière n'évoque pas ce duel (voir billet Le triangle infernal). Et on peut prédire une importante déperdition dans les dynamiques de second tour sur la partie gauche de l'électorat. Léger avantage arithmétique pour la gauche sur la droite qui dispose de moins de réserves.

- Score moyen des Verts/Europe Ecologie. Régine Calzia ne fait que 8,52% mais les Verts n'ont jamais performé dans un département qui ne leur est pas favorable socio-culturellement. Doivent logiquement rejoindre le front anti-Front.

- Désaveu complet de l'appareil du PS, au niveau local et au niveau national. Qui, après avoir refusé localement de soutenir Ferrari qui s'est présenté contre son aval et contre leur candidat PRG, s'est finalement rangé via les instances parisiennes et du bout des lèvres derrière son nom. Mais Ferrari arrive troisième ! Désaveux de l'appareil local et de l'appareil national, contraints et forcés de se ranger derrière la bannière de celui des leurs qu'ils ont démis, Daniel Duquenne ! Décidèment, le PS n'a plus la main sur les situations difficiles.

- On peut d'ores et déjà prévoir une série de recours juridiques après le second tour de dimanche prochain qui s'annonce serré. L'avocate Marine Le Pen ne va pas s'en priver si elle doit s'incliner. Ou si elle gagne, son challenger en fera autant.

- Le faible score de l'UMP, leur candidat ne dépassant même pas les 5%. Aucun risque pour rejoindre la coalition anti-FN et se draper dans la toge de la virginité républicaine tout en se réjouissant de cette nouvelle dégradation de l'image du PS de Martine Aubry et enfoncer un coin de plus dans les murs de la maison socialiste déjà passablement lézardés. Tout bénéf !

- En retrait de l'épine héninoise, Martine Aubry, patronne du PS, semble subir les événements. Problèmes : Hénin-Beaumont est typique de la déliquescence d'un système clientèliste et prébendier qu'elle n'avait de cesse de dénoncer il y a quelques années. Ce qui lui avait valu quelque volée de bois rose via presse interposée et quand elle a caressé l'idée de s'attribuer une circonscription lilloise pour les législatives de 2007 (voir mon livre pages 319/324). On vit le sérail se soulever et la maire se faire lapider en public. Titine de Fer doit boire du petit lait. Mais c'est elle la chef maintenant !

En cas de malheur et d'alternance à Hénin-Beaumont, comment récupérer l'affaire à son profit et, par exemple, en faire un prétexte (et il y en aurait beaucoup) à recomposer le PS ? Pas évident dans le contexte actuel. D'autant plus que la fédé du Pas de Calais est la plus importante de France et que sa majorité, donc sa légitimité, est ultra-courte. Mais les lois de la politique imposent une réaction de sa part après dimanche. Ira-t-on jusqu'à une opération "mains propres " dans l'univers militant local?

MELANCOLIQUE AMBITION

Par Marc Prévost :: 26/06/2009 à 9:44 :: Chroniques de l Empire

Alors, jeune citoyenne, que vous inspire les derniers soubresauts de notre gouvernement ? Je ne disserterai pas sur la ronde des courtisans qui serpente dans les cours des palais de l’Empire et fait le quotidien des cabinets et salons du pouvoir. Les curieux miroirs du lointain et les petites boites ventriloques ont conté chaque instant des mille combinaisons et intrigues qui ont éprouvé les nerfs des inlassables impétrants, aussi nombreux que les poussins piailleurs d’un de nos grands poulaillers de Beauce. Comment se souvenir des visages empressés par la nouvelle comme celui d’un bourgeois égaré qui court derrière une roulotte à vapeur sur le départ, et des regards hagards tendus vers un perron de ministère comme l’enfant alléché par le sucre d’orge ? Las ! La rumeur vit ce que vit une flammèche de bougie sous la saute du vent.

Laissez-moi vous conter le destin d’Hippolyte de Foucauld, devenu par les grâces de sa Majesté impériale et les glorieux hasards de la politique, l’un des personnages les plus considérables du pays. De rang presque égal à celui d’un vice-chancelier, notre ministre ne revient pas bredouille de ce manège aux nominations qui émaille la vie politique de l’empire chaque fois qu’il faut disgracier les manchots et les paresseux ou, au contraire récompenser les dociles et, ne riez pas ma nièce, les capables. L’ancien échevin de Valenciennes hérite d’un maroquin vaste comme un portulan de navigateur. L’énoncé de ses attributions est telle qu’il faut une plume pour les noter. Pas moins de quatre secrétaires d’Empire pour l’assister dans sa noble tâche, et parmi eux, la marquise du Hainaut Colombe Des-Anges, dont il fut un des Pygmalions. Un titre et une épée de ministre-maréchal pour mieux affirmer son rang. Et une armée de hauts-commis pour alléger sa charge.

Voici vingt ans, le jeune Hippolyte naissait à la politique. Il s’emparait avec hardiesse et maestria d’une belle endormie, cette Athènes du Nord douloureusement alanguie au fond d’un Hainaut assiégé par la misère. Sous un air bravache sinon fièrot, il cachait une âme chavirée de mélancolie. Lui, le libertin mutin, haut comme un lutin malin, bercé par les flots du chagrin.

Féru des jeux de balle, il avait planté son étendard sur le colysée de la ville comme un cheval de Troie enfourché pour mieux investir la place. Avoué fortuné, il ne s’intéressait que fugitivement à la politique. S’il ne se conforma pas à ses codes, il apprit vite ses règles. Et quand il partit à l’assaut du conseil de la grande province, ce fut comme si une météorite découpait le ciel de ses adversaires. Vous savez l’issue de la joute. Les Natureux imposèrent Cosette Deschamps en lieu et place de l’Amiral Pierre Delannois, favori des jacobins et des Montagnards et d’Adrien d’Afchain, le champion des carlistes, au terme d’un tournoi épique où les ultras d’Ulrich Baer se prêtèrent à toutes les manigances. Le clan défait de Foucauld remonta à l’assaut six ans plus tard, mais les sirènes de la gloire s’étaient tues.

L’ancien avoué à la Cour de Paris ravala son amertume et croisa le fer dans les prétoires mais pour son compte. Quelques mauvais restes de louches affaires accrochées à ses basques et il eut toutes les peines pour se débarrasser des fielleuses insinuations qui coururent les bureaux des juges et le visaient intuitu personae. Enfin, le damoiseau sybarite convola en justes noces avec la belle Joséfa, étoile des curieux miroirs du lointain. Tous deux alimentèrent les gazettes du bon peuple par leurs escapades au royaume chérifien, si bien pourvu en ryads, étoffes berbères et narguilés. C’est le Roi Jacques qui le remit en selle au cours d’une de ces promenades provinciales qu’il affectionnait pour choisir une capaçité ou déterminer un talent. On avait chuchoté à l’oreille du monarque les oeuvres et l'esprit de l'échevin hennuyer dans sa bonne ville. Va pour la redingote de ministre de la Cité harmonieuse et de ses Faubourgs. Par là, le Roi Jacques voulait signifier l’inattendu triomphe de sa deuxième élection.

Le croiriez-vous, jeune citoyenne ? Eh bien, Hippolyte de Foucauld occupe toujours les mêmes palais. Et la chevauchée pour la Diète de Strasbourg des Natureux galvanisés par le prophète Anacharsius le fait paraitre encore plus brillant. Le jeune chevau-léger qui, tout sourire et quolibet aux lèvres, se plaisait à provoquer en duel le moindre passant est devenu un hoplite redouté qui semble tenir dans ses mains le destin de nos campagnes et de nos villes.

NON, NON ET NON !

Par Marc Prévost :: 26/06/2009 à 9:03 :: Le monde selon moi

Info Le Point. Déjà démentie, mais sait-on jamais ? Frédéric Lefebvre serait sur le point d'être nommé secrétaire d'Etat à la culture. Un tandem de choc avec le ministre en titre Frédéric Mitterrand (voir billets précédents). On sait le fidèle grognard du président en difficulté avec l'affaire André Santini, ejecté du gouvernement et dont il est le suppléant*, et l'impossibilité pour lui de récupérer le siège de député sans passer par la case élection partielle.

Or Lefebvre, s'il est un homme de l'ombre et de lobbying, n'est pas un élu de terrain et un affrontement avec un ou plusieurs contradicteurs ne lui garantit pas une victoire sur un plateau. Diantre, voir l'ami du président étrillé ça fait tâche ! Monsieur Santini, en délicatesse avec la justice, retrouvera une inespérée immunité parlementaire. Et Frédéric Lefebvre un beau poste qu'il guignait de longue date. Ce qui s'appelle sortir par le haut. Reste à savoir - si l'info se vérifie et certains pensent à une intox- de quoi le secrétaire par raccroc va s'occuper ("Télé Sarko", Mr Hadopi ? ) et comment il va border son territoire avec l'autre Frédéric. Mais que la politique est petite parfois.

* Et ceci explique cela. Pour faire entrer F. Lefebvre à l'assemblée nationale, on nomma A.Santini à la Fonction publique...

REDECOUPAGE : PREMIERE TRANCHE

Par Marc Prévost :: 25/06/2009 à 17:03 :: Région

Quelques chamboulements dans le projet de redécoupage à paraître au J.O.

Dans le Nord, pour équilibrer les 1 ère (Lille) et 2 ème circonscriptions (Villeneuve d'Ascq), on propose de transfèrer de l'une à l'autre une partie du canton de Lille sud-est. Et, pour résorber l'excédent de la 11 ème (Armentières-Lomme), de scinder le canton d'Armentières et d'en transférer une partie dans la 15 ème (Hazebrouck). De même, la commission suggère de redécouper la 23 ème circonscription (Maubeuge), la 12 ème (Dunkerque-Ouest) et la 18 ème (Cambrai), ceci pour réduire l'écart à la moyenne qui est de 122 155 habitants.

Dans le Pas de Calais. Trois circonscriptions sont déficitaires, deux sont excédentaires par rapport à la moyenne départementale. Il est donc projeté de transférer le canton de Vitry-en-Artois de la 2 ème (Arras nord et est) à la 1ère (Arras ouest et sud). Pour remédier aux déséquilibres de la 9 ème (Béthune) et de la 10 ème (Auchel-Bruay), soit il est transféré vers la première le canton d'Auchel, soit le canton de Noeux-les-Mines. Enfin, le canton d'Audruicq passera de la 7 ème ( Calais centre est et sud-est) à la 6 ème (Boulogne nord-est, Calais nord-ouest).

REFORME TERRITORIALE : HORTEFEUX POUSSE LES FEUX

Par Marc Prévost :: 25/06/2009 à 16:39 :: Le monde selon moi

Aura-t-on une réforme territoriale avant les élections régionales du printemps prochain ? C'est un des grands chantiers du président de la République qui en a confié la réalisation à Brice Hortefeux, le nouveau ministre de l'Intérieur et des collectivités territoriales. Et il n'est un secret pour personne que MAM n'était plus crédible aux yeux de l'Elysée sur ce dossier. Hortefeux constitue une équipe nouvelle chargée de faire avancer l'affaire le plus vite possible. Un texte pourrait voir le jour dès avant le 14 juillet pour une discussion devant le Sénat peu après la rentrée (et après passage en Conseil des ministres).

D'après les premières informations, le texte pré-projeté afficherait une ligne "dure", c'est-à-dire la création de conseillers territoriaux élus moitié par liste et moitié sur leur nom (mais d'autres options sont possibles). De même, un nouveau statut sera défini pour les grandes métropoles : communautés renforcées, voire statut départemental. Et l'on se penchera sur le toilettage sinon la réforme en profondeur de la fiscalité locale, en particulier la taxe professionnelle. L'automne législatif sera chaud.

Et il est évident que cette réforme s'inscrit sur fond d'élections régionales qui pourraient modifier le rapport de forces entre la gauche dominante dans la plupart des régions voire des départements et la droite en position de challenger après le scrutin européen et les difficultés du PS. A moins que l'on n'adopte cette réforme pour 2015, le paysage politique régional risque de changer dès avril prochain.

DEUX OU TROIS CHOSES...

Par Marc Prévost :: 24/06/2009 à 18:54 :: Le monde selon moi

- Brice Hortefeux à l'Intérieur : idéal pour préparer les élections régionales et présidentielles. C'est depuis la Place Beauvau que l'on scrute l'état de l'opinion pour le compte de l'Elysée et des cabinets gris qui préparent ces élections.

- Michel Mercier à l'Espace rural et l'aménagement du territoire: il était ni plus ni moins que le trésorier du MoDem et cacique de son parti. De quoi achever Bayrou ? Peut-être pas, mais l'intention y est.

- En mauvaise santé et mis en examen dans l'affaire de la Fondation Hamon, André Santini voit disparaître son maroquin de la fonction publique absorbé par son ministre de tutelle, Eric Woerth : problème si le maire d'Issy-les-Moulineaux veut retrouver son fauteuil à l'assemblée. Son suppléant s'appelle Frédéric Lefebvre, porte-flingue et homme de confiance de Nicolas Sarkozy trop heureux d'avoir un oeil de Moscou au Palais-Bourbon et ceci explique la promotion ministérielle de Santini. Qui n'a pas intérêt à démissionner et perdre son immunité parlementaire (voir plus-haut). Si ce dernier démissionne de l'AN, il y aura scrutin partiel*. Et là...nous verrons les qualités de Monsieur Lefebvre au feu d'une élection.

* On se souvient que le Conseil constitutionnel avait censuré en début d'année un projet de loi taillé sur mesure et qui aurait permis à F Lefebvre de rester député après démission de Santini. Le CC est présidé par J-L Debré, un chiraquien fidèle pas vraiment sarkozyste inconditionnel. Et deux de ses membres s'appellent V. Giscard d'Estaing et...Jacques Chirac.

MINISTRES : LES PILIERS ET LES SOLIVEAUX

Par Marc Prévost :: 24/06/2009 à 17:40 :: Le monde selon moi

Il y a deux sortes de ministres. Les piliers et les soliveaux. Les premiers sont indispensables pour étayer solidement un gouvernement. Sans eux, tout craque. Ils savent faire tourner une administration ou ils apprennent vite, ils font le job. On les retrouve dans tous les conseils qui se font et ils évitent les écueils de ceux qui se défont. Le remaniement d'hier illustre bien le postulat. MAM, Darcos, Hortefeux, Lagarde, Borloo, voire Bachelot, sans eux le gouvernement Fillon ne serait qu'un club de demi-sels de la politique. Ils sont des piliers. Delebarre a été l'un d'eux, Aubry aussi (gouvernements Cresson, Bérégovoy, Jospin), sans oublier Chalandon, nordiste en 1986 et garde des Sceaux sous Chirac II, voire N. Segard sous Giscard.

Les autres régionaux n'ont brillé que le temps d'un plus ou moins bref ministère avant de se prendre en pleine figure le battant du tourniquet* : Saïfi, Daubresse, Delevoye, Demessine, Hascoët, plus loin de nous Hostalier, Codaccioni, Vasseur, encore plus loin Le Garrec, Lengagne, Mellick même si ce dernier occupa plusieurs strapontins dans plusieurs gouvernements (Anciens combattants, Mer, Défense,...), Descamps, Durieux. La palme à Roger Poudonson, élu centriste du Pas de Calais, qui resta secrétaire d'Etat à la fonction publique sous Chirac I le temps de se rendre compte qu'il préférait rester sénateur pour neuf ans renouvelables ! ...

Ils furent les soliveaux de leurs équipes gouvernementales. Là pour décorer plus que pour soutenir. Ils émergent au gré d'une combinaison, éclosent d' un chuchotis d'éminences, naissent entre deux portes mais ne grandissent pas ou si peu sur les moquettes des palais qui en ont tant vu, de ces marquis d'une saison, employés à la politique cosmétique. Oh bien sûr, plusieurs d'entre eux brilleront sous les feux de la rampe et sous la férule d'un Darwin de la politique. Cette semaine, on repère un Luc Chatel, un Bruno Le Maire, sans oublier Eric Woerth ou V. Pécresse. Et huit nouveaux attirés par la lumière et pour se brûler les ailes. Huit autres retournés dans les limbes.

* Encore faut-il distinguer les couperets pour cause d'alternance et les renvois pour cause "politique" ou parce que le niveau d'incompétence est vérifié depuis trop longtemps. Ministre de l'agriculture depuis deux ans, Ph.Vasseur fut démissionné en 1997 après la victoire socialiste aux législatives. Il s'agit donc d'un renvoi institutionnel.

REMANIEMENT : CEUX DE CHEZ NOUS

Par Marc Prévost :: 24/06/2009 à 10:45 :: Région

Valérie Létard : ce n'est pas une promotion à proprement parler, puisqu'elle reste secrétaire d'Etat, mais la valenciennoise reste au gouvernement et sur un thème porteur dans l'opinion, le développement durable. Elle sera rattachée à J-L Borloo, ancien maire de Valenciennes, patron d'un grand ministère de l'écologie jusqu'au réchauffement climatique. Et comme l'on pronostique le maire de Valenciennes Dominique Riquet à la tête de la commission transports du Parlement de Strasbourg, l'on ne peut que remarquer l'ébauche d'une "dream team" valenciennoise dédiée au développement durable. En tout cas, cela renforce l'équation politique de Valérie Létard dans son challenge des futures régionales à la tête d'une liste NC/UMP. Ce que Borloo n'a pas fait à deux reprises (1992 et 1998) dans ses tentatives de conquête du conseil régional, Madame Létard sera-t-elle en position de prétendre le faire ?

Marc-Philippe Daubresse : candidat à tout mais finalement retenu pour rien. Le maire de Lambersart est familier du jeu des nominations. Déjà en 1993, jeune député, il laissait courir le bruit d'un strapontin dans le gouvernement Balladur, comme une prédiction auto-réalisatrice. A chaque formation d'un conseil de droite, son nom revient comme une boule de flipper. C'est J-P Raffarin en 2004, qu'il connaît depuis les jeunes giscardiens des seventies, qui le fera entrer au gouvernement pour 14 mois. On le pressentit pour le logement, son domaine de prédilection d'autant qu'il n'apprécie guère à titre personnel Christine Boutin qui était titulaire du maroquin, mais son nom fut aussi prononcé pour les transports et...l'outre-mer. Mais la nomination du jeune Benoist Apparu à ce poste, 39 ans (ex cabinets Darcos et Vautrin) doit lui faire prendre la mesure des choses de la politique comme de la course du temps.

J-L Borloo. Un des grands gagnants du remaniement. Boosté par la vague Europe Ecologie des européennes dont les stratèges UMP s'efforcent maintenant à canaliser vers la droite en vue des régionales. On le donnait partant pour la justice, il est toujours numéro deux du gouvernement. On le disait fatigué, le voilà requinqué. Avec quatre secrétaires d'Etat autour de lui alors que les contours de son ministère avaient été régulièrement remaniés depuis deux ans. En tout cas, l'ancien maire valenciennois est ministre depuis sept ans.

Un des plus beaux parcours pour un régional de chez nous. Avec Mauroy, Aubry et Delebarre. Il est vrai qu'à droite, les grands talents se comptent vite. Borloo doit se réjouir de n'être pas devenu "socialiste" quand on le pressait de choisir un camp il y a vingt ans après son hold-up de la mairie de Valenciennes. Pierre Mauroy, qui sait renifler les poulains doués, avait ainsi eu les yeux de Chimène pour le jeune poulbot parisien en un temps où le PS dont il était le patron, cherchait un deuxième souffle et à renouveler ses générations. Mais le karma de Borloo était apolitique à l'époque. Avant de virer centre droit.

DEBALLAGE PAS EMBALLANT

Par Marc Prévost :: 23/06/2009 à 21:42 :: Région

Pas content, Jean-Jacques Candelier que l'on mette en cause ses oeillades vis à vis du régime nord-coréen. Sur son blog (www.jeanjacquescandelier.fr), le député communiste de la XVI ème circonscription du Nord, fustige dans une lettre mise en ligne le billet de Florence Traullé, journaliste à NE, et qui se moquait de sa sérénade pro-PyongYang dans l'édition du 3 juin dernier (voir sur ce blog le billet : Les rejetons de Staline, également du 3 juin, je n'ai pas eu autant de sollicitudes...). De plus, le député orthodoxe reçoit le renfort de Jacques Kmieciak, journaliste indépendant*, et ancien pigiste à NE Lens, avec qui un violent conflit l'opposera sur fond de bisbilles entre organisations syndicales. Et qui se fend également d'une lettre ouverte assez saignante à la consoeur si peu révérencieuse (NE ne rime pourtant pas avec pamphlétaire) tout en réglant quelques comptes personnels et infligeant une leçon de déontologie : "...docile chienne de garde du Kapital et bonne élève de la bourgeoisie...", " "championne des Droits de l’Homme » à géométrie variable",...La fustigeuse fustigée.

Question : un tel échange - qui en dit long sur l'état des relations humaines dans le monde du travail et de la presse - serait-il possible en Corée du Nord ?

*Ancien responsable du SGEN-CGT, puis exclu de la CGT. Ancien responsable de l'union locale de la Confédération nationale du travail. Il a fondé l'alliance Rouge et Noir en 1992, afin de faire travailler ensemble communistes et anarchistes (selon VDN). Très impliqué dans la défense de la mémoire de la mine.

HENIN -BEAUMONT : LE TRIANGLE INFERNAL

Par Marc Prévost :: 23/06/2009 à 19:16 :: Région

Que vont décider Pierre Ferrari, le candidat officiel du PS, et Daniel Duquenne en rupture avec son parti et candidat "libre" à la tête d'une alliance républicaine ? Le sort de la ville d'Hénin-Beaumont dépend d'eux. Car, selon un sondage IFOP-Voix du Nord mené les 19 et 20 juin à paraître demain, une triangulaire au second tour serait fatale pour les deux candidats devancés par le tandem Briois/Le Pen avec 37 % contre respectivement 32 et 31 %. Alors qu'une liste d'union de la gauche et du centre emmenée par Pierre Ferrari récolterait 52 % contre 48 % au duo FN.

Le sondage ne dit rien sur une hypothèse de duel au second tour FN/ Daniel Duquenne, plausible avec seulement un point d'écart selon les chiffres du premier tour : 19% pour P. Ferrari et 18% pour D. Duquenne ! Et d'ici dimanche, le sondage peut également faire renoncer certains candidats et grossir les intentions de vote de tel ou tel camp.

CHAPEAU, L'ARTISTE !

Par Marc Prévost :: 23/06/2009 à 16:34 :: Le monde selon moi

Comment continuer l'ouverture, cette brèche dans le réduit socialiste, tout en rénovant les cadres du monde de la culture quelque peu bousculé après le pataquès hadopi toujours sur le gril législatif et pourvoir un ministère quasi régalien aussi chargé de symboles ? Nommer Frédéric Mitterrand, un nom qui rassemble toutes ces qualités et qui est gage à la fois de surprise, donc de maitrise de l'opinion, et de polyvalence. L'homme est écrivain, homme de télé et de cinéma, bientôt ex-patron de la Villa Médicis et son patronyme évoque une bonne partie de l'histoire récente de la gauche. On est dans le symbolique et c'est cela qui compte. Mission : devenir le Jack Lang de la droite...

Lui, le neveu de l'ancien président de la république, qui aimait tant raconter les cours des rois et des princes va pouvoir étudier le bocal de près. In vivo. Tout cela, Nicolas Sarkozy et ses conseillers le savent fort bien, comme ils se sont souvenus que le candidat avait appelé à voter Chirac en 1995 (Sarko était pour Balladur ! )ou avait milité chez les radicaux de gauche. Comme prise de guerre*, on ne fait pas mieux. Chapeau l'artiste !

* On attend les réactions des chefs du PS et celle de Jack Lang, par exemple. Il semble peu plausible que F. Mitterrand ait confirmé ce matin sa nomination - prévue demain sinon ce soir- sans l'aval de l'Elysée.

HENIN-BEAUMONT : RIEN NE VA PLUS !

Par Marc Prévost :: 23/06/2009 à 11:27 :: Région

Bien malin celui qui peut deviner le résultat du premier tour à Hénin-Beaumont dimanche prochain. Une gauche éparpillée (voir billets précédents), une droite réduite à la portion congrue, un Front national conquérant. Le débat de samedi sur le plateau de France 3 Nord-Pas de Calais/Picardie n'a pas apporté de début de réponse.

Sinon que les participants cherchaient à se refiler fébrilement le mistigri de la gestion d'avant, celle de Pierre Darchicourt, l'ancien maire socialiste qui refait surface dans la compétition actuelle, et surtout celle de Gérard Dalongeville, l'homme par qui le scandale est arrivé (voir billets précédents), tus deux liés de près à l'appareil fédéral qui les a longtemps soutenus. On se lançait à la figure qui une plainte début 2002 qui une dénonciation l'année précédente ou l'année d'après pour mieux se démarquer du mauvais exemple et prouver sa bonne foi. Assaut de "plus blanc que blanc".

Pour affirmer un leadership local sur la gauche et pousser leur avantage après des européennes réussies, les écolos viennent en force soutenir leur candidate, Régine Calzia, qui promet de demander des comptes en justice si alternance il y a d'ici quelques jours. Rien moins que José Bové, Cécile Duflot, Hélène Flautre et Noël Mamère, le star system est une méthode chez les Verts ! Et puis si la chance leur sourit, rassembleraient-ils la gauche pour le tour final *? L'investissement en vaut la peine.

Au PS, on attend les résultats du premier tour pour dégainer la grosse artillerie avec les têtes d'affiche et les leaders régionaux qui entonneront le chant des partisans d'une gauche républicaine et humaniste contre la "peste brune" (Pierre Mauroy connaissait par coeur le cantique quand il s'adressait à son contradicteur Bruno Chauvierre, passé au FN vers le milieu des années 80). Mais comment galvaniser l'électorat de gauche ? Les vieilles rancunes empêcheront-elles le ciment de l'union ? L'électorat habituellement de gauche aura-t-il le réflexe souvent observé - ainsi dans les quartiers populaires des métropoles, dont Lille- de sanctionner le leader naturel de son camp en votant pour les extrêmes puis de revenir au bercail au second tour ? Problème : il y a beaucoup de listes à gauche ! Tout reste possible pour qu'Hénin-Beaumont ne rejoigne pas la liste des villes qui furent contrôlées par le FN (Marignane, Toulon, Orange, Vitrolles). Mais si le tandem S.Briois/M. Le Pen dépasse les 40 % dimanche soir, ce sera compliqué.

Qu'on ne me demande pas de pronostic. Mais s'il y avait des paris à jouer à l'instar des bookmakers anglais, certains feraient fortune !

* La preuve : le meeting de demain mercredi se tient à la salle F. Mitterrand !

LE REFLET DES AMES

Par Marc Prévost :: 19/06/2009 à 20:00 :: Chroniques de l Empire

Depuis quelques semaines, notre Grand-Duché bruit de ces nouveaux sons et images amenées par le vent et qui font la joie des familles dans les foyers et les chaumières. Notre bon peuple, jeune citoyenne, y trouve une belle distraction après le labeur des champs et c’est encore couvert de la sueur de l’atelier que, toutes affaires cessantes, l’artisan plonge son regard, ou le bourgeois de retour de sa promenade de boulevard en oublie son couvre-chef, ou bien est-ce le gentilhomme, aussi étonné qu’un enfant devant le jouet agité sous son nez dès les images magiques en mouvement. Mais les curieux miroirs du lointain ne sont plus l’apanage de la capitale. Figurez-vous que, par chez nous, deux maisons de miroir se sont mises en tête de nous émerveiller. La première est liée au Véridique du Septentrion, la grande gazette de la province, que les notables et titulaires de charges feuillettent fiévreusement avec un intérêt fait de crainte et d’agacement, tant l’avis indisposant ou la ligne malveillante peut leur être fatal à l’heure d’un concours de fief ou d’une désignation.

Alors que dire à la pensée d’un miroir du lointain ! Il en est de ceux-ci comme d’une glace sans pitié que l’on ne saurait apprivoiser, tels ces chevaux noirs tatars dont on dit qu’Attila le Hun lui-même avait renoncé à les dompter. Est-il si étonnant de retrouver parmi les instigateurs les noms d’Ernest de Coquelin, le cardinal duc de la Province, Fulgence de la Ribaudière, le grand-comte de Flandre et du Hainaut, Barnabé Babaussart, celui de l’Artois et de la Côte, tous ont ouvert leur cassette pour abonder la jeune affaire. L’aréopage jacobin au quasi complet, ma nièce.

Et, pour tirer les ficelles des reflets qui agrémenteront les soirées de nos jacques et manants, et les soupers de nos seigneurs comme du potinage de leurs valets et gens d’apparat, une escouade d’anciens gazetiers et courrièristes sont assujettis. A peine les premières images apparues, la rumeur s’amplifia. Le miroir était médusé. Comme séduit par la trempe de ses sociétaires, magnétisé par le prestige de ses apporteurs, stupéfié par l’ascendant des nobles noms.

L’autre a été conçue dans le sein de la guilde des marchands et manufacturiers qui, elle aussi, tremble parfois devant les soubresauts de l’opinion et s’attache à attirer à elle les bonnes grâces du peuple et ses croyances aimables. Je vous ai déjà éclairée, jeune citoyenne, sur les fortunes et malheurs d’Horace Serniclet ou de César de Chasseneuil, deux figures considérables qui dominent l’état du travail et de l’industrie. Le premier est un esprit touche-à-tout qui ouvre sa porte avec candeur mais tempérament et donne son avis sur tout et rien. Son habileté rime avec ses aménités. Le second prise le calme des cabinets secrets où l’on échafaude théories et calculs, et invente plans et manoeuvres pour parvenir à ses fins et accomplir un projet. Une puissance qui procède de l’influence. Comment penser qu’ils ne veuillent point fasciner l’honnête maison de miroir offerte à leur volonté ?

Pour les deux coteries, c’est le qu’en dira-t-on qui persécute et l’ouï-dire qui taraude! Ces deux mondes-là sont aussi éloignés l’un de l’autre que le chant sacrilège sans-culotte en une taverne de faubourg d’un cantique dévot de la paroisse de La Treille. La maitrise des sentiments du peuple est une bataille de tous les instants. Jacobin ou manufacturier, la petite musique de ces miroirs qui endort la vindicte et détourne la rancune est l’objet de toutes leurs attentions. Que voilà un tyran, jeune citoyenne, dont on devine qu’il a déjà gagné les âmes de ceux qui s’emploient en vain à le dominer !