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Marc PrévostChronique impertinente de la vie politique dans le Nord Pas-de-Calais

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LA LEçON BELGE

Par Marc Prévost :: 05/09/2008 à 23:16 :: Le monde selon moi

Je viens de verser une larme devant le formidable spectacle d'une Belgique honorant ses athlètes lors du mémorial Ivo Van Damme, du nom de ce coureur de 800-1500 mètres double médaillé d'argent aux J.O de Montréal en 1976 et qui se tua en voiture peu après. Ce soir, tout un pays a rendu hommage à Kim Gevaert, vice-championne olympique du 4 X 100, qui tirait sa révérence au terme d'une carrière belle comme une légende. Tia Hellebaud, championne olympique de la hauteur, qui prend le relais de Kim dans le coeur des Belges, Usain Bolt, l'éclair de Jamaïque, qui dansait autre chose que le reggae, l'américaine Lolo Jones, championne olympique du fair-play après sa défaite sur 100 mètres haies,...les Belges aiment le sport, aiment l'athlé,...ferveur, communion, émotions vraies. Ca donne envie d'être belge. Il y a trois mois, c'est la joueuse de tennis Justine Hénin qui prenait sa retraite. Pourrait-on vivre cela en France entre un coup de boule de footballeur, un contrôle antidopage de cycliste et un psychodrame de nageuse ? Nous admirons nos sportifs, nous ne les aimons pas vraiment. Pas de grandiloquence fébrile à la chinoise, pas de tranquille arrogance à l'américaine, encore moins de perfection artificielle à la soviétique (je pense aux J.O de Moscou en 1980) ou de mimétisme déplacé comme les JO australiens de 2000. J'aime quand les petits pays montrent qu'ils aiment bien plus qu'un sport. Et si leurs sportifs étaient la meilleure chance de la Belgique de rester la Belgique ?

BRAQUAGE A L'ANGLAISE

Par Marc Prévost :: 05/09/2008 à 17:13 :: Séquence Ciné

La bonne nouvelle de l'été. Un film musclé, tonique, actif, rythmé, drôle,...tout ce qu'il faut. "Sex, action, violence, love,..." disait Samuel Fuller quand on lui demandait de définir un bon film. C'est le cas avec ce "Braquage à l'anglaise" qui m'a rappelé "Les Frères Krays" sur la pègre anglaise des années soixante.

LA LOI DU SILENCE

Par Marc Prévost :: 05/09/2008 à 9:10 :: Général

Finalement, rien n'aurait changé au sein de la galaxie Mulliez. J'ai commencé à bosser à une époque où l'on présentait le groupe (pardon, l'association familiale...) comme un Fort Knox super blindé et rigoureusement étanche à toute tentative d'information ou d'explication. Les journalistes étaient -poliment mais fermement- reconduits à la frontière d'un pays qu'ils n'auraient jamais dû essayer de pénétrer, quasiment qualifiés d'intrus ou de clandestins. Je dois avoir reçu moi-même trois ou quatre lettres recommandées de l'état-major parce que j'avais osé m'immiscer dans le fort complexe echeveau des intérêts patrimoniaux de la famille, révéler les contentieux sur la participation maison, ou dévoiler un projet d'implantation d'hyper. Et l'on ne compte plus les pressions amicales exercées sur la presse locale dès que l'on touche au "groupe" ("Non, non, l'association, on te dit..."), ainsi quand on a voulu expliquer dans quelles conditions techniques une implantation s'était effectuée. Tout juste avait-on le droit d'écrire que Auchan c'était les meilleurs, Gérard le plus beau et les salariés partageaient le savoir, le pouvoir et je ne sais plus quoi...la mémoire, non ? Du coup on écrivait rien et pas grand-chose ne filtrait sur le groupe ( non, non, comment dit-on déjà ? ). Ils contrôlaient la situation et c'est ce qu'ils voulaient.

Le retrait de la vente du livre de Bertrand Gobin* est plus qu'une anecdote : on comprend que le naturel est revenu au galop car même si le livre (plus de 20 000 exemplaires) s'est vendu pendant deux ans, c'est un signal lancé à tout ceux qui voudraient éclairer la pénombre du système et de l'empire, mutatis mutandis, cela rappelle le bras de fer Clearstream/Denis Robert. Les tribulations de mon confrère montrent qu'il est décidément difficile de se convertir soi-même. Il y a une douzaine d'années, on a pu espérer qu"ils" avaient reçu la grâce de la transparence en reprenant Docks de France (Attac, Mammouth,...), une entreprise cotée, ce qui exigeait de livrer au public (horresco referens ! ) quelques chiffres somme toute anodins. Certains avaient peur d'un contrôle ISF mais l'accueillante Belgique et son absence d'impôt sur la fortune les attendait les bras ouverts depuis longtemps déjà. Le service com' et les boites d'attaché(e)s de presse prolifèrent autour des enseignes, mais c'est pour la Bonne Parole, pas question de sortir des clous. Bernique ! Le rideau de fer retombe brutalement quand le besoin s'en fait sentir. Reste la formidable et indiscutable épopée d'un groupe ("tu le fais exprès ?") créateur de richesses et d'emplois.

* Le Secret des Mulliez, édité à compte d'auteur tant les pressions furent menaçantes vis à vis du monde de l'édition. Il s'agit au départ d'un contentieux privé entre l'auteur et son associé sur un livre qui dérangeait le système Mulliez par ailleurs. Qui a profité de l'aubaine d'un procès pour harceler l'auteur contraint par la même décision de fermer son site.

PERES ET IMPAIRS

Par Marc Prévost :: 04/09/2008 à 8:49 :: Le monde selon moi

Mademoiselle Dati, Garde des Sceaux, est enceinte. Et la réforme de la justice a avorté.

UN ELEPHANT, CA SE TROMPE

Par Marc Prévost :: 02/09/2008 à 15:18 :: Le monde selon moi

John Mac Cain doit se mordre les doigts de ne pas avoir choisi quelqu'un d'autre comme colistier. La "mésaventure" qui frappe sa colistière, Sarah Pallin, dont la fille mineure est enceinte de cinq mois risque de lui aliéner cette frange de l'électorat conservateur sensible aux idées de ce que l'on a longtemps appelé la Christian coalition, hostile à l'IVG et aux relations sexuelles avant le mariage. Electorat pro-vie sur lequel il comptait pour remonter son retard dans les sondages. On pourra avancer que l'opération du Saint-Esprit devait être connue et de la mère -gouverneure de l'Alaska- et de l'état-major républicain et qu'il est parfaitement possible qu'il s'agisse d'une manoeuvre pour tenter de mieux récupérer l'opinion convoitée. "Nous n'irons pas jusqu'à l'IVG, nous respectons la vie" disent-ils en choeur, via la blogosphère rapidement enflammée sur un tel sujet. En se victimisant, ils stigmatisent ces valeurs laxistes et trop libérales qui sapent les fondements de l'Amérique et se...refont une virginité.

Mais il eut été tellement plus simple de demander à Bobby Jindale, le gouverneur de la Louisiane, d'entrer dans le ticket républicain. D'origine indienne, classé réformiste, il représente parfaitement ces minorités éthniques dont a besoin Mac Cain pour contrer Obama sur son terrain. Et l'ouragan Gustav lui offre une occasion irremplaçable d'apparaître dans les médias et de porter un message de solidarité nationale tout en se démarquant de la déplorable posture qu'avait eue George W. Bush quand Katrina avait dévasté le sud du pays. Ce qui s'appelle surfer sur l'événement de l'ouragan. Naturellement, pour ne pas s'attirer le reproche de l'opportunisme, il fallait désigner Jindale il y a quelques semaines avant que Gustav ne pointe son nez. De quoi redorer plus facilement le blason du parti de l'éléphant et cultiver le rêve américain plutôt que miser sur une éventuelle réaction de l'électeur conservateur aux prises avec le diable de la chair. Mais le gouverneur de la Nouvelle Orléans est un homme. Le camp Mac Cain a préféré investir sur une femme d'obédience très conservatrice avec le calcul risqué que l'on sait. Les Reps ont peut être commis leur première grosse erreur.

L'AVIS DE PATRICK

Par Marc Prévost :: 02/09/2008 à 10:29 :: Général

Ce que disent de vous vos adversaires est toujours très éloquent. L'avis de Patrick Devedjian, patron de l'UMP, sur l'éventuel succès de Martine Aubry au PS vaut son pesant de conjectures. On peut raisonner ainsi : s'il avoue la redouter autant pour stimuler sa candidature dans le camp socialiste, c'est qu' à l'UMP on en a pas vraiment peur et que la maire de Lille est la meilleure adversaire d'un Sarko - ou un autre- qui rempilerait dans quatre ans. A l'UMP on mise sur l'image encore fânée de la dame des 35 heures pour lui faire la peau lentement et sûrement d'ici 2012, elle candidate déclarée pour l'Elysée ou premier secrétaire du parti socialiste. On souhaite donc sa victoire rémoise en novembre prochain.

A moins que Devedjian ne fasse cavalier seul et ne coupe l'herbe sous le pied d'un Sarko qui l'a disgrâcié cette année (voir le fiston Sarkozy imposé dans son département des Hauts-de-Seine). Sincère sur les chances d'une Aubry figure de proue de la gauche, il en profite pour jeter une pierre dans le jardin présidentiel et en même temps alerter son camp. Louange calculée ou hommage imprudent ?

ESPRITS DE FAMILLES

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 17:09 :: Général

A droite, on distingue généralement deux lignées au sens littéraire des situations. Celle du vicomte -Chateaubriand, ce grand paon national comme disait Julien Gracq- qui inspire la démocratie chrétienne et la plupart des libéraux, sinon des pans entiers du légitimisme, empreinte de romantisme ("Levez-vous vite, Orages désirés !") et de foi spirituelle mise au service du monde dans une sorte de synthèse entre l'ancien et le nouveau, l'aristocratie et la démocratie, car "L'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes ». Dieu et la République. Nos morts et le monde qui vient. La Révolution, pourquoi pas ? Une monarchie constitutionnelle, oui, mais la Terreur, non !

Et celle du consul -Stendahl, dont les personnages sont comme des "bêtes de proie qui vont à la chasse avec les armes de la civilisation" remarquait Paul Bourget- qui influence les bonapartistes, du Consulat et du Second Empire aux gaullistes, faite de religion de l'action et de culte de la réussite, de machiavélisme tempéré de morale pas forcément laïque, d'élans et postures de droite contrariées par des convictions de gauche, d'un hédonisme assumé jusque dans la conquête et l'exercice du pouvoir, même si les beylistes insistent justement chez lui sur la recherche éperdue du bonheur par l'art et l'amour, mais nous parlons des personnages pas de l'auteur. René pour les uns, Fabrice Del Dongo pour les autres. Le premier, face aux mystères des passions et aux hasards insaisissables qui détournent et pétrissent les âmes, se fait une raison et embarque pour l'Amérique. On croit reconnaître un François Bayrou. Le second, comme de Gaulle, comme Clémenceau, se retire du monde après avoir tenté de le changer sans essayer de rassembler les morceaux épars de son idéal fracassé. A droite, ce sont des tempéraments qui prennent le pas sur les idées et qui font les destins.

Et à gauche ?

Il existerait deux lignées. Celle du prophète, tout d'abord. De ces grands guides qui ont montré le chemin de l'esprit sans emprunter le sentier qui mène au Capitole. Qui ont exercé un pouvoir spirituel sans franchir le gué du pouvoir temporel. Qui ont étreint le coeur des foules sans se saisir du sceptre pour les gouverner. Qui, enfin, ont écrit leur grimoire sans éprouver ensuite leurs idées au grand laminoir des réalités. Jules Guesde appartient à cette lignée. Jaurès aussi. Et leur antagonisme partisan contemporain, crucial pour la gauche, n'altère pas la démonstration. Pas plus que leurs mandats de représentants somme toute secondaires à l'aune du temps et à l'épreuve des faits. Que retient-on de Guesde ? L'acclimatation théorique du marxisme en France. De Jaurès ? L'horizon d'une autre voie pour un socialisme perçu comme désormais possible. Aucun des deux n'entra dans l'Histoire de son pays le front ceint de leurs idées restées programmes et cantonnées dans l'imaginaire du politique. Ils appartiennent certes au Panthéon de leur camp. Idem pour les communistes, longtemps favoris, jamais gagnants, arc-boutés comme leur frère ennemi socialiste sur le socle d'un parti fort comme le roc, et qui s'inscrivent dans une lignée prophètique, façonnés par un Sartre ou un Aragon par exemple, et dont les incantations émotionnelles voire mystiques ont entêté des générations de militants et d'élus. Dans une moindre mesure, un Jospin, un Fabius, une Aubry, engendrés par leur famille politique, qui ont conduit les affaires de l'Etat sous la tutelle de leur parti, vérifiant sans cesse leurs actes avec les Tables de la Loi, affichent cet ADN.

La lignée du berger est tout autre. Ses descendants ont su -ou pu- passer à la postérité avec les armes et les bagages de leur expérience du réel. Blum est le premier d'entre eux. A la différence de ses deux prédécesseurs, issu d'une bourgeoisie littéraire, il n'a jamais investi l'espace partisan pour ouvrir sa propre voie. Et il est devenu ce qu'il était. Le prêtre de ses ouailles, qui les entraîne et les guide, les éduque et les rassemble, en même temps que tuteur de la SFIO, bien obligée de s'adosser au premier rôle du Front Populaire. Mitterrand, lui aussi grandi en dehors des jeux d'appareil, n'est pas un produit partisan. Formaté par lui-même, macéré dans son milieu d'origine fleurant bon la province bourgeoise des producteurs de cognac des années vingt, vivant ses engagements successifs comme une enfilade d'aventures, il a conçu un appareil pour le servir dès que Eole, le dieu du hasard, lui en fournit l'opportunité. On peut rattacher les rameaux Rocard et Ségolène Royal à cette généalogie.

Avec Mendès, les choses se compliquent. Pas vraiment de gauche au sens de la famille, radical, pièce rapportée, comme une bouture de serre que l'on admire et jalouse en marge de la pépinière. Vraiment pas un doctrinaire, réaliste chaque jour et cultivant parfois à l'excès l'art du possible, voilà son idée forte. Camus ? Va pour l'auteur de La Peste. Ce pragmatisme de Mendès qui est sa marque de fabrique est aussi son évangile. Lisez les jeunes ambitieux socialistes actuels. La moitié se réclament du maître en morale politique, comme d'un anti-cynique, le meilleur antidote aux mauvaises pensées prélude aux mauvaises actions. A la fois prédicateur et pasteur. La chaire du mandarin et le bâton du pélerin. Il est à la confluence de deux fleuves, de ces deux influences qui dessinent les destinées à gauche.

A quelle lignée, le prophète ou le berger, se rattachera le prochain numéro un du parti socialiste ?

POUR QUI VOTE GUSTAV ?

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 16:34 :: Le monde selon moi

La campagne américaine vient de 'accueillir un invité-surprise en la personne de l'ouragan Gustav. John Mac Cain, le républicain, se voit obligé d'annuler l'essentiel de sa convention. Barack Obama revoit dans l'urgence ses plans de com'. Le premier songe à un Téléthon en faveur des familles jetées sur le chemin d'un exode forcé. Le second tremble à l'idée de perdre le crédit d'image après son Obamashow de Denver. Tous deux sont obligés de réagir. Rien de pire que l'immobilisme dans une telle situation. Et si on bouge, il faut être pertinent. Pas de droit à l'erreur sur un tel sujet. Le souvenir de la tragédie Katrina qui a ravagé la Nouvelle-Orléans est désormais dans l'inconscient américain et le conscient des électeurs qui ne sont pas prêts d'oublier l'inertie de George W. Bush qui avait tant -et justement- choqué l'Amérique. Gustav, lui, commence à souffler le chaud et le froid sur une campagne qui brille par sa démesure et son incertitude.

SIGNE DORO

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 16:26 :: Général

Le microcosme retient son souffle...Après les bonnes feuilles du livre de Martine Aubry joliment intitulé "Et si on se retrouvait...", aux Editions de l'Aube et largement diffusées dans la presse nationale et régionale, et celui d'Elise Ovart-Baratte, chez Calmann-Lévy, secrétaire de la section socialiste du Vieux-Lille, sur le phénomène ciné Bienvenue chez les Cht'is dans lequel l'auteure égratigne au passage la subvention accordée par le conseil régional à la promotion du film, on attend l'opus de Dorothée Da Silva ancienne adjointe de Martine Aubry, débarquée sans ménagement en avril dernier après un petit psychodrame qui signifie bien les moeurs politiques. Question : les médias locaux et nationaux y accorderont-ils autant d'importance* ?

* "Le Petit Théâtre..." n'en a pas eu autant...Mais je ne me plains pas.

LA HAINE TRANQUILLE

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 12:13 :: Général

Entre l'aristo énarque et le prof du technique, le courant n'est jamais passé. Question de style évidemment, mais leurs trajectoires respectives les a toujours séparés ou plutôt ne les a jamais rassemblés. Fabius ministre du Budget ne cessait de tacler Mauroy Premier Ministre, souvenons-nous du psychodrame de 83 : sortir ou pas du serpent monétaire européen. Fabius poulain de Mitterrand prenait un malin plaisir à contourner Matignon/Mauroy. On se souvient comment Fabius a imposé le sauvetage de l'imprimerie de la Chapelle Darblay, sise dans son fief normand, en ouvrant toute grande la pompe à finances publiques, ou comment il a lancé la force publique contre les grévistes, au grand dam de Pierre Mauroy qui en avait bien assez avec la colère des sidérurgistes et des mineurs. Lolo a succédé à Pierrot rue Varennes et ne s'est pas privé de critiquer l'action de son prédécesseur.

Puis Fabius a disputé le trône des socialistes contre Mauroy, en particulier lors du congrès de Rennes dont l'échec pèse toujours au PS. Un échec que Mauroy attribue à Fabius. Qui mordit la poussière à deux reprises avant de conquérir ce qui devait faciliter, pense-t-il, la succession de son père en politique. Un an plus tard après la débâcle des législatives de 1993, c'est Rocard, avec l'appui des mauroyistes qui s'empare du parti socialiste et en chasse Fabius. Mauroy a souvent fait cause commune avec Jospin que Fabius déteste, une haine inextinguible qui trouva un sommet au congrès de Rennes en 1990. Fabius et Mauroy. Ou l'impossible amitié de deux grands fauves faits pour se déchirer. Il n'est donc pas étonnant que Pierre Mauroy fustige le rapprochement entre les fabiusiens et celle qu'il a choisie pour lui succéder dans la métropole lilloise. Le "non" au référendum sur le TCE de 2005, pierre d'achoppement entre les ouistes et les nonistes et qui ronge le PS, n'explique pas tout.

REVUE DE TROUPE

Par Marc Prévost :: 01/09/2008 à 9:06 :: Général

Le petit Théâtre de Pierre Mauroy/Martine Aubry ne s'est pas vraiment arrêté pendant l'été, congrès du PS oblige. L'année theâtrale qui s'ouvre s'annonce donc sous les meilleures auspices. Revue de troupe.

Titine de Fer. Tout l'été, elle a poussé ses pions et préparé l'université d'été de la Rochelle en prévision du congrès de Reims. La lutte est sans pitié, elle s'achèvera en novembre, sans merci. Question : quel que soit le vainqueur de l'empoignade, dans quel état se retrouvera le PS ? Le parti de Jaurès attend son Obama, aura-t-il un Mac Cain de gauche ? On en reparlera.

Pierre Mauroy. Sa récente jérémiade sur l'improbable axe Fabius-Aubry montre qu'il a retrouvé toute sa verve après sa douloureuse mise en examen pour emploi fictif présumé juste au début de l'été. Il entend peser de tout son poids dans ce qui est son dernier combat. Et pouvoir dire qu'il a remis "son" parti sur les bons rails, ceux de la victoire en 2012.

Guy Delcourt. Le député-maire de Lens a pris la machine à remonter le temps. En dénonçant l'OPA de la fédé du Nord sur le Pas de Calais pour faire serrer les rangs derrière la candidature de Martine Aubry rue de Solférino, il retrouve les accents qui faisaient se dresser les chefs du Pas de Calais contre l'hégémonie des caciques nordistes sur toute la région. "Guérilla urbaine et rurale", les termes sont choisis pour choquer et raviver des plaies mal pansées. A l'époque, les blasphémateurs s'appelaient Pierre Mauroy et Michel Delebarre. Guy Delcourt, en bon jospiniste patenté, défend la candidature de Bertrand Delanoë. Et porte le fer dans la candidature Aubry tout en rejoignant le front critique animé par le nordiste Pierre Mauroy et sa collègue Marie-Noëlle Lienemann, proche de Benoît Hamon. Etonnante ruse de l'histoire !

Daniel Percheron, patron du conseil régional, homme du Pas de Calais, et Serge Janquin, celui de la fédé du Pas de Calais, font les frais de cet assaut. Stigmatisés comme traîtres à la cause du département puisque ralliés à Aubry-du-Nord, ils restent discrets. Perch' s'est pris un missile pendant l'été avec la publication d'un livre dénonçant son soutien financier à la promo du film de Dany Boon sur les Cht'is. Une charge signée par une militante socialiste lilloise ! A l'évidence, le conglomérat aubryste régional n'est pas encore bien soudé et réserve des surprises.

Marc Daubresse. Fidèle à ses habitudes, et en boudant la fête républicaine du 14 juillet, le député-maire de Lambersart est allé méditer au soleil méditerranéen (deux mois !) ses cuisants échecs de 2008 et y bronzer la mélancolie qui l'a envahi. "Il est atteint" confie un membre de son entourage. Quelles perspectives pour lui dans les années qui viennent ? Un long tunnel dans l'opposition à la communauté urbaine, des portefeuilles ministériels qui, dit-il, se sont envolés et il sait qu'il a passé son tour pour longtemps, un strapontin à l'UMP où il s'ennuie, une mairie où il a pu mesurer les limites de l'amitié et d'un management improbable. Il devrait accepter la belle sinécure à la tête de Voies Navigables de France.

Sébastien Huyghe. Il a multiplié les coups de canifs dans la gestion Aubry tant à la mairie de Lille qu'à la communauté urbaine. Pas sûr que Titine de Fer y trouve l'occasion de rouiller. Mais Séb' maintient le contact avec l'opinion et doit d'ores et déjà s'inquiéter pour sa circonscription qu'il a conservé d'une courte tête l'année dernière.

SEQUENCE D'ETE

Par Marc Prévost :: 04/08/2008 à 12:32 :: Général

- "Tu n'as pas tout dit dans ton bouquin, écrit plutôt, hein, trouillard de Marco !".

Avec son grand sourire irradiant et torride qui fait paraître le réchauffement climatique pour une aimable plaisanterie, une autre amie m'apostrophe de cette phrase sans ambiguïté.

- Non, je n'ai pas tout dit de ce que j'ai vu, ni ce que pas mal de gens savent d'ailleurs, au sein d'un milieu, d'une coterie, d'un microcosme. Pas simple. Il y a une sorte de menace feutrée qui rôde, les pressions, les anathèmes, les mensonges pour égarer...Mais le pire c'est...

- C'est... dis, dis,...vite...

- Certains hommes politiques, ou patrons, mentent -plus souvent par omission en fait - sans s'en rendre compte. Cela est devenu machinal chez eux. Certains m'ont envoyé lettres et mails pour me faire -gentiment, et je loue leur courtoisie- comprendre que certains qualificatifs ou raisonnements relevaient de la pure interprétation personnelle. Certains sont très subtils. Ils vendraient du sable à un Bédouin en plein désert. Or certains faits ou jugements les concernant sont avérés par leurs propres déclarations ! D'autres le sont par plusieurs témoignages dignes de foi dont l'objectivité ne peut être mise en doute. Mais voilà, leur entourage leur bourre le mou et ils n'ont plus de bon sens. Le premier mandat, les premiers sourires enfarinés des collaborateurs et des courtisans, les portières qui claquent, l'ivresse de l'autorité, le rite du parapheur dont l'épaisseur jauge l'importance du grand homme...Le diable est à l'oeuvre ! Ce n'est pas de la mauvaise foi en fait, c'est bien de l'aveuglement sur soi-même. L'un m'a même reproché d'avoir écrit quelque chose alors que je ne l'avais pas écrit...Preuve qu'on a du mal l'informer. Je me demande si le suffrage universel direct n'a pas le même effet que le LSD ! Sans compter qu'une telle ivresse conduit à ne plus distinguer les bornes légales qu'il ne faut pas franchir. Du coup, il n'est pas simple de bosser sur des personnages qui ont une telle idée d'eux-mêmes.

- Mais tu t'es sacrément retenu non ?

- Et comment ! En plus, je n'aime pas blesser les gens pour le plaisir. Comme une forme d'autocensure. Mais leur ego c'est autre chose. Encore une fois, le suffrage des concitoyens - et ce qui suit, les photographes, les interviews, les colifichets qui vont avec l'exercice du pouvoir- c'est plus fort que le crack. Je comprends que certains amours-propres aient été égratignés. Comme une descente de speed.

- Donne-moi des exemples de ce que tu n'as pas dit.

- Hmmm...je ne citerai pas de nom. Mais il y a une quinzaine d'années, peut-être plus, la vice-présidente d'une importante collectivité territoriale du Nord-Pas de Calais avait demandé - oralement et discrètement- la rénovation à grands frais d'un logement de fonction miraculeusement attribué à elle qui travaillait à l'Education nationale. Logement qui se situait à deux pas du bureau d'un autre grand élu de la région. Une garconnière, en fait, comment dit-on pour une femme ? enfin comme tu veux ! Quand on lui a demandé d'exprimer sa demande par écrit, pschitttt ! plus personne. Refroidie, la libido de madame.

- On est dans le domaine de la vie privée, non ?

- Mais l'argent du contribuable est concerné. Maintenant on peut dire que monsieur et madame ont le droit d'être récompensés pour avoir entretenu le patrimoine !

PLAGE ESTIVALE

Par Marc Prévost :: 03/08/2008 à 11:24 :: Général

Conversation avec une amie avant son départ en vacances.

- Toi qui a l'expérience, je trouve que les hommes (et femmes!) politiques sont de plus en plus agressifs vis à vis des medias...Sarko en premier, mais aussi les régionaux de chez nous.

- Ils le sont vis à vis de ceux qui ne sont pas assez soumis à leurs souhaits, leurs désideratas. Qui s'écartent trop de leur com', bref ceux qui ajoutent un peu trop de commentaires aux faits, les faits qu'ils ont eux-mêmes choisis de mettre en avant mais en orientant les commentaires éventuels ou en les décourageant.

- Commentaires.. ?

- Ben oui, quand un journaliste apporte un éclairage particulier à certains faits, quand il en rajoute à ceux qui justifient l'info de base, ou quand il "colore" l'info d'un style pas forcément cireur de pompes. La PQR n'a pas l'habitude, c'est plutôt une démarche d'hebdo. Moi, je ne peux pas m'empêcher de commenter, sans forcément imposer mon opinion personnelle, sinon j'utilise le "je" et c'est un billet d'humeur alors. Le risque, c'est de formater l'opinion du lecteur avec ce commentaire. Mais je ne le prends pas pour un imbécile, il est assez grand pour se faire son opinion. Un patron ou un élu a toujours tendance à considérer son lecteur ou son électeur comme un majeur incapable à qui l'on donne du prédigeré à digérer. Vive le commentaire !

- Exemples ?

- Ben, les mises en examen cette année de Pierre Mauroy et Bernard Masset (son ancien directeur de cabinet) dans l'affaire d'emploi fictif présumé de Lyne Cohen-Solal. Tout le monde est présumé innocent, OK. Mais rien n'empêchait d'opérer quelques retours en arrière et de mettre certains faits en perspective, je pense au système socialiste organisé et à ses nombreux dérapages, bref de commenter. La PQR a été assez fadasse là-dessus - est-ce parce que l'un d'entre eux est un ancien responsable de Nord-Matin, solidarité de corps, amitiés persos ? - et sur un site régional on a même vu certaines infos disparaître en quelques jours...On peut reprocher un manque d'exercice du droit de suite pour certaines infos. Paresse? Trouille ? Affinités ? Les trois en même temps, souvent. Et l'affaire Mauroy/Masset/LC-S n'est pas la seule.

Tu te souviens quand Daubresse s'est fait allumer par Le Canard (en 2006) pour sa baraque à frites de luxe à Lambersart ? Tu sais bien qu'il y a eu une certaine, comment dire ?, retenue de VDN et NE qui n'ont pas, mais vraiment pas exercé de droit de suite. A VDN, il y a eu un débat là-dessus : "affaire Gaymard" ou pas? Maintenant, il se ferait incendier, je pense, ses relations se sont dégradées avec les medias, mais ce n'est plus d'actualité.

- Comment se fait-ce ?

- Les journalistes ont souvent la trouille. De la diff', des injures publiques, que sais-je et j'en sais quelque chose...La vieille fascination-répulsion pour le pouvoir et son aura particulière fait le reste, un élu -on ne peut mieux dire, cet emprunt biblique- c'est un père, un grand frère (ou une grande soeur...). Et puis dans l'histoire LC-S, c'est la personne d'Eric Darques qui fait barrage si l'on peut dire, c'est lui qui a dénoncé les faits. C'est lui intuitu personae qui sert de repoussoir, d'épouvantail presque parfait. Entre droite et droite extrême, haut en couleurs, personnalité de western, lui-même non exempt de reproches. Quand je dis affinités trop particulières, c'est valable dans l'autre sens, inimitiés trop macérées. D'ailleurs en face, ils ont bien compris comment se servir de cet atout et le transformer en plus méchant que nature. Pour désamorcer une éventuelle curée et se poser en victimes. Bel exemple de détournement.

- Mais pour l'affaire de l'ORCEP et un certain système socialiste, ils ont bien fait leur boulot, non ?

- Oui. On en a même parlé au JT de 20 heures. La PQR a fait son boulot. Il y avait une certaine compétition entre VDN et NE qui avait "sorti" l'info, VDN avait mis plusieurs enquêteurs et en a fait un feuilleton judiciaire, d'ailleurs les socialistes français avaient une image déplorable à l'époque. De plus, à VDN, certains n'aimaient pas Delebarre (y compris pour des raisons politiques) et on a même espéré qu'il plonge avec Josèphe et les autres. Du côté des écolos (à droite aussi...), on a pas été avare d'infos sinon de "fuites". Pour stigmatiser les clans socialistes du Nord et du Pas de Calais car politiquement l'écolo Blandin venait de leur faire la nique (et avec leur assentiment) à la présidence du conseil régional. Ils lui menaient la vie très dure au jour le jour, elle a failli jeter l'éponge un an ou deux après son élection, on se rendait coup pour coup. Tout ce chaudron d'intérêts de boutiquiers, d'alliances contre-nature entre des gens de bords différents, et de détestations de personnes a fait qu'un véritable feuilleton a suivi et que les clans politiques n'ont plus maitrisé grand-chose. J'imagine que c'était un beau sujet -des dizaines de personnes impliquées ! - et que cela faisait vendre...Avec Mauroy, c'est différent.

- Trop intouchable, le vieux Mauroy ?

- C'est un peu ça. Je connais des journalistes qui ont des relations quasi oedipiennes avec lui, ou plutôt qui ont peur de les avoir ! Je suis sûr que tout a été mis en oeuvre pour éviter un nouveau déballage qui aurait pu jusqu'à éclabousser les équipes socialistes actuelles à Lille et LMCU. Il a été terrorisé par l'affaire Urba quelques années auparavant, lui patron du PS. Il a dû se barder de protections et de protèges-mines. Urba + ORCEP et les autres, ça fait beaucoup. Mais la justice l'a rattrapé -in extremis- pour un présumé emploi fictif à la communauté urbaine de Lille. Il est intéressant de noter que cet emploi en question a été formalisé début 1992 juste avant que les affaires ORCEP and co n'éclatent. Et peu avant l'irruption de madame Blandin dans le paysage. Pure hypothèse : le contrat visé de LC-S a duré jusqu'en septembre ou octobre, pas plus, ceci explique-t-il cela ? A-t-on voulu ne pas "en rajouter" ? A trois mois près, "ils" auraient fait plus attention ?

- Tu prépares un autre bouquin ?

- Ne le dis à personne, surtout...

ENTRE LES LIGNES

Par Marc Prévost :: 25/07/2008 à 11:03 :: Général

Devinette. De qui est cette phrase ? Où peut-on la lire ? "La liberté de débat au sein du Parti a pour corollaire le respect des décisions lorsqu'elles sont prises. La cacophonie actuelle a pour seul résultat de nous rendre inaudibles. Les idées qui ne sont pas portées collectivement n’ont pas plus de force qu’un feu de paille. Lorsque nous avons adopté une ligne, le Parti socialiste doit parler d'une seule voix. Sans cela, il n'y a pas de parti."

C'est en toutes lettres dans la contribution de Martine Aubry en vue du prochain congrès du PS à Reims*. Contribution signée par un certain Jack Lang qui, comme chacun sait, s'est désolidarisé ensuite de son parti en votant pour la réforme des institutions voulue par Nicolas Sarkozy. Mais que ne ferait-on pas pour Titine de Fer !

* Relevé par Marc Vasseur dont je recommande le blog : marc.vasseur.over-blog.com. On me rétorquera que c'est d'abord l'affaire des socialistes du Pas de Calais, et ils ne se privent pas de fustiger leur encore collègue, mais quelqu'un a-t-il entendu publiquement Martine Aubry sur le cas Lang ?

MES PENICHES ET MES PANTOUFLES

Par Marc Prévost :: 22/07/2008 à 18:40 :: Général

On parle de Marc-Philippe Daubresse pour succéder à François Bordry à la tête de Voies Navigables de France. Beau lot de consolation pour le député-maire de Lambersart qui a fait son deuil de deux prestigieuses vice-présidences politiques cette année, la première de la communauté urbaine de Lille, où il a été froidement exécuté par Martine Aubry, et l'autre de l'Assemblée nationale, où on lui a préféré une femme (Catherine Vautrin) officiellement pour affirmer la parité (logique...). Joli pantouflage*en perspective pour ce spécialiste des transports qui aurait bien voulu être ministre des Transports dans le gouvernement Fillon et mettre ainsi en oeuvre les nombreux rapports qu'il a pondus comme parlementaire depuis une quinzaine d'années. Pas grave, puisqu'il aura le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, qu'il connaît depuis trente ans, comme tutelle. Auquel il faudra ajouter Jean-Louis Borloo, tutelle du précédent, ministre du développement durable dans le même gouvernement Fillon, et que Daubresse appelle "son ami et maître"**. Pour l'anecdote, il retrouvera Bruno Bonduelle, le président de la CCI Grand Lille, qui siège au conseil d'administration comme représentant des chambres de commerce. Dans mon bouquin, je conseillais à Daubresse de se recaser dans une grande entreprise ou établissement publics. C'est (presque) fait.

* Doit-on y voir un éloignement de la politique ? Pas forcément : le siège de VNF est à Béthune et la liaison Seine-Nord est à peine sur...les rails. Mais le cumul des responsabilités politiques et techniques peut faire tiquer.

** Devant les caméras de télévision...en privé, il en est tout autrement.

JACK LE RIPPEUR

Par Marc Prévost :: 22/07/2008 à 10:22 :: Général

Il suit les traces de Bernard Kouchner, cet autre mal-aimé du parti socialiste qui a franchi le rubicon du reniement des siens -au sens de la famille pas du parti de militants- pour un beau maroquin dans le gouvernement Fillon. Voilà six ans que Jack Lang se languit de n'être plus aux manettes d'un grand ministère, le seul destin qui lui sied. A Lens, en 2006, après sa tiède prestation pendant le concours de beauté -dans tous les sens du terme- pour la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, il avait compris que son avenir n'était plus dans le parti de Mitterrand si fortement rectifié par Hollande.

Ah, le souvenir de ces marches royales, à l'assaut de la roche de Solutré, quand il flanquait le grand homme, promu en Moïse de gauche, et qu'il susurrait à l'oreille du monarque quelques idées quant à la formation d'un gouvernement, et d'abord sa propre place à la table du conseil des ministres, cette Cène moderne pour courtisans et professionnels du pouvoir octroyé. Lui qui n'a jamais été un apparatchik féru d'intrigues et formaté par la manoeuvre et la messe basse fut un magnifique affidé passé maître dans l'art de briller seul et de contourner son propre parti.

Ô tempora, ô mores ! Le député du Pas de Calais* sait que la future formation socialiste qui sortira de l'actuel jeu d'ombres à l'oeuvre depuis plusieurs mois n'aura rien à lui offrir, aucune de ces antichambres convoitées en cas d'alternance car elles sont un atout de poids avant l'écriture d'un gouvernement. Il va sur ses 70 printemps. Il veut terminer sa carrière avec flamboyance, fusse-t-elle celle du double jeu et du reniement de sa propre histoire. Il espère que sa voix providentielle qui a fait basculer le scrutin de la réforme de la constitution, servira à forcer un nouveau destin. Pour le congrès de Reims, les socialistes se passeront de lui et de toute façon il n'avait qu'un rôle de figurant à y jouer.

Paradoxalement, sa défection annoncée depuis longtemps et subtilement rythmée par de petits pas comptés et pensés (comité Balladur entre autres) enfonce encore un peu plus un PS désarçonné qui perd une de ses vedettes électorales. Jeté sur les tréteaux d'une campagne, tenant plateau permanent sur toutes les chaînes, Jack Lang était une merveilleuse vitrine, inaltérable et visible par toutes les catégories de Français. Un peu l'équivalent de Simone Veil pour la droite pendant les années 80. La liste des renégats s'allonge. Et avec elle celle des motifs de discorde avant un congrès décisif pour l'avenir du PS. De quoi inquiéter les actuels hiérarques et les futurs hiérarques du PS qui se demandent déjà qui sera le prochain.

En creux, c'est l'absence de contenu du projet socialiste qu'il faut lire. Jack Lang, qui n'a jamais usé du logiciel de la Rue-de-Solférino, sait mieux que personne la viduité idéologique de son presque ex-parti, lui qui a si longtemps vanté les programmes socialistes pourvu qu'il passait à la télé et endossait les oripeaux du héros. Si le parti avait de solides idées pour donner corps à de non moins solides convictions, Jack Lang n'aurait peut-être pas osé, son ripage sur la droite serait apparu comme un sommet de trahison et lui comme un Judas à abattre. "Le parti n'a plus d'idées..." se lamentent les transfuges déçus, de Besson ,transfuge avéré, à Lang, transfuge potentiel, ils fouaillent là où ça fait mal. On se contentera de se débarrasser de lui**. Et ils prolifèrent les militants comme lui qui ne se retrouvent plus dans un PS à la dérive. A gauche, plus qu'à droite, la politique est une question d'idées et d'engagements. Même si les idées ne sont pas toutes à droite, le pouvoir, lui, y est. A titre personnel, c'est tout ce qui l'intéresse.

Le ripage d'opportunité vers l'autre rive un peu plus prononcé de l'ancien ministre de Mitterrand et Jospin éventre encore un peu plus un PS mortifié et toujours en quête d'une rédemption. Jack the Ripper.

* Je guette les réactions de ses "amis" régionaux. Mauroy (qui l'a employé comme ministre), Aubry (il a signé sa contribution...), Percheron (qui l'a fait vice-président du conseil régional), Dupilet (qui lui a légué sa circonscription du Pas de Calais que l'on peut désormais considérer comme quasi vacante pour les prochaines législatives),...

**Mais l'excluera-t-on en bonne et due forme si Sarko lui confie un hochet de luxe ? Cela fait si mauvais effet avec des relents de PCF stalinien des années 70...Les militants sont plutôt pour, l'opinion le vivrait mal. Dilemme avant le congrès de Reims : donner sa livre de chair aux militants et endosser l'image d'un parti coupeur de têtes devant l'opinion. Ou décevoir encore un peu plus ses troupes pour préserver une unité de facade.

L'INCROYABLE ET MERVEILLEUX CHEVALIER BAER

Par Marc Prévost :: 22/07/2008 à 9:55 :: Chroniques de l Empire

Sur la scène de notre Grand-Duché, il est peut-être le personnage le plus exécré ou le plus admiré, c'est selon. Drôle de sire, en réalité, que ce fringant et altier chevalier qui prend si bien la lumière et attire si fort les regards. Il prise avec une rare fringale les curieux miroirs du lointain et les gazettes sont pleines de son nom. Il a apprivoisé avec habileté les astuces de la renommée. On dit qu'il a trouvé le secret de l'éternelle jeunesse. Tantôt il fait songer à un sociétaire de la Comédie-Française dans son plus beau rôle, tantôt à un de ces doctes messieurs professeurs de la Sorbonne, dont il possède les plus beaux parchemins, qui vous assaillent d'arguments et vous recouvrent de leur culture, aussi vaste et profonde que l'océan. A moins qu'il ne fasse surgir l'image incongrue d'un de ces modèles inaccessibles et hautains, fous de leur reflet, quasi infatués de leur ombre, grandement recherchés de nos peintres, je dirais, ma nièce, Monsieur Watteau ou peut-être Monsieur Delacroix. Les malveillants dressent une méchante comparaison avec les jeunes gens qui ont envahi nos boulevards et nos salons et tiennent d'étranges conciliabules, drôlement attifés et curieusement mis, affectant une élocution aussi précieuse que ridicule, comme Monsieur Molière l'aurait estimé. L'époque les appelle les Incroyables et les Merveilleuses et Monsieur Buddy Baer - vous aviez deviné, ma nièce ? - est l'une de leurs icônes. Pas une de ses tirades qui ne soit reprise en choeur, aucun de ses avis qui ne fasse florès chez ces Hurons de chez nous qui n'ont qu'éloges et louanges en bouche, ravissements sur le visage et regards pétillants, dès que l'on prononce le nom de leur prince coqueluche.

Les chroniqueurs se souviennent de l'irruption de ce très sémillant tel Scapin entrant en scène. C'est le comte Barnabé Babaussart, un temps las de la vie publique, qui avait cédé sans manières son fief de la côte à Monsieur Buddy Baer. Qui s'empressa d'y élire domicile comme un ours se jette sur miel de ruche frais. Ernest de Coquelin, le duc de notre province, lui ménage une place bien en vue dans son assemblée. Les caprices du hasard veulent qu'il y côtoie le chef de la phalange des ultras, son homonyme l'âpre et tudesque Ulrich Baer avec qui il n'échange même pas un regard. Il est de toutes les joutes depuis tant d'années que le parti jacobin ne peut faire l'économie de ses talents. Notre chevalier doit sa considération à ce formidable ministère des Arts, des Belles-Lettres et de la Comédie que lui avait confié le roi François dont il fut un assidu sectateur et l'infatigable fétiche au sein du gouvernement du Chancelier Jean de Mormal. Eh bien, figurez-vous, jeune citoyenne, que le chevalier Baer s'est permis de solliciter la balance du destin lors du grand conclave de Versailles sur la réforme de notre constitution qu'il convient d'appeler impériale, dorénavant. Un seul suffrage pour emporter le sort et ce fut le sien !

Les jacobins n'ont pas fini de montrer les dents et de se répandre en vilénies sur son compte. Dieudonné Moschato, le chef des sectionnaires d'Artois et de la Côte, Manon Rollant, déléguée à la diète de Strasbourg et vicomtesse de la province, Honésime Poissonnier, le député-échevin de Boulogne-sur-mer, pestent contre le parti jacobin qui leur a envoyé cet "imposé" et jurent leurs grands dieux qu'on ne les y reprendra plus. Désormais, la rumeur bourdonne dans les salons et les boudoirs de l'Empire, car Buddy Baer a les faveurs de notre souverain l'Empereur Nicolas qui, dit-on, lui ouvrirait bientôt selon son bon plaisir les portes du Château pour lui offrir une noble charge. Commérages et papotages, ma nièce, sont les mamelles de notre vie politique.

SINE DIE

Par Marc Prévost :: 19/07/2008 à 11:27 :: Le monde selon moi

Incroyable cette affaire Siné vs Charlie Hebdo ou plutôt Siné vs Val. Car il est quasi évident que l'"affaire" se double d'un profond différend entre personnes. Val et Siné se détestent même pas cordialement. Question de générations. Querelle des anciens et des modernes, etc...etc...Siné assassiné. Siné viré sans préavis. L'énergumène Siné accusé d'illustrer les Protocoles des sages de Sion. Le bougre, propalestinien hyper convaincu, a fait pire dans le genre et s'en est excusé ce qui ne l'exonère en rien, de plus il a été condamné ce qui est plutôt rassurant. On est toujours le juif ou l'arabe de quelqu'un, son bouc-émissaire, son sujet de sacrifice pour faire serrer les rangs (la rédaction, comme toutes les équipes et familles se nourrit d'émotions sédimentées et de contentieux macérés) et régénérer la dynamique du groupe. Un magistrat de la fin du XVIII ème siècle avait dit en substance: "Donnez-moi cinq lignes écrites de la main de n'importe qui, je le fais embastiller". Et le peuple est content. Pour un temps. Cette mentalité d'Ancien Régime a prospéré jusqu'à nous. Pour noyer son chien, on dit qu'il a la rage ! Beurkkk...

Philippe Val -qu'on a connu plus inspiré- a la trouille qu'on reproche à Charlie d'abriter un antisémite après avoir été justement -et heureusement !- relaxé dans l'histoire des caricatures de Mahomet. Posture de petit patron affolé par la perspective d'une dégringolade des ventes. Sa conception et sa pratique de la liberté d'expression sont à géométrie variable : lui peut en bénéficier, mais pas un autre et surtout pas Siné. Mentalité de privilégié. Subir une condamnation ou même un simple boycott commercial serait fatal au titre réputé libertaire, alors il prend les devants. Il dézingue Siné et il préserve la virginité de Charlie. L'intérêt du journal passe par celui bien compris de Val.

Où est l'antisémitisme dans les propos de Siné ? On va me taxer d'irresponsable ou d'esprit obtus, mais je ne le vois aucunement, nulle part, j'ai beau retourner l'incriminée chronique dans tous les sens*... Même si Siné a souvent franchi la ligne rouge dans le domaine, là je ne vois pas. Et je ne suis pas un de ses inconditionnels. A part la référence à cet esprit petit-bourgeois qui imprègne notre belle France depuis au moins Louis-Philippe (les historiens des mentalités en ont fait des tonnes de thèses, les écrivains du XIX ème des chefs d'oeuvre) : mariage d'intérêts, tactique personnelle, rastignacisme exacerbé, primat des apparences, vase clos des egos et des âmes...La seule chose qu'on puisse raisonnablement lui reprocher, c'est que (peut-être, je n'en sais rien, il faut vérifier) Jean Sarkozy n'aurait pas exprimé une quelconque volonté de se convertir au judaïsme avant d'épouser sa riche Dulcinée, mademoiselle Darty, héritière de la marque éponyme. Les juristes vont se régaler de toute façon et il n'est pas interdit de prévoir une cascade d'actions en justice. Dès que l'on mélange juif, expression et politique, c'est de la nitro-glycérine pour les esprits qui s'échauffent et les libertés qui explosent. Et ce n'est pas digne de notre pays.

Je milite pour l'inscription dans notre marbre constitutionnel de la liberté d'expression, la mère de toutes les libertés, à l'instar des Etats-Unis qui, une fois n'est pas coutume, nous donnent une belle leçon de tolérance. Et cela ne veut pas dire que Siné soit l'agent de Georges W. Bush, n'en déplaise aux sophistes et professionnels du syllogisme qui semblent pulluler de nos jours et aux chiens de garde qui aboient à la moindre allusion politiquement incorrecte. Je ne me fais aucune illusion sur l'issue d'une telle proposition.

* Pour que chacun se fasse sa religion..."Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !".

MAUVAIS SIGNE

Par Marc Prévost :: 16/07/2008 à 16:55 :: Général

La candidature d'Arnaud Montebourg, au delà de l'animosité qui l'oppose à Jean-Marc Ayrault, à la présidence du groupe socialiste de l'Assemblée nationale avait pour objectif de compter les "reconstructeurs" au sein du PS, ce conglomérat assez hétéroclite qui rassemble strauss-kahniens, fabiusiens, partisans de Martine Aubry, anti-ségolènistes et tenants d'un parti pacifié. Mais le piètre résultat du député de Saône-et-Loire, l'un des chefs de file des reconstructeurs, montre que l'alliage n'a pas encore pris. Le patron sortant, Jean-Marc Ayrault, l'a nettement emporté (120 voix contre 57), consolidant même son score et s'adjugeant nombre de voix présumées acquises à son challenger. Du côté des reconstructeurs, en quête de légitimité et de crédit auprès des militants, on accuse le coup. Doit-on y voir un mauvais augure avant le congrès de Reims en novembre prochain ?

LA REINE OUBLIEE

Par Marc Prévost :: 08/07/2008 à 11:01 :: Général

Comment ?! La citadelle de Lille, construite par Vauban, n'est pas classée par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité !!! C'est un scandale...C'était bien la peine de faire capoter le projet d'extension du stade de Grimonprez-Jooris et de se perdre dans tous les sens du terme en procédures juridiques pour protéger le site, non ? Sérieusement, le label de l'UNESCO pouvait booster encore un peu plus la dimension internationale de la métropole lilloise et grossir les flots de touristes de la culture et autres qui se pressent désormais dans la capitale des Flandres. Sans compter les facilités pour obtenir des aides nécessaires afin de redonner à cette citadelle que l'on dit reine l'éclat qui fut le sien. C'est que la citadelle lilloise appartient à un autre réseau de villes que celui distingué hier. C'est Arras, désormais parée du précieux label, qui a misé sur le bon réseau. Il faut donc attendre la prochaine tournée de l'UNESCO.